QUE SÇAI-JE ?





écrit Montaigne

ondoyant et divers

sous cette forme

badine et baladine





Que sais-je ?

une collection

des P.U.F.

un autre Michel

que j’eus l’heur

d’avoir pour ami

publia

Le Chamanisme*





Je ne sais pas

Je sais

Je cherche

Suspendant mon jugement

et mes fausses idées





Ce que je sais

c’est ce précieux

pharmakon

pharmacopée du doute

et de l’étonnement





car ton esprit par deçà

de travailler soixante ans

ne cessa**









*Michel Perrin

**Clément Marot

épitaphe à son père Jean

« le grand rhétoriqueur »





P.U.F.
Presse Universitaire de France

ABECQUER





Abecquer ses oiseaux de nuit

avec ces quelques mots rares

aux sens le plus souvent inconnus





La vie si courte soit-elle

devrait permettre à chacun

de prendre ses aises en tous sens

avec ce dictionnaire à part moi

qu’affectionnait Montaigne





Gérard Genette un autre montaignien

admirait son père

cordonnier amateur

qui sur son établi

utilisait une bigorne

petite enclume allongée

qu’il appelait « pied de fer »





Mon père à moi

les sabots dans la glaise

poussait ses bœufs

tirant droit ses sillons

de gauche à droite

et de droite à gauche

à la manière ancienne d’écrire

de ligne en ligne

ses boustrophédons





Ainsi l’amour d’amour fait son chef d’œuvre

zèle de et pitié de rempli Amour

Marguerite de Navarre


	

LIRE EN LEVANT LES YEUX





Grâce à mon livre

à la mi-temps de la nuit

j’entre dans « un havre de grâce » :

-un titre à double entrée

de Raymond Queneau-





Et Montaigne

en ses Essais

qui sont ma petite bible portative

fait de « grâces »

qui coulent sous la naïveté

et la simplicité

« une beauté délicate et bien cachée »





Les lecteurs grincheux

qui ne jurent que par « déconstruction »

et négativité »

me prendront pour un Candide attardé





Mais je leur ris au nez

Un balai un balai chassant leurs poussières





Et merci à Voltaire

Raymond la Science

&

Michel de Montaigne

POÈMES EN QUARANTAINE





Le président a dit

qu’à partir de la septentaine

il faut rester chez soi

en attendant que passe

ce truc méchant virus

appelé Corona





Il a pas précisé

ce qu’on y fait

chez soi





on y fait sa soupe ? son journal de bord ?

ses pleurs à fendre l’âme ?

ses pitreries de claoun ?

ses lectures qui font proust ?

sa sycanalyse de la cave au grenier ?

sa partie de poker sur le tapis des mo®ts ?





confidence pour confidence

épidémie ou pas

moi la quarantaine

ça m’va





je vais faire des poèmes

que personne ne lira


	

MA PETITE HISTOIRE





a croisé la grande





Mon grand-père est mort

aux premiers coups de fusil

tirés en quatorze

c’était pas par de la poudre aux moineaux

qu’il tirait depuis sa ferme de l’Ariège

pour les chasser de sa vigne

ou de ses blés

mais des balles réelles

qui l’ont percuté

ou peut-être un obus

qui l’a éclaté





Il s’appelait Bernard Jean Dorio

Il était né le 13 octobre 1888

Il mourut si j’en crois la fiche fournie par

memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

le 1° novembre 1914

à Wytschaëte (sic)

en Belgique





On lui avait promis quand il partit

la fleur au fusil

qu’il reviendrait pour faire ses vendanges

Mais c'est son corps
Que l'on vendangea




Mon père Noël*

 n’avait pas 2 ans

Sa mère Daraut Eugénie

mourut bien vite

L’orphelin fut élevé par ses grands-parents

-qui avaient perdu 3 fils sur 4 !-

et fut déclaré pupille de la nation





Mais en 40

On n’évita pas au paternel

La seconde guerre





Comme lui aussi était paysan

On l’orienta prisonnier

Dans une ferme allemande





Mais dès 42

il s’évada

Il m’a raconté

et j’ai enregistré

tout ça





                                                                             Et mon autre grand-père ?         

ce fut un autre destin





Suite au prochain numéro

de ma minhistoria





*écoutez sa chanson

voix paroles et musique
JJ Dorio
studio Le petit mas
Martigues juillet 2019