AU JOUR D’HUI





Aujourd’hui

Ce mot posé sur ma feuille

Comme la main remuant les cendres

 Pour souffler sur la braise de ce jour hésitant





Aujourd’hui

Sans hésiter

Refusant de prime abord les bruits du monde

le journal des penseurs orgueilleux

et les radios des amuseurs de pauvres gens





Aujourd’hui

Commençant pas à pas

le chemin inconnu de ce poème

que je lis en l’écrivant

plus lentement que n’allait Prévert

à l’enterrement de ses feuilles mortes





 Aujourd’hui

Ce jour 
du lundi
21 septembre 2020




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AIMER L’UTOPIE

Jean Jacques Dorio

(réécriture été automne 2020)

(une première version

a été publiée par Encres Vives

en octobre 2011)

MONOLOGUE DE PLEINE NUIT

MONOLOGUE DE PLEINE NUIT

Scène un





« Une Voix Sans Personne »





Cette nuit je suis vraiment seul

seul seul seul

Là comme un imbécile au seuil

seuil seuil seuil

de mes champs de nuit

Au vrai je suis quand même content

temps temps temps

de pouvoir le dire et de le proférer

Ferré ferré ferré

Tiens voilà le premier visiteur

qui passe et se plante au lieu de la scène

sous les sunlights cassés liquides

Drôle de type ce Léo

Capable du meilleur comme du pire

pire pire pire





Scène 2

Passe un soupir

un petit soupir discret

avec un chapeau noir

et un habit gris





V.S.P

-D’où viens-tu ?

-C’est selon ?

VSP

-Selon quoi ?

S

-Selon le vent, mon compagnon de fortune et d’infortune…

VSP

-Et ?

S

-Et cette nuit, je viens d’un enterrement…

Un vieux rêve que j’ai porté en terre.

VSP

récitant

« Cette nuit j’ai rêvé que j’allais à mon enterrement »

S

-Oui, c’est une sortie de « poète »,

quand il y avait encore des poètes

qui se réinventaient dans une vita nuova,

dans la faille d’une étoffe de soi trouée,

saltimbanques capables de susciter toutes les merveilles

et les menaces qui dorment dans les mots.

VSP

-Longue traversée du désert, patin coufin,

Trobar leu et trobar clus.





Scène 3

La litanie des Si





Si je dois renaître que ce soit dans du bois bien vert

Si je dois mourir que ce soit assis sur la fourche de mon arbre mort

(celui qui date du « temps des cerises »)

Si je dois disparaître que ce soit dans la source d’un poème

Si je dois m’éveiller que ce soit dans la fiction autobiographique

Qui porte toutes les marques  de l’aventure poétique





Scène 4

JE SAIS BIEN …MAIS QUAND MÊME





Je sais bien que l’espérance d’une « poésie libératrice »

-comme on disait naguère de « l’école »-

Est morte et enterrée

Mais quand même je persiste et la pratique intensément

et en secret





Scène 5

Une Voix Sans Personne

s’immisce dans la voix d’un.e poète

né en 1907





Quand je suis né.e mon père m’a appelé René

et ma mère Renée

-ou c’est peut-être l’inverse

ils n’ont jamais été au clair sur le sujet-

Mon roi mage s’appelait André,

Comme ma reine mère, dont le « e » disparaissait,

quand on le prononçait.

Quand je suis né.e, avant les guerres,

Qui ont fait de l’Azur un carnage rougeoyant,

C’était – excusez-moi pour ce rappel obscène-

La Belle Époque !

Quand je suis né.e le peuple des prolétaires

Croyait dur comme Marx, aux « lendemains qui chantent ».

Quand je suis né.e, le coup de dés d’un poète phénoménal

s’abolissait dans le Cubisme.

Quand je suis né.e « Bergère ô tour Eiffel ! »

Porté.e par la chanson du Malaimé

et de la Maumariée…





(travail en cours)

J’AI RÊVÉ

J'air rêvé que l'on me préparait une horchata  de chufa
C'était dans un café qui faisait face au Lyceo
Sur les Ramblas
en 197..

J'ai rêvé que je mâchais de la canne à sucre
pour tenir le coup jusqu'au soir
quand on rentrerait de la pêche
avec les indiens panaré
Et que l'on dégusterait assis sur nos cuisses
le poisson boucané

J'ai rêvé que j'allais à mon enterrement*
Dans la forêt pleine d'esprits
Où l'on installe ton corps sur un arbre
Avant de faire de tes os
Une poignée de poudre

J'ai rêvé qu'en jouant du violon
devant notre haie de pittosporums
Tu m'étais apparue
Dansant la plus que lente**
J'ai rêvé de nos adieux
Et de cette brassée de bruyère
Que je déposerai demain dès l'aube*** sur ta tombe

Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends*



*Guillaume Apollinaire **Claude Debussy ***Victor Hugo