Si je devais choisir entre La flagellation de Piero (della Francesca) et Guernica de Picasso (Pablo Ruiz), il n’y aurait pas photo. Seule la première œuvre pourrait entrer dans mon deux pièces.
CLIGNOTANT
Je lis sur mon livre actuel de chevet qu’un moniteur d’auto-école hurlait à son élève à chaque tournant « la flèche monsieur, la flèche ! ». Je me souviens alors que cette flèche ou plutôt le clignotant fut cause de mon échec, le seul il est vrai, à obtenir « mon permis. » C’était dans la bonne ville d’Auch, où je vécus trois ans à l’école normale d’instituteurs. L’examinateur me fit arrêter sur un espace à ma droite, mais quand je redémarrai, j’oubliai tout bonnement, mon clignotant du côté droit. Comble d’ironie, l’auteur du passage du livre qui m’a rappelé ce récit, ajoute que dans ces années-là, « La Flèche » était un « journal de gauche, mais intelligent » (sic).
RETROUVER
À la gare Saint Lazare, « salle des pas perdus », j’ai retrouvé l’exemplaire de la Recherche, que je croyais avoir égaré dans la cour de la Sorbonne. C’est ce qu’un critique littéraire fort connu aurait appelé « donner de la fiction à la réalité ».
PIANO
Je m’y mets chaque jour, et plutôt deux fois qu’une. À proprement parler, je ne sais pas lire la musique. Mais je sais plaquer les accords des chansons, ou de petites pièces jazzy, que j’ai transposés à partir de ceux appris sur ma guitare. J’improvise, je fais plus ou moins de bruit, et ne casse les oreilles de personne, les photos qui m’entourent faisant seules office de spectateurs. Mais je prends du plaisir et grâce à Philippe Bruguière, du Petit Mas, j’ai pu faire le saut de mon piano à son studio, et enregistrer trois cd signés Jean Jacques Dorio.
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Montez dans le cabriolet du Poète Cocher vous y apprendrez l’art du sonnet mais pas que (éditions « l’herbe qui tremble ») vient de paraître sur le pavé et sous la plage
en lisant en écrivant
Tout n’est qu’affaire de rencontres.
Jean Louis Rambour
(Le cocher poète)
1
Le visage empourpris je lis Rambour Jean Louis
-alias Cocher Moore- non sans quelque mépris
Je veux dire méprise Verlaine aurait compris
On enterre Dumas à Montmartre le soir
Ça défile pas mal du petit père Combes
À Sardou ou Zola La dame aux camélias
est sur toutes les lèvres Puis le livre gambade
la Commune Quarante-huit Le bagne de Maroni
La légende des Siècles prend l’eau de tous côtés
Mais ce n’est qu’un début le combat continue
2
Les fusils de ce temps étaient des chassepots
Pas méchants pour deux sous de la poudre aux moineaux
Mais l’on perçait poumons avec des baïonnettes
Les hommes de la guerre sont pires que des bêtes
Et les femmes n’ont pas toutes
Les mains de Jeanne Marie
3
Les personnages crédibles dans le Cocher Poète
Ils le sont tous et aucun ne l’est
Ce qui épate le lecteur que je suis
C’est leurs noms inventés
Mêlés à ceux et celles Dont on peut un siècle après
Décliner l’identité
George Sand et Musset Adèle et Léopoldine
4
Le héros supposé – tu as le bonjour d’Alfred !-
devient cocher licencié
Humour délibéré de notre romancier
Qui enchaîne les sonnets au cordeau
Soucieux de leur canon
Rimes embrassées dans les quatrains
Plates puis embrassées dans les tercets
Et toujours en alexandrins
Cherchant à s’extirper du chariot à fumier (sic)
5
Chemin faisant le cocher écrivant
des sonnets nous donne ses petits secrets
d’écriture : les fers sonnant sur le pavé
donnent le rythme – le faux, le vrai-
«Le soleil sombre au cul de son percheron
Non ca bien que réel il ne peut décemment le dire
Par contre le sonnet plié en seize
Pour caler la table de nuit
C’était simple mais fallait y penser
C’est le cent unième
Le dernier de sa somme poétique
