2019 écrit en tétrasyllabes

Janvier TU RECOMMENCES





Tu recommences Mais cette nuit Tu écris en bleu Tu lis un livre D’anthologie De coqlicots Et de bleuets Tu es celui Qui fait des vers Tirés d’un puits D’Apocalypse Et tu es celle Qui puise l’eau De la grammaire Revisitée Tu es voleur De tournesols Tu es voleuse De lunes rousses Tu es un monde De voies lactées Mille soleils Dans ton cerveau Dans ta cervelle Dansent des rêves Démesurés Tu es le vide Illimité Où prend le feu De l’Esseprit Des Poésies

Février UN PEU D’HUMOUR





Un peu d’humour Beaucoup d’amour De l’humour noir Des amours jaunes Un peu d’humour de dérision Un requiem d’accordéon Un peu d’humour Veilleur de nuit Dans la fabrique des sonneries Un peu d’humour Tapis volant dans les palais du no man’s land Un peu d’humour La voie est libre Les voix s’éclatent dans les fous rires Un peu d’humour taratata Pour les poètes sans foi ni loi Un peu d’humour dans les mantras Babil Babel Et cetera





Février Variations

Un peu d’humour dans la nuit noire Tes pages blanches ta bonne étoile Un peu d’humour à l’encre vive Sous les pavés des joyeux drilles Un peu d’humour désespéré Dernière clope du condamné Un peu d’humour dans le miroir Les vieux nous rasent Les djeuns se poilent Un peu d’humour de comédie Le fou du roi joue de la lyre Un peu d’humour de tragédie rire éternel du crâne vide*

*selon Paul Valéry





Mars TÉTRASYLLABES




Tétrasyllabes Du mois de mars Faut être fou Pour s’y adonner Ou bien avoir L’amour des mots Vain passe-temps Des jours des nuits Des traversées Du sec désert Du cœur détruit





Tétrasyllabes Un deux trois quatre Savoir léger La main me guide À l’aventure Libre plaisir Sans la mémoire Je suis un autre Dans le jardin Adolescent De l’Oulipo

Tétrasyllabes Sans invectives Sans directives Dans l’insouciance D’une chanson Qui perd le fil De ligne en ligne Qui vit de mots Qui meurt de rire









Avril LANGUE DE JOIE





Langue de joie Langue de bois Langue inspirée Langue puisée dans les poèmes Langue d’émoi Toujours zozote Au zoo des sauts et des gambades Langue de toi ce toit tranquille la mer de Cette de Valéry Maigre immortel noir et lauré et de Brassens le troubadour et sa Supplique testamentaire Langue de nous de la musique de Monk génie du round midnight Work in Progress Langue de lui et langue d’elle de la belle aube au triste soir*

*Apollinaire

Mai LANGUE DE VOUS





Langue de vous  Qui êtes vous ? Mémoire oubli inachevés Langue du je suis bien par là Mais je ne m’y  reconnais pas Et langue d’ils trésor public l’esprit des lois Rouge et noir et revolver aux cheveux blancs Mes langues d’elles Nancy Huston Chantal Thomas Jacquie Saint-Jean Mes langues d’eux sont trop nombreux de Jean Tardieu à mon Montaigne d’Octavio Paz à Tabucchi Langue de soi de Paul Ricœur qui bat soi-même comme un autre Langue maïs toujours à faire la défaisant                                                     Langue des mots en fin de course Lèvres fermées On veut passer  à tout hasard notre  témoin





Juin C’EST UN ESSAI





C’est un essai Un gaspillage De mots gratuits De mots salés Sucrés poivrés Que n’aiment pas Les sociétés Platon le dit Il faut chasser De la cité Tous les poètes Les inventifs Porteurs de muses Et d’Odyssées Platon a peur De l’insensé Qui le traverse Du noir soleil Du feuilleton Des vies fictives Filles du feu D’un orphelin De Reine Mère Chants odelettes Nos fantaisies Nous font revivre L’éternité Du jour qui vient Dans un poème Renouvelé





Juillet chanson enregistrée au petit Mas

ÇA A PASSÉ Ça a passé Le temps joyeux Des barricades Ça a coulé Le temps galet De nos ballades Plages du temps De notre enfance Jeu de marelle Sous les pavés Petits lézards Ont de la peine Ça a passé Jour après jour Heure après heure Le temps pavé Et dépavé De nos calades Cailloux du temps De nos genoux Pleins de couronnes Ça saigne un peu C’est la rançon Des petits mômes Ça a passé Biographie Atteint son terme Fou qui se fie Au temps passé Hydre de Lerne Mythe du temps L’enfant qui joue A de la peine L’un après l’autre Heureux mortels Quittent la scène Ça a passé Sur les sentiers Voyag’ s’achève L’enfant a dit C’est moi maint’nant Sur le manège ! (bis)





