L’ALOUETTE ET LE FUSIL

Can vei la lauzeta mover
De joi sas alas contra’l rai
Que s’oblid’ e’s laissa chazer
Per la doussor c’al cor li vai

Bernard de Ventadour 

Tenant à peine debout
Dans le jour qui ne parvient pas
À se lever
Tenant à peine debout
Mais suivant les appels
De la petite déesse lauzeta
L’alouette inscrite
Dans la plus haute des poésies
Occitane
Celle qui s’élance illuminée de joie
Contra’l rai
Dans les rayons du soleil qui moussent
Et font battre les ailes
De l’oiseau de Ventadour
Puis hésitante, étourdie, s’oubliant, en suspens
– on ne saurait dire –
Elle fait entendre alors ce chant unique
Qui fond de désir et de douceur…

Avant qu’un fusil ne vienne l’abattre !


*

Quand je vois l’alouette mouvoir
De joie ses ailes de soleil
Puis s’oublie et se laisse choir
Tant la douceur au cœur lui vient
(une de mes traductions)




POÉSIE FEINTE POÉSIE VRAIE









la véritable poésie est la plus feinte




La véritable poésie est la plus feinte

Feintes, mots changés en images de belettes

ou de chameaux, comme la forme des nuages,

Songe une nuit d’été le personnage de Hamlet.





Poésie au couteau sans manche et sans sa lame

Lame de fond changée en étoffe lamée

D’hyacinthe et d’or le monde s’endort

Hypotypose Ordre et Beauté là, mais.





Et que dit le silence entre deux quatrains

Quand on secoue avant la reprise

le kaléidoscope de nos figures ?





Tableau en trompe l’œil

Anamorphoses.

Tant va le vers vers sa métamorphose

Qu’à la fin il s’envole ou se brise.





Italiques Baudelaire

DIALOGUE DE SOURDS





– D’où tu viens ?

– Je n’ai rien entendu.

– D’où tu parles ?

– Je n’ai rien vu.

– Où vas-tu ?

– Turlututu !

– Et au Ciel y crois-tu ?

– Ciel mon mari !

– Et le Temps ?

– Je l’attends au tournant.

Ou bien les mains sur la toile,

sur le piano, sur le papier,

à travers la nuit,

je lui refais une beauté.





Dialogues intérieurs  X

GUÉRIR LA VIE

Agenda du 22 au 28/02/2021

Lundi 22/02/2021

7h44     « Si la belleza sostiene una cabeza / Bien puede sostener el mundo. » Antonio Gamoneda

                Si Beauté maintient droit une tête / Elle peut, aussi bien, le monde soutenir

(ma traduction…comme on dit)           7h49

Mardi 22/02/2021

7h15          « Libres penseurs », libres senteurs, la seule liberté, les hommes la dédaignent uniquement parce « que s’ils la désiraient, ils l’auraient : comme s’ils se refusaient à faire cette précieuse conquête, parce qu’elle est trop facile. »   La Boétie (Discours de la servitude volontaire)

                Nageant à contre-courant, contra suberna, écrivait le troubadour Ventadour.       7h24

Mercredi 23/02/2021

7h11    – Je ne crois pas que les tableaux, pas plus que les poèmes, soient jamais achevés.

                – Et donc ?

                –  « Plus que l’art lui-même, ce qui compte, c’est qu’il ait répandu des germes sur la terre. » (Joan Miró)

7h20

Jeudi 24/02/2021

8h14        Parmi les formules condensées, mettant en perspective nos visées politiques, celle de Paul Ricœur m’agrée :

« Bien vivre (un art que l’on apprend à exercer) pour, et avec, les autres, dans des institutions justes. »

 (donc, toujours à parfaire).

8h18

Vendredi 25/02/2021

8h19        Avec son exemplaire sous son bras, édité de son vivant, le poète Philippe Jaccottet est allé rejoindre la Constellation des Pléiades, en ce Cosmos, où tout n’est « qu’ordre et beauté, calme, luxe et volupté. »     8h24

Samedi 27/02/2021

6h37        Face à la crise majeure provoquée par la pandémie du Covid.

« On dirait qu’une société entière dit ce qu’elle est en train de construire avec les représentations de ce qu’elle est en train de perdre. » Michel de Certeau (autour de Mai 68)

« Souvent il fallait effacer la nuit le tableau que j’avais esquissé le jour : les événements couraient plus vite que ma plume. » Chateaubriand (durant les soubresauts de la Révolution commencée en 89)

Dimanche 28/02/2021

01h21   Aucun bruit C’est la nuit Qui dort dans son étui Mes oreilles sonnent leurs morphèmes Dans mon lit j’égrène mentalement de Francis Lemarque ses rengaines Le petit cordonnier et (bien sûr) Marjolaine Je suis cet « inconnu sur sa guitare » Le brouillard de la chanson tombe sur la mer que je vois à l’horizon On entend alors les cornes de brume des bateaux qui portent la malédiction de notre civilisation (le lourd pétrole noir) Plume dès lors s’agite sur son papier : « Sous la pression du négatif…nous avons à reconquérir une notion de l’être qui soit affirmation vivante, puissance d’exister et de faire exister » (Paul Ricœur) Artaud le Momo avait trouvé une formule plus percutante Il s’agit de Guérir la vie    01h31


	

UN DICTIONNAIRE DU NOUVEAU MONDE





J’ai encore rêvé d’un dictionnaire du Nouveau Monde

où les murmures du fils d’Hypnos (Morphée)

m’entraînaient en ces sentiers créés

de toute pièce (d’ écriture)

par la plume d’or

du grand Hugo





un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle





Un vers encore encore un vers

Beauté était aussi de la fête

Si la belleza sostiene una cabeza

Bien puede sostener el mundo

Ce que ma petit monnaie d’apprenti traducteur

transforme en :

« Si Beauté maintient droit une tête

Elle peut, aussi bien, soutenir le monde »





Ce monde qui menace de s’écrouler,

Comme chacun sait,

(ou devrait savoir)

Depuis que l’on est passé dans le temps de l’Anthropocène

Une « prise de Terre » qui nous prend à revers

Avec sœur Chauve-Souris

Et frère Pangolin





(la suite manque…inévitablement)





Citations : Victor Hugo, Antonio Gamoneda