QUAND LES MOTS RÉVERBÈRENT





Les mots réverbèrent entre eux,

ce sont matière et manière

d’une écriture.





Nerval se pend au réverbère.

Personne ne sait pourquoi.

Ce qu’il nous dit, parce qu’il l’écrivit,

c’est que le rêve était pour lui

une seconde vie.





Les mots réverbèrent et divaguent entre eux.

Mallarmé s’y complait :

« Rien cette écume, vierge vers

À ne désigner que la coupe. »

Écume des jours, coupe qu’on lève,

« pour des lèvres que l’air du vierge azur affame ».





Les mots réverbèrent et font l’amour

sur les murs de Mai 68,

Jouissez sans entrave,

Sous les pavés la page.





Les mots réverbèrent chez Verlaine, Paul-Marie,

en vers impair, son préféré :

« Sans rien en lui qui pèse ou qui pose ».





Les mots réverbèrent sur « la mourre,

jeu du nombre illusoire des doigts ».

« Et la girande tourne Ô nuit ô belle nuit ! »

(Apollinaire)





quand les mots réverbèrent

entame musicale « Astronomy Domine » Pink Floyd

DICTIONNAIRE ENRAGÉ





Dictionnaire enragé

De coccinelle à coi-coite

Sous le sacrum le coccyx

Coche cochenille cocher

Et la cochonnerie d’écriture

Qui faisait Artaud enrager

T’es rock coco chante toujours Ferré

Et puis les articles n’en font qu’à leur tête

Le Cogito tombe du cocotier

Code et codex sortent du cocon

De la décohérence

Et sous ma couette miaule le chat

De Schrödinger

Moitié vivant et moitié mort

On ne saura jamais





dictionnaire enragé

LE PLUS BEAU LIEU DU MONDE





Le plus beau lieu du monde

est là dans mon poème,

dans cette forme ronde,

manège de soi-même,

dont le cogito vagabonde

de ligne en ligne

de vers en vers,

dans ce que j’imagine

chez Nerval ou Prévert.





Je suis le desdichado,

Je suis comme je suis,

Je suis ce que je pense,

Ce nom qui me transcende,

Dans tous les lieux où je fus,

l’espace et le temps d’un poème,





Je suis cette personne autre,

Cet étrange étranger,

 Habitant cette langue « fraîchissante et rose »*,

Du plus beau lieu du monde.





*Marcel Proust

le plus beau lieu du monde est là dans mon poème

	

L’ÉCRITURE OPIUM DES NUITS





Les mots c’est de la poudre blanche*

Les mots écrits à la plume

au stylo fin sur ma planche.

Comme Nerval, clinique Blanche,

Imagine ses filles de feu,

Sur des cahiers à l’encre bleue.

Les mots c’est mon opium des nuits,

Je sors leur atout de mes manches,

Le Fou, le Bateleur, le Pendu.

C’est l’histoire d’une vie,

Qui invente ses Figures,

Entre mémoire et oubli.





*italiques Emanuele Coccia

Libération 6/11/2020

mots en voix

DICTIONNAIRE DE RIMES





Dictionnaire de rimes, mes grains de sénevé,

Qu’élisent dans le crible, mes doigts et mes pensées.





Je réduis la voilure,

Du moins en apparence,

Je pousse la gageure

Entre rire et silence.





Dictionnaire de rêves, un chat les yeux mi-clos,

Au bout de mon stylo, miaule au Cap de la Hève.





J’entrecroise sans trêve

Les mondes vrais et faux,

Le fruit interdit d’Ève,

Hyacinthes sous la faux.





Dictionnaire où j’appelle les belles citations,

Ainsi faisait Montaigne, « le badin de la farce »,

C’était bonne distance, fausse naïveté.

Il « pillotait » les fleurs de l’imagination.





Je finis là ma geste,

Laissant à mon lecteur,

L‘ajout d’un petit zeste

D’un article enjôleur.





X/XI/MMXX





dictionnaire de rimes
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