Août

LES FREDAINS DU GRAND-PÈRE ENFANT

J’ai fait un disque C’est le troisième au Petit Mas c’est le studio Parol’s d’Hugo et de Dorio Qui c’est çuilà ? C’est le chanteur compositeur Le tout mixé revisité avec guitares et un synté par Bru Philippe C’est le patron du Petit Mas titre final : les fredains du grand-père enfant. Photo de No émie Dorio Il y a aussi pour trois morceaux Léo Cotten c’est un pianiste et Di Ruocco pour les paroles d’une chanson l’ami Jean-Claude qui réalise la bell’ maquette –textes et photos – Et maintenant Écoutez bien Si vous aimez chanter rêver vous enivrer de poésie d’amour des rimes et de chansons In aeternam

Septembre

VOILÀ L’ESPACE

Voilà l’espace. Et sa voilure. Comme un mirage. Les pas par quatre. Voilà le temps. Il s’accumule. Il se disjoint. Il n’a plus l’heur de célébrer. De cérébrer une pensée. Voilà le lieu. C’est une chambre. Murs blancs lit haut. Ô ma beauté qui disparaît exécutée par un cancer. Voilà le texte. Sexe perdu. Ne plus dormir. Veiller au grain. Lire sans fin. Cette insomnie. Cette vigie. Où l’on oublie. Ma sœur douceur. Voilà l’essai. Traces de vie. Aura de mort.





Octobre LIRE LA BIBLE

Lire la Bible Oui mais laquelle ? Bible hébraïque ? Ou catholique ? Ou protestante ? ou orthodoxe ? Bible plurielle Ce sont des livres Et non Le Livre Comme l’on dit Les deux Genèses C’est amusant La dominante : Dieu sort la femme Côte d’Adam La dominée : les deux premiers mâle et femelle sortent « à côté » Quant au bon dieu C’est un guerrier C’est le tonnerre Il vient des steppes Ou bien d’ailleurs Un vrai patchwork de plusieurs dieux du Sinaï entre l’Egypte et la Judée Dieu d’Israël ? C’est bien après Y H W H : Yahô ? Yahou ? Alleluia !





Novembre   L’ART DE NOMMER CE QUI SE DÉROBE   …pointant chez les poètes et les orateurs la percée de vocables appropriés, avant que l’usage n’ait effacé le relief de ces pièces neuves de l’échange langagier. Paul Ricœur Parcours de la reconnaissance





  L’art de nommer de dénommer de renommer la pauvreté d’un bout d’papier La page blanche que vont remplir les noms les verbes et le désir de progresser vers ce mystère : l’identité   L’art de nommer ce qui s’dérobe Effets retard de mon parcours labyrinthique peu reconnu ou pas du tout pour ainsi dire   Mais on s’accroche pour dénommer l’art du chercheur qui ne sait rien qu’il n’ait écrit et qu’il oublie un jour sur deux dans ses lectures de soi des autres :   Persévérer L’art d’exister    





Décembre     Finir l’année Finir décembre Grêle d’oiseaux Sur l’arbre mort Que l’on maquille En grande lyre   Finir le chant Du triste monde À feu à sang Avec les hommes Ivres d’eux-mêmes Brûlant les livres Qui font tenir Nos Républiques   Finir musiques De fin de nuit Quand l’aube vient Sur un enfant Qui chante Bach Dernières notes De pure Joie   Finir poèmes Tétrasyllabes Un dernier geste Sur mon cahier Las de la guerre Des mots contre Un Je fais la pause J’attends Janus Devant la porte Deux mille vingt                        


	

DESSINE MOI UN ARBRE

pour Sylvie Gate

 http://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/ 





Dessine-moi un arbre

dans la bourrasque

l’épouvante engendrée

par le chaos climatique





Dessine-moi un arbre

la flamme qui jaillit

d’un cyprès ou d’un if

menacés d’incendie





Dessine-moi un arbre

un mirage amoureux

un nuage d’écorces

où l’on inscrit nos vœux





Dessine-moi un arbre

de collines en collines

un arbre de maraude

et de frémissements





Dessine-moi un arbre

qui respire sans bruit

musique minimale

traversée de nos nuits





Dessine-moi un arbre planant

un arbre sans langue de bois

et sans forêt de symboles





Dessine-moi un arbre

sorti du fond des âges

d’un temps où le non-temps

nous abolit





Dessine-moi un arbre

suspendu impalpable

virtuel et réel

plein et délié





Dessine-moi un arbre

de l’Univers entier

illuminant le texte

de son immensité





Dessine-moi un arbre

en attente de sens

HÔPITAL DES POUPÉES








HÔPITAL DES POUPÉES
 
Jacqueline Saint-Jean
 
Editions Alcyone
 
 
 
