Le miracle des mots en ordre dans ma tête
Louis Brauquier (1900 1976)
Nul miracle de mots en ordre dans ma tête
Pour libérer l’espace et déclencher le temps
Espace avec le temps multiplie ses facettes
De la barre d’espace au blanc entre deux mots
Des espèces d’espaces mises en scène par Perec
Jusques au Corps
une manière de l’étendue précise n’existant qu’en acte
du philosophe Benedict de Spinoza
Le temps d’une écriture sur l’espace palimpseste
Un cercle tracé au fil des heures de la Recherche
Tenant ensemble par le pouvoir des mots
l’ordre des années et des mondes
Après tout ce babil de mots en désordre dans ma tête
Je me suis éveillé sur une plage humide
Le vieil océan aux vagues de cristal
Cher au comte de Lautréamont
S’était retiré vers ses lointains horizons
J’avais dès lors tout loisir de songer
sur ma p(l)age nue
Aux mots d’une vie autre,
Ceux qui nous tiennent en éveil,
et qui nous émoustillent…
La mer, la mer, toujours recommencée.
Paul Valéry (Le cimetière marin)
L’amour, la mort toujours entremêlées,
J’ai lu cent fois le cimetière marin
Je n’aurais jamais imaginé que tu y reposerais un jour
Bien avant moi de sept ans ton aîné
Sous un pin, toi aussi, à deux pas de la mer,
Mais tes focs sont ici des géants
Portant gaz, pétrole ou conteneurs.
Golfe de Fos et non de Sète
Où Valéry situa son poème
En surplomb de ce toit tranquille
Et du « cimetière des pauvres » où bulle
Brassens l’humble troubadour de la Supplique
Mais brisons-là avec ces morts célèbres
Toi ma fraîcheur mon âme universelle
Sur mes lèvres et mon livre*
Toi qui cèles nos amours post mortem
Dans le secret des mers
Éclaboussées par l’écume de mes humbles vers
Poèmes à ma morte
L’Harmattan 2017
Sur mes cahiers d’écolierSur toutes les plages blanches
Eluard
J’oublie mon nom
Petits « mois » Petits pois
Que d’émois sur la page !
Écosser Égrener
Rimes et babillages
Sur ce papier si kraft
Qu’il te laisse marron
Petits noirs dégustés
La nuit où l’on noircit
Ses cahiers d’écolier
Où l’on oublie son nom
En lisant des poèmes
Où nous papillonnons
Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Guillaume Apollinaire
Pastis pastiche
Ivre de nos alcools
De vers brisés
Notre eau de vie
Patchwork in progress
Travaux en cours
Pièces tissées
D’instants précieux
Je parle au papier
Des images plein les yeux
Tropes héliotropes
Soleils des nuits éveillées
Je vois beau frontDoux vis*
Visage d’un virelai
Chanson nous entraînant
En d’autres jongleries
Eustache Deschamps (1340-1404)
après le papier je parle à l’appareil enregistreur
Je ne suis qu’un viveur lunaire
Jules Laforgue
Je ne suis qu’un heureux mortel
Qui fait des vers de mirliton
Et cela pour être béton
Et devenir un immortel
Promenant d’un air amusé
Ma gueule de métèque pâle
Je chante des romances jouales
Sur un luth vu dans les musées
Ah ! oui devenir immortel
Dans un siècle de charlatans
Et sur ma tombe l’or du temps
Gravé en lettres tubitèles