J’écris de bric et de troc de titres de romans édités par Balland le Seuil Albin Michel Minuit et Calmann-Lévy J’écris pour calmer l’ardeur à rechercher L’homme à tête d’oiseaux, La femme Schibboletch, L’enfant des grandes lessives J’écris sans réveil, montre, monstres marquant le temps des horloges et qui font sommeiller la raison J’écris d’un seul coup d’un seul ou par à coups : arrêts plus ou moins longs, points morts et reprises J’écris depuis peu aussi sur l’application Samsung Notes de mon smartphone, premier texte devant l’exposition Zao Wou-Ki, à l’hôtel Caumont d’Aix en Provence : l’animal l’animot le torrent de coulures les pattes de la lune la tête de Michaux […] bateau ivre à la Sainte Victoire le pin palpite sur la montagne de Cézanne saisie par un calligraphe octogénaire qui livre sans le savoir son dernier combat […] J’écris conscient que moi aussi un jour ou plutôt une nuit je perdrais définitivement la voie J’écris avec mon stylo fétiche V5 hi-tecpoint réfractaire à l’invention du baron Bic J’écris ornithorynque pour voir ce que ça va donner sur le papier (les internautes recherchent aussi échidnés, monotrème, wombat, castor, koala…) J’écris « bec de canard cousu sur la fourrure d’un animal », comme l’écrivirent les scientifiques anglais découvrant le dessin du premier ornithorynque rencontré en Tasmanie, croyant qu’il s’agissait d’un canular J’écris sans prétention aucune : orgueil, vanité, amour-propre, suffisance (je recopie lintern@ute) J’écris pourtant comme s’il s’agissait de petits secrets échangés à la récré avec les élèves Perec, Montaigne, Mallarmé J’écris imaginant les lettres échangées entre eux J’écris à Jean Jacques Dorio comme si je m’appelais Marot J’écris de haut en bas et quand j’ai atteint le bas, je referme les yeux et rêve de Rio de Janeiro
J’ÉCRIS opus 12
J’écris sans le chat de l’écrivain à portée (il ne manquerait plus que ça !) J’écris sur la couverture d’un livre paru en 1975 (mon premier) J’y écris parce que quand son éditeur P.J. Oswald a fermé boutique il m’a fait parvenir ce qui lui restait : « les épreuves en placard » (que j’ai descendues du grenier pour mon jardin d’enfance pour les brûler avant de quitter pour l’avoir vendue ma maison) et, à part, ce que j’ai sauvé des flammes, la couverture proprement dite, ornée d’un « graphisme » du peintre ami Claude Brugeilles avec un verso, sa tranche (PJO JEAN-JACQUES DORIO ITINÉRAIRES) et les troisième et quatrième de couverture J’écris Phœnix Hôte de mes nuits d’écriture J’écris sans titre : ni titre d’une quelconque profession (écrivain, poète, rentier) ni titre du texte qui s’écrit (il viendra -ou non- après coup) J’écris au lit entouré de murs blancs, de silence absolu (exceptés ces maudits acouphènes que j’ignore la plupart du temps) de livres (sur lesquels je « m’appuie » à tous les sens du terme) et du smartphone en mode lui aussi silencieux que je consulte pour telle et telle raison (un nom propre ou commun, la relecture d’un poème, un article de commentaires, etc) J’écris ensuite une fois les trois pages sus-indiquées recouvertes entièrement, sur le clavier de mon ordinateur, mais seulement le lendemain matin, recopiant mon premier jet (écrit scrupuleusement sans la moindre rature) J’écris alors musicalement avec des chaînes délivrant sans blabla du baroque, du jazz, des musiques populaires du monde entier Je réécris alors, évidemment, en modifiant quelque peu, le texte manuscrit : soit en supprimant des lignes, soit en m’arrêtant sur un mot souligné en rouge par l’application word pour vérifier l’orthographe, soit pour un autre mot ou expression insatisfaisants, en consultant mon dictionnaire personnel de citations, commencé depuis belle lurette et qui s’accroît de jours en jours J’écris aussi avec mon Petit Robert à portée, les 2 volumes du Robert Historique pour consulter surtout les « schémas » (dernier en date Vieillesse), mais aussi les lexiques fournis par la toile, en particulier celui du Crntl J’écris, comme ceci, comme cela, et comme je n’ai plus d’espace sur ma quatrième de couv je m’arrête là ce lundi 5 juillet 2021 à 2h23