6
En somme Alfred Moore
a un p’tit air de Valjean
Jean v’là Jean écrit Hugo
Moure v’là l’amour
Pense Rambour
Auteur garibaldien
De la littérature
7
Je décline des mots qui dansent dans ma tête
-Déclinez vos noms prénom âge nationalité
-Tenez voilà ma carte d’identité
-Mais c’est votre voix que je veux entendre
Votre grain votre timbre
Oblitéré ou non
8
Moure c’était couru finit à Maroni
Au bagne de Guyane matons et truands compris
9
Mais vingt ans avant il avait vu Hugo
Le grand l’incomparable la légende du siècle
C’était au père Lachaise on enterrait son fils
François-Victor celui qui avait traduit Shakespeare
Alfred Moore à l’époque conduisait des cabriolets
Plus légers que les fiacres
Et pour gens plus huppés
Le roman en fait la liste à la page cent-dix
10
Puis la fiction bascule le poète cocher
Embarque le grand homme c’est comme un rituel
Sur un ton dramatique il lui lit La légende
Hugo n’en revient pas Moure pousse ses pions
Lui faire lire ses sonnets
Le lecteur est sonné
11
Y croit-on à cette histoire ? Peut-être pas
On devrait pourtant, tant elle croise
Personnes et personnages ayant traversé l’Histoire
avec sa grande hache comme écrivit Perec :
Les obsèques de Victor
Les Illuminations de l’homme aux semelles de vent
Et Vaillant l’anarchiste jetant sa bombe
Au cœur du palais Bourbon.
12
Y croit-on vraiment à cette histoire ?
À toi lecteur qui aime fréquenter
Ceux et celles qui sont la part cachée
de la littérature
D’aller la découvrir et de la relayer
Quant aux sonnets depuis longtemps délaissés
Par nos poètes modernes
Ce sont des perles rares
On ne sait d’où venues
Moi qui t’écris et qui croyais tous les connaître
Je reste – pardon pour la verdeur de l’expression –
« sur le cul » !
Il y en a vingt-quatre
Tous ont dédicataires
Anonymes ou célèbres
En allés dans la nuit
13
« Alors, comme un tombeau s’éveillant dans l’ailleurs,
On peut continuer à tout temps l’étude, non pas l’écolage : la sotte chose qu’un vieillard abécédaire.
(le même)
Voilà pourquoi ce dictionnaire à part soi n’obéira pas à l’ordre abécédaire.
Quant au remplacement du « moi » par le « soi », il marque le passage du « moi seul », au « soi-même comme un autre » selon la savoureuse expression développée en dix études par le philosophe Paul Ricœur.
Le même affirmait que le plus court chemin de soi à soi passe par autrui.
Les articles ci-dessous en acceptent la gageure.
MÉNINGES
J’ai quelquefois entendu ma mère dire : au moins lui, il se fatigue pas les méninges. Avec une pointe de médisance. Mais c’était pas le genre de la maison. Pour les langues de vipères, voire de putes, écoutez la chanson idoine d’Anne Sylvestre. Elle est sans pareille pour les agiter. Même si ça vous rebute.
CROIRE
…mais sans trop chercher à quoi, ajoute un ancien coco, venu au parti pour le concept. On croit rêver, tant cet auteur, nous ravit par sa subtilité, sa distance, son bonheur de lecteur insatiable. Bref, tout le contraire d’un secrétaire général du parti communiste français croyant jusqu’à son dernier souffle, qu’un jour la dictature du prolétariat installerait le bonheur sur Terre, il n’ajoutait pas cependant…et au Ciel !
AUTOFICTION
Je lis que ce serait un général russe, un certain Doubrosky, qui inventa le terme en chassant Napoléon de la Russie. Mais ce n’est peut-être qu’une « fiction d’évènements et de faits strictement réels ». Mazette !
SOLDAT
Je n’ai jamais joué avec des soldats de plomb dans mon enfance, c’eût été sans doute faire injure à mon père dont le père fut tué, comme un moineau, dès l’automne 1914, ainsi que deux de ses frères. On leur avait promis de revenir pour les vendanges après avoir maté le boche. Les raisins ont pourri sur pied.
