DE L’IMAGINATION

L’imagination n’est pas contrairement à l’étymologie, la faculté de former des images de la réalité. Elle est la faculté de former des images qui dépassent la réalité, qui chantent la réalité.

Gaston Bachelard

DE L’IMAGINATION

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Vivre sans imaginer une vie autre c’est vivoter, mais l’imagination mise à toutes les sauces sans l’expérience de sa propre vie c’est une voie sans issue, c’est tirer de la poudre aux moineaux, prendre des lanternes pour des vessies, ne pas savoir à quel clou pendre sa lampe qui éclaire nos nuits. J’imagine qu’en disant tout cela je n’ai pas aidé mes dix-sept lecteurs qui ne sont pas tombés de la dernière pluie, même si passant entre les gouttes, ils ont tout loisir d’imaginer une suite et de l’écrire en vis-à-vis, noir sur blanc.

Rien n’était écrit

(travail en cours)

J’imagine Montaigne sur le cheval du temps à sauts et à gambades
J’imagine Mallarmé remodelant sans cesse son pitre châtié
J’imagine Tristan Corbière écrivant après chaque marée sur la plage des Amours jaunes
J’imagine Tardieu monsieur Jean qui danse le tango avec la Môme Néant

J’imagine mes amis Claude et Jacqueline l’une au jardin d’Alice poussant l’escarpolette du temps suspendu, l’autre faisant et défaisant sa cibiche de papier païs
J’imagine les Images que la lecture d’un poème nous donne et qui nous touche en profondeur parce que nous aurions pu les créer
être parlant et résonnant
J’imagine sans fin tant que vivrai
tant que vie vraie nous est permise en faits et dits
en chansons en accords
Et puis est-ce nous qui imaginons
ou sommes-nous imaginés ?

SELON SELON

Selon une souris de l’institut de recherche Des souris et des hommes, ce n’est pas le chat qui se joue de la souris, mais l’inverse. Pauvre minou 😿

Selon un conte glacé  de Jacques Sternberg, quand on entend une voix sortir d’une radio et qui dit Chers auditeurs, c’est zéro heure, zéro minute, zéro seconde. Inutile d’ajouter qu’il y a zéro espoir qu’il y ait un lendemain.

DES RÊVES

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« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir les portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible ». C’est la profession de foi de Gérard de Nerval  qui introduit ainsi sa dernière œuvre écrite, Aurélia, commencée à la clinique du docteur Blanche (fin 1853), terminée en Allemagne au printemps 1854. « Je vais chez Rêve chercher la petite âme… », proclame le chaman Setuuma Püshaina, du clan du pécari, confiant ses manières d’opérer, à l’ethnologue Michel Perrin : « Aux chamans et chamanes les rêves disent tout ! » Retour à Gérard, qui livré à sa seconde vie « a l’impression de tout comprendre », éprouve une force et une activité doublées, une imagination lui apportant « des délices infinies ». Il ne savait pas que mettant la main à son œuvre ultime, il allait ridiculement « se pendre au réverbère. »

Rien n’était écrit travail en cours

SELON SELON

Selon Saussure, le linguiste genevois, le premier homme à porter un chapeau disait, le mot n’existant pas, qu’il avait sur la tête un corbeau.

Selon l’ethnologue Michel Prin, le rituel de fin de vie des Caribé se déroule ainsi.L’indien piqué à l’index et saignant abondamment, est plongé dans le Rio Cuchivero. Les piranhas se chargent alors de le transformer en un squelette dansant son ultime gigue.

QU’EST-CE QUE LE FEU ?

Qu’est-ce que le feu ?

Une voix de chien agaçant la nuit

Qu’est-ce que la nuit ?

Des maux que l’on cache sous d’autres mots

Qu’est-ce que le mauvais rêve ?

Un enfant qui court la tête dans ses mains

Qu’est-ce que le bon rêve ?

L’utopie traduite en vers de dix pieds

Qu’est-ce que l’utopie ?

L’euphorie le fou rire le rouge phénix

Qu’est-ce que l’écriture ?

Des greffes sur des livres sans fin

Qu’est-ce que la culture ?

Une mousse de savon noir

Qu’est-ce que le feu ?

La dernière porte ouvrant sur la nuit