chanson d’un lundi matin MARIE
J’ÉCRIS opus 11
J’écris en m’aidant d’une corde reliée à mes origines ...toujours à venir J’écris avec le cordon qui relie les enfants d’une sortie pédagogique J’écris depuis un temps zéro Passé néant Futur inexistant J’écris sur le pont d’un navire Où peu de voyageurs écrivent le français J’écris pour une répétition générale Qui laisse la place à des variations Indiquées à tel et tel endroit Comme le fait Phil Glass sur ses partitions J’écris l’endroit et l’envers d’un décor Qui s’estompe dans la brume de mon inconscient J’écris sans faire d’histoire, de contingence, de survivance, de désir de faire briller mon étoile dans la constellation des rêveurs éveillés J’écris attentif à reprendre certains termes de vieille coutume dont le lecteur inattentif ne mesure pas toujours l’arrière plan historique J’écris malgré les plaies et les bosses, les boss qui fanfaronnent devant les peuples de la Grande Garabagne imaginés par Henri Michaux J’écris fuyant les genres littéraires et le sommeil cousu de fil blanc J’écris avec la terre et l’eau les courants en feu le naturel qui plonge le corps humain dans un apprentissage sans fin J’écris par Jupiter ! par Confucius ! par Nobles Messieurs et Gentes Dames Chers et Chères amies J’écris Tao Tao J’écris sur le temps qui n’existe pas selon le cours dicté par Norbert Elias alors qu’il entrait dans le royaume borgésien des non-voyant J’écris en refusant de me laisser prendre aux mots J’écris Arrêt en cours en perdant le mélange de toutes ces choses que je viens d’écrire J’écris pour me désencombrer l’esprit
J’ÉCRIS opus 10
J’écris de mémoire en me remémorant les moires, les reflets et leurs effets capricieux J’écris entre égarement et confusion, en attendant de retrouver, comme par miracle, les rimes et les rythmes des Chantefleurs et des Chantefables J’écris pour le négrillon qu’Ali Gator voulait croquer au réveillon J’écris pour la baleine et pour ses baleineaux J’écris pour la jeunesse de Robert le Diable transfiguré en dromadaire pour son ami Apollinaire, en ver luisant pour Edouard Glissant J’écris Tout Monde Tout l’monde est malheureux Tout l’temps J’écris de Natashquan Où le temps s’arrête J’écris de ce pays Où Vigneault m’attend J’écris pour l’œil des hiboux Qui voient rouge Quand ils me voient cultiver (noir sur blanc) Le tumulte et le changement J’écris de droite et de gauche, Dextroverse, sinistroverse, arabe, hébreux J’écris chinois J’écris de plume et de calame, De pinceau et de stabilo, Ces feutres pointes fines Que j’apprécie particulièrement J’écris ironie de l’histoire à ma fille gauchère qui me lit en miroir et se faisant m’aide à parfaire mon dictionnaire à part J’écris n’en revenant pas D’avoir été gamin, enfant, Homme jeune, quadra, quinqua Et dans quatre ans (qui sait ?) Multipliant par quatre mes vingt ans J’écris envoyant au diable l’écriture et les âges de la vie J’écris comme un commencement qui recommence Et qui n’en finit pas Avec Robert Desnos, Apollinaire, Edouard Glissant, Gilles Vigneault, Baudelaire, Pauline Dorio