J'air rêvé que l'on me préparait une horchata de chufa
C'était dans un café qui faisait face au Lyceo
Sur les Ramblas
en 197..
J'ai rêvé que je mâchais de la canne à sucre
pour tenir le coup jusqu'au soir
quand on rentrerait de la pêche
avec les indiens panaré
Et que l'on dégusterait assis sur nos cuisses
le poisson boucané
J'ai rêvé que j'allais à mon enterrement*
Dans la forêt pleine d'esprits
Où l'on installe ton corps sur un arbre
Avant de faire de tes os
Une poignée de poudre
J'ai rêvé qu'en jouant du violon
devant notre haie de pittosporums
Tu m'étais apparue
Dansant la plus que lente**
J'ai rêvé de nos adieux
Et de cette brassée de bruyère
Que je déposerai demain dès l'aube*** sur ta tombe
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends*
*Guillaume Apollinaire **Claude Debussy ***Victor Hugo
LIVRE DE SABLE
traces et aura sables d’identité
Tout travail mérite salaire
hypnographies sur une tablette de Mésopotamie

TU ES TU N’ES PAS
Tu es tu n’es pas
Signes sur la page
La prose du monde
Et toi à l’écart
Tu es la voix autre
Le secret des marges*
Tu n’es pas celui
Que les autres voient
Tu es bien cet homme
Qui sur le chemin
Ne trouve sa voie
Qu’en marchant sans cesse
Tu n’es pas tu es
Tu es mort cinq fois
La vie est tragique
La mort comédie
Colombe épervier
Agent tu agis
Patient tu subis
Tu es tu n’es pas
Phrases inachevées
Les mots les ellipses
Les nuits rêveries
Les jours jeux d’enfant
Tu sais d’expérience
Qu’il faut être fou
Une fleur d’amandier
L’esprit de Tchouang Tseu
Ouvert comme un livre
C’est ce que tu es
*Secret des marges
J J Dorio
Editions Rafaël de Surtis
2011

C’EST DIMANCHE
Il était petit et trapu, avec un aspect paysan,
à le voir on n'aurait pas pensé à un écrivain raffiné, comme il était,
mais les écrivains sont toujours ainsi, ils trompent leur monde.
Antonio Tabucchi (Pour Isabel)
-Et les poètes ?
- C'est encore pire.
S'ils disent "Je" c'est toujours un "autre".
Entre ce que je vois et dis
Entre ce que je dis et tais
Entre ce que je tais et rêve
Entre ce que je rêve et oublie
La Poésie
Octavio Paz
C'est dimanche
Il y a quarante ans
Dans un autre temps
Je me mariai
C'est dimanche
Dans un hôtel de ville
En belle pierre de Provence
Tu passais la bague
À mon annulaire
C'est dimanche
Depuis lors
Ça a coulé
C'est dimanche
Ça a coulé
Mais ça ne se raconte pas
Il faut laisser ça aux romanciers
C'est dimanche
Elle est sans merci
La mort qui frappe à l'aveuglette
C'est dimanche
Le gardien du temps
Me sourit tristement
La mort ? L'amour ?
¿ Quién sabe ?