C’est devant les mots que je fais mes preuves J’en suis démuni Je vais les chercher Dans l’apparition de vers visionnaires Rien de roman-fleuve Juste une épreuve Rendez-vous manqués Chocs imaginaires Qui font mère et mer en mon oreille C’est devant les mots que surgit l’absurde Moi Sisyphe Môme Néant Sang bleu Sourdes apparitions d’un homme-vague Flux et reflux par des mots et merveilles Toujours dits par des mots que je ne savais pas
L’ARCHE DE L’IMPENSÉ

UN DRÔLE D’AIR

UN DRÔLE D’AIR Un drôle d’air L’air chaud que mon ventilateur convecteur (c’est son nom) propulse à cinq heures du matin Un drôle d’air Que je puise dans la correspondance de Marcel Le travail nous rend un peu mères Travail d’écriture que l’on fait en écrivant toutes les nuits ce livre qu’il faut choyer, câliner, chouchouter, dorloter, suralimenter comme un enfant Un drôle d’air qui saute sur cette page que je m’applique à rendre lisible dont je prends soin Allongé dans un lit entouré de cent livres qui sautent dans ma tête le mur des mots le murmure de lignes délivrées de mes maux
LE PUBIS D’ANUBIS

IL PLEUT
Il pleut tout à petit patapon PROUST Il pleut c’est pas la faute à moi BREL Il pleut Il pleut Il pleut Il pleut Il pleut Il pleut C’est le clinamen de Queneau Que d’eau ! Il a plu toute la journée « sans discontinuer » m’a téléphoné ma petite mère Il pleut ces lignes sur mon papier Il pleut sur Nantes BARBARA La pluie fait des claquettes NOUGARO Il pleut à verse rue de la Bergeronnette Sur mon piano mouillé Je chante à tue-tête Il pleut il pleut bergère