 
Comme en hypnose la bruine des images
enveloppe les poupées brisées abandonnées
à l’Hospital de Bonecas
À Lisbonne où des mains artistes réparent les têtes
et les trous au cœur
 
« Poupée-chimère Poupée d’encre
Poupée-poème Poupée des fatigues
Poupée noire trouée Poupée penchée
qui cherche son centre de gravité
Poupée pâle anonyme »
 
Une voix singulière les nomme et les appelle
Elle les interroge imagine le destin
De ces corps désarticulés
« Tombés de quelle histoire ? »
 
Vingt-neuf poèmes fervents
D’une sœur en poésie
Qui « materne et malmène »
Vingt-neuf poèmes
Uniques proliférant
 
Lecteurs Lectrices
Qui aimez les livres précieux exigeants
à contre-courant
des « regards formatés dans leurs prisons d’écrans »
 
N’hésitez pas à vous procurer
« Hôpital des Poupées »
 
Ici une fée patiente
Répare vos mémoires
 
 
Jean Jacques Dorio
Nuit de Noël 2019
 
 
 
 

SEUL.E.S INCLUSIVEMENT





Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui

Paul Ricœur




Seul.e.s assurément

donnant le change

par cette danse tremblée

des lettres sur nos pages





Seul.e.s naturellement

dans cette attention flottante

réservée aux praticiens de l’hypnose

et aux pupilles de la nation des poètes

mort.e.s au front des métaphores vives





Seul.e.s dans les champs de tournesol

nos amours jaunes

et les matières immatérielles

que voient les aveugles

dans les musées





Seul.e.s et dialoguant

avec les portes les fenêtres

les graffiti de charbon

sur les murs des églises romanes





Seul.e.s dilaté.e.s

arpentant les mille et un livres

de notre bibliothèque unique

léguée aux dieux de la dispersion





                                                                                    Seul.e.s à la proue             

mon beau navire

ô ma mémoire*

naviguant divaguant

au cœur des poèmes

sans testaments





*Apollinaire





Seul.e.s terriblement

de ce qui en nous

est dur compassé et frigide*





*Odile Caradec





Seul.e.s vaillamment

Gall amant de la reine*

« el viento galán de torres

la prende por la cintura »**





*Marc Monnier ** Federico García Lorca





Seul.e.s obscurément 

à la lueur d’une chandelle

à la santé des serpes et des serpents





                                                                             Seul.e.s vocabulairement          

écriture inclusive dans la voix des passant.e.s

de nos instants secrets


	

CE TEMPS OÙ L’ON VIT ENCOR DANS L’ÉTERNITÉ

 
  
 1
  
 Dans la nuit qui précède l’aurore de Noël
 Je lis des poèmes que personne plus ne lit
 Des pages ouvertes au hasard
 M’apportent toutes leurs cadeaux
 Clairières des Noces
 Oiseaux mohicans
 Ou cette de Follain
 Les Enfants
 qui sont encore à ce temps
 Que l’on vit dans l’éternité
  
 2
  
 Poème à poème derniers à derniers ils rejoignent
 Le silence en train d’envelopper la terre
 Déjà il n’y a plus d’oreilles pour l’entendre
 Demain il n’y aura plus de parole pour le dire
  
 Arthur Praillet (en 1984)
  
 3
  
 Celui-là c’est le mien
 Unique introuvable
 À qui le fait croire ?
 Mais à Personne pardi !
  
 Celui-là je le sens
 Veut me faire la peau
 Il avance masqué
 Shaman du Monde Autre
  
 Mais je ne bouge pas
 Il passe médusé
 Sous ma petite lampe
 Je glisse cette pièce
  
 Pour les enfants et pour les raffinés*

  
  


 *je ne me lasse pas de cette formule magique
 de Max Jacob
  
  
   




1

Dans la nuit qui précède l’aurore de Noël

Je lis des poèmes que personne plus ne lit

Des pages ouvertes au hasard

M’apportent toutes leurs cadeaux

Clairières des Noces

Oiseaux mohicans

Ou ce petit bijou de Follain

Les Enfants

qui sont encore à ce temps

Que l’on vit dans l’éternité





2

Poème à poème derniers à derniers ils rejoignent

Le silence en train d’envelopper la terre

Déjà il n’y a plus d’oreilles pour l’entendre

Demain il n’y aura plus de parole pour le dire

Arthur Praillet (en 1984)





3

Celui-là c’est le mien

Unique introuvable

À qui le fait croire ?

Mais à Personne pardi !





Celui-là je le sens

Veut me faire la peau

Il avance masqué

Shaman du Monde Autre





Mais je ne bouge pas

Il passe médusé

Sous ma petite lampe

Je glisse cette pièce





Pour les enfants et pour les raffinés*





*je ne me lasse pas de cette formule magique

du facétieux et merveilleux Max Jacob