IL Y A HASARD ET HASARD

page manuscrite
encres de chine
hypnographies
jj dorio
Marseille La Vieille Charité
19/02/2020
*
reproduction
dessin collectif
de surréalistes
à Marseille 1941




il y a hasard et hasard

et je n’écris pas ça

par hasard





ni par nécessité d’ailleurs

quoique





je jette les dés

je sors les mots

de mon chapeau

j’oublie ce que je vais dire

je frotte mon stylo feutre

sur les grains de folie

de mon papier

d’artiste





il y a hasard et hasard

et j’écris ça

par hasard





j’en fais don aux enfants

joyeux joueurs

et sans arrière-pensée





le pas ouvert

vers ceux et celles

qui donnent à voir

entendre et lire

la sensation

de participer

à la liberté incertaine

mais exaltante

de notre esprit*









Après que le pas a été ouvert à l’esprit,

j’ai trouvé comme il advient ordinairement

que nous avions pris pour un exercice malaisé

et d’un rare sujet

ce qui ne l’est aucunement.

Michel de Montaigne

Des vaines subtilités

POÈME QU’AUCUN ÉCOLIER NE LIRA





le front bleui

près de la lampe

je reprends tout

à zéro





sur mon bréviaire

Petit Robert

je fais défiler les mots





entre calandre l’alouette

et calebasse où je buvais

le café avec les indiens

Goajiro





je vérifie aussi l’article

calebombe ou calbombe

qu’affectionnait Queneau





aucun bruit

si ce n’est celui – paisible –

de ce feutre

accroché à mes doigts





c’était il y a longtemps

se diront bien un jour

les enfants qui envoient

leurs messages

à toute vitesse

avec leurs pouces





Pouce !

fin de trêve

et de rêve

d’un poème

qu’aucun écolier

hélas !

ne lira


	

LA DERNIÈRE CHANSON





Ce n’est pas que tu attends

quelque chose de particulier

de ce texte particulier

que tu es en train d’écrire

mais quand même…

sait-on jamais





Sait-on jamais si

un zèbre soudain surgissait

tout frais sorti

de tes encres de chine

un zèbre animal à tête d’humain

-tu vérifies la polysémie

sur l’article du Robert-





Du zèbre drôle de type

Tu passes au zéro

De ce mot

dont tu fis maints poèmes

Tu connais l’étymologie

Tournant autour du chiffre

comme disent ceux qui lisent

les messages cryptés





Zéro comme la forme

d’une horloge de gare

la gare d’un roman

dont le narrateur

essaie en vain de

parcourir à rebours

le cimetière des heures passées





Voilà comment un texte particulier

dont tu n’attendais rien de particulier

réactive la mémoire

de ta passagère du silence

ta morte bien-aimée





Zèbre Zéro Horloge

Éclats d’un temps

que l’on voudrait fixer

mais que l’on perd en route





C’est ta voix maintenant

Que tu retrouves dans un chant

Une chanson rengaine

de ton adolescence

qui sortait de l’électrophone

faisant entendre les grains de voix

du Gorille ou de Putain de toi





Tu étais un drôle de zèbre

Naïf curieux

Ouvert à tous les vents

Remettant chaque jour

les compteurs à zéro





Le texte maintenant

atteint la limite

de cette carte blanche

pliée en quatre

son espace choisi





Mais avant qu’il ne disparaisse

tu mets encore un jeton dans la rainure

Tu as sélectionné les yeux fermés

ta dernière chanson









*citation d’un roman

Si par une nuit d’hiver un voyageur (1981)

Italo Calvino





18/02/2020

ON N’ÉCRIT PAS SANS Y LAISSER DES PLUMES

manuscrit extrait
Astoria dans le quartier du Queens New York
14 05 2018




On n’écrit pas sans y laisser

des plumes





Plumes d’écolier

plumes gauloises

ou sergent major

que l’on mouillait

sur son poignet

avant de suivre la ligne

des pleins et des déliés





Lundi 14 mai 2018

Morale :

il faut s’appliquer et persévérer.





On n’écrit pas sans y laisser ses plumes

de jeune oiseau piailleur

puis de vieil oiseau gouailleur

emmêlé à la fable du monde





On n’écrit pas sans ses rêves d’enfant

oiseau de vie « oiseau secret qui nous picore »*

oiseau de mort qui disparaît avec nos corps









*Supervielle

PIES MÉSANGES BERGERONNETTES





Ces vers construits à la diable

Ne seront jamais déclamés

Ni imprimés ni portés

Dans la brouette des suppliciés





Ils sont pourtant les vers

D’une terre en jachère

Qui ne connut ni les horribles camps

Ni le désastre des guerres

Mais les oiseaux des champs





Pies mésanges bergeronnettes