MARACAÏBO





Louis Brauquier qui fit retraite

à Saint Mitre-les-Remparts

se souvenait un soir de Maracaïbo

où je ne suis jamais allé de mon vivant





Son poème de mauvaise mémoire

permet d’affirmer à contrario

à Dorio

qu’il passa un soir à Maracaïbo





Il y écrivit d’ailleurs

face au champ de pétrole

un poème mineur

recopié ci-bas

que Brugeilles illustra

*

Une mer alitée

Il fallait voir ses cendres

Violets d’encres noirs





Des oiseaux se baignaient

Aux embruns de pétrole

Cris hideux ébarbulés





Fourbu le soleil

Se laissait mourir

Assis sur un derrick





Itinéraires

Edité par P.J. Oswald

1975





Claude Brugeilles
graphisme d’une nuit
moulin de Jézeau
(hautes pyrénées)
1975

PUISQUE TOUT SE TRANSFORME





PUISQUE TOUT SE TRANSFORME

Frayer encor avec les Romains lettrés, écrivant poésies, – avant J.C – « Ainsi rien ne périt malgré les apparences Puisque tout se transforme Et que toute naissance en ce monde a besoin du secours de la mort »

« Petit moineau, délices de Lesbie », becquetant les doigts de la Belle.

Jouer encor de nos chants alternés, avec les Dieux enfuis, comme pour prolonger ces impossibles souhaits : « Essayons par magie de guérir, de séduire ».

Avant que ne nous happe, notre lyre brisée, la gueule de ce monstre, qu’un poète, déjà, nomma la bouche d’ombre.

avec Lucrèce, Catulle, Virgile, Properce.

manuscrit premier jet
fond : aplats d’acrylique, « hypnographies » encre de Chine
Dorio


DÉCLINAISONS D’UN POÈTE

 


 
 
Je suis un poète de deuxième main
Fervent des citations
Territoires de l’imaginaire
 
Je suis un poète clé en main
Mais un malin génie
Change sans cesse mes serrures
 
Je suis un poète qui à l’argus de la poésie
Ne vaut pas une cacahouète
 
Je suis un poète qu’Axiste pas
Môme néant Homme égaré
dans le fleuve caché
des poésies de Jean Tardieu
 
Je suis un poète nature-culture
à double sens
 
Je suis un poète de première main
En sortant de ce poème
Éteignez s’il vous plaît la lumière
 
 
 
 

BOIRE SOUS LA LUNE PEUPLER SA SOLITUDE

 
Boire seul sous la lune, écrit Li Bo, qui la prend pour amie et avec l’ombre qu’elle lui procure, les voilà trois.
 Que n’inventons-nous pas pour peupler notre solitude ?
Assurément cette main qui court le papier, maniant le pinceau du poète-calligraphe,
ou bien l’ancienne plume et son encrier, avant le stylo pointe fine.

Écrire seul en silence, calé sur son oreiller, la lune à la fenêtre, les volets grands ouverts. Suggérer les activités joyeuses de jadis : la toupie sur les carreaux de la cuisine,
le jeu de barres dans la cour de l’école et la construction d’une cabane.
Hier après-midi, quand mon petit-fils a vu que sa cabane imaginaire,
quelques branches appuyées contre un tronc de pin, avaient été enlevées,
il m’a dit en secret : c’est un coup des hyènes.

Li Bo réapparaît, nuit de lune sur le fleuve, il vacille en buvant une nouvelle coupe de vin de Sin-fong.

 Un dernier coup de rame, ma barque de papier ne sert plus que de marque-page,
les images des rêves, comment les épuiser ?
  
 
Li Bo (Li Po, Li Bai) 701-762









"Boire sous la lune" manuscrit premier jet
fond : composition Dorio
"hypnographies" néologisme inventé par JJ Dorio
collage sur papier glacé de revue

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