Toute notre vie n'aura été qu'un petit voyage
en rond et en zigzag*
la joie d'écrire
sautille sur le papier
la joie? c'est exagéré
disons la sérénité
serein sereine
dans le cortège des mots
qui passent et apaisent
nos maux
la joie de dire
les naissances des marmots
les premières paroles
de l'enfance de l'art
les boucles d'écriture
les chiffres sur l'ardoise
les rires et les pleurs
la joie de faire
des romans sur la vie
la petite musique
du quotidien des rues
les marrons épluchés
journaux à la criée
et les petits métiers
rémouleur vitrier
la joie ès poésie
Paris est une fête
de Concorde
jusqu'à l'Étoile
du Châtelet à Flore
où le petit homme
au strabisme divergent
rendit célèbre
l'en-soi du garçon de café
la joie sautille
et se fracasse
dans la grand peine
des beaux-arts
bœufs écorchés
et Guernica
œuvres enragés
de la litté
l'espèce humaine
et les chansons
de quatre sous
pour oublier
inutile d'épiloguer
*italiques de Valéry Larbaud
destinées à l'éventail de madame
Marie Laurencin
MAL VIT QUI NE S’AMENDE
À mes ami.e.s poètes
Éclaircir sa tristesse
Sur la page éclairée
Par nos constellations
Comme des vers anciens
Respectant la césure
Et l’esprit des épîtres
Mal vit qui ne s’amende*
Disait à ses amis
Ce poète brûlant
Après l’avoir fauché
Le chiendent du jardin
La zizanie des vers
Mal vit qui ne sait pas
Sa tristesse tourner
En cueillaison d’un rêve**
Comme ces vers nouveaux
Adressés à ses ami.e.s
Œuvrant ès poésies
* Michel d’Amboise
(merci à Pauline Dorio)
** Stéphane Mallarmé
DANS MON JARDIN D’ÉDEN
Le monde va au pire
Je le lis sur ce livre
Au demeurant joyeux
Dans mon jardin d'Éden
C'est le jour des amandes
Qui rosissent au soleil
Un livre de lectures
Fait par un dyslexique
Qui marchait en lisant
Pour retrouver sa langue
Les martinets m'enchantent
Je laisse mes lectures
Et m'envole avec eux
C'est midi juste ciel
Un air frais sous l'azur
Ma mémoire vacille
J'abandonne ces lignes
Paradoxal bon heur
Je ne sais qu'ajouter
QUI VIVE ?
Qui vive ?
Des amours et des morts
En sourdine
Ou à coups de trompettes
De l’Apocalypse
Qui vive ?
L’autre en soi-même
Cette fable que l’on tisse
Sur de petits cartons intimes
Qui vive ?
Toi
Dont le deuil
Est impossible
Qui vive ?
Nos ami.e.s
Et leur sollicitude
Lettres échangées
Dernières nouvelles
Qui vive ?
Musique de chambre
Des solitaires
Solidaires
De nos vulnérabilités
Qui vive ?
Morceaux en forme de poèmes
Dans la vague d’Hokusai
Tu entends la vigie :
La nuit sera belle !
SOIS LE LÉGER L’AILÉ
la victime du sacrifice doit être aussi grasse que possible
mais toi garde la muse mince
sois le léger l’ailé*
*Apollon de Callimaque
art pauvre
art maigre
art tchoum
art poétique
art qui n’intéresse
plus personne
art dispersé
aux quatre coins
des rues et des ateliers
art qui te sors des yeux
art ressort des amoureux
art du couci-couça
art de la mort annoncée
art du budo de l’aïkido
art du dojo du dorio
art de s’endormir à la légère
dans un dialogue
du Tchouang-Tseu
art des gérondifs
chemin faisant
en chantant à tue-tête
et à cloche-pied
art des amours
délices orgues
jules laforgue
la pompadour
art des agentes artisanes filoutes
députées aigrefines loustisques
les féminins inemployés
art du coq-à-l’âne
et de la poule-au-pot
art éfact
des fats
art ériosclérose
art du parti pris des choses
compte tenu des mots
art Rhose
Sélavy
art Work
in Progress
art des vents
alizés aquilons
autans bises
boras borées
cers chergui
fœhn fun
sirocco harmattan
marin mistral
simoun zéphir
zefiro torna*
*Monteverdi
art des lamentations
art des consommations
art des marques
art des frustrations
art des manipulations
art des Vanités
vendues chez Sotheby’s
à trois millions
de dollars
art des coccinelles
art des petits insectes roses
art des points noirs
art des baisers volés
quand les enfants
s’ennuient le dimanche*
*Charles Trénet
art des ventouses
sur le dos
art des sangsues
à l’oreille
art des limaces
bien nouées
art du cancrelas
de Kafka
art du bouche à bouche
art de l’oreille cassée
dans Arles
où sont les Alyscans
prends garde à la douceur des choses*
*Paul-Jean Toulet
art pauvre
art maigre
art dans la peau
art de l’Apollon de Callimaque
la victime du sacrifice doit être aussi grasse que possible
mais toi garde la muse mince
sois le léger l’ailé