Et soldat moi-même, jamais je ne le fus. Je profitai de cette chance de remplacer le maniement des armes par le maniement de la langue de Molière, que j’allai enseigner pendant ma Coopé(ration), au Venezuela, de l’automne 68 – j’ai évité ainsi la gueule de bois après la fête de notre mai avec son M majuscule – au printemps 70. J’enseignai notre langue dans une école primaire privée 1° choix, avec un couple de paresseux- les animaux- que l’on voyait dans un palmier et qui était destiné à rendre plus calme les enfants, j’enseignai à l’Institut, à l’école normale d’instituteurs, – ce qui dit en passant me faisait traverser souvent la ville dans ses taxis collectifs toujours riches en contact avec la radio diffusant la salsa « à mort » – et enfin j’eus une expérience, hélas trop courte, en faisant cours à la fac d’Architecture. Au bout d’une semaine les étudiants voulant nous imiter, « mirent le feu » à l’Université, envahirent mon amphi et ornèrent le tableau d’un slogan que je revois encore : SOMOS EL PODER Y PUNTO !
On peut continuer à tout temps l’étude, non pas l’écolage : la sotte chose qu’un vieillard abécédaire.
(le même)
Voilà pourquoi ce dictionnaire à part soi n’obéira pas à l’ordre abécédaire.
Quant au remplacement du « moi » par le « soi », il marque le passage du « moi seul », au « soi-mêmecomme un autre » selon la savoureuse expression développée en dix études par le philosophe Paul Ricœur.
Le même affirmait que le plus court chemin de soi à soi passe par autrui.
Les articles ci-dessous en acceptent la gageure.
IDENTITÉ
La mienne se conjugue en plusieurs versions d’un sujet multiple et divisé en parcelles que rien ne semble relier ; si ce ne sont « ses » écrits semés tout au long d’une vie, chemin faisant, et que vers la fin du parcours, quand plus rien ne semble aller de soi, on rassemble sous cette forme de puzzle énigmatique, mais non privé d’une identité, « aussi bariolée qu’est… l’imaginaire unité qui en serait le socle ». *
*selon le philosophe Clément Rosset
COMMUNION
On me l’a faite faire, je veux parler de la première, j’ignore si la seconde fait référence à l’hostie du dernier soupir. Une première communion sans y croire vraiment, mais c’était la coutume pour tous les enfants du village, sauf peut-être pour la fille de F.V., le « communiste », qui était née un jour avant ou après moi. En tête il me reste une photo prise devant l’église de toute la smala des communiant.e.s, chacun.e avec son aube blanche « pléonasmathique ».
Mes parents, en réalité, étaient détachés de l’église et réservaient leurs dons, non au denier du culte de monsieur le curé, mais aux instituteurs de la laïque qui profitaient ravis des produits du jardin, d’un poulet, d’un lapin, du vin bourru et de nos cochonnailles.
Le premier couplet de la chanson « mon village » évoque tout cela.
ADAM ET ÈVE
Dès le premier couple l’homme était premier. Pour le féminisme c’était mal parti. Mais plus curieux encore, quelques siècles après, la prêtresse du deuxième sexe, était toujours en seconde position, derrière son petit camarade. Sartre Beauvoir, je n’ai jamais lu l’inverse…(pour enrichir ce propos, quelques gloses féminines seraient les bienvenues)
RAINETTE
lire Ponge : une naine amphibie, une Ophélie manchote…
GRENOUILLE
Je les attrapais, adolescent, avec une joie sans pareille. Seul, autour d’une mare près des fermes isolées du « terre fort » de mon Ariège natale. Elles pullulaient à la saison ; j’étais muni d’un roseau avec du crin solide et une ancre, un trident avec un chiffon rouge ou une fleur de « farouch », le sainfoin. Je les attirais ainsi et elles se précipitaient les pauvrettes. Une levée de canne prompte et je les décrochais les mains gluantes. J’en rapportais souvent une musette que mon père s’empressait de convertir en cuisses dépiautées, séparées du tronc que l’on donnait aux chats de la maison. Les cuisses blanches gonflaient dans l’eau, puis passées à la farine, elles étaient plongées dans l’huile de la poêle et finissaient dans l’assiette enrobées d’une indispensable persillée.
CRAPAUD
L’horrible et boursouflé batracien que les mômes cruels du village faisaient fumer…comme un crapaud et que le pauvre Max Jacob, affublé de son étoile jaune…enviait.
« Jadis personne ne me remarquait dans la rue, maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune. Heureux crapaud ! tu n’as pas l’étoile jaune ! »