QUAND PEU À PEU ON QUITTE BIEN MALGRÉ SOI LE PARADIS DE SA BIBLIOTHÈQUE

JE LIS JE LISAIS JE NE LIS PLUS

Les vrais paradis qui existent sont ceux que lon a perdus

Marcel Proust

Je lis des livres en entier, des sagas, des sagaies plantées dans les faux souvenirs dun danseur balinais, dun chasseur de baleines à qui il manque un pied Je lis les livres dhommes remarquables terrassés par lennui de se répéter Je lis des femmes qui de leur vie vivante furent dillustres inconnues dans lombre de leur mari et que la postérité encense Je lis des livres en miroir pour tenter de voir ce quil y a sous leurs mots Je lis des livres de Zygomars qui gloussent et pouffent vouant un culte à leur zygomatiques Je lis des livres de boniments blablas baratins verbiages absent on ne sait pourquoi de tous les dictionnaires de citations (sauf le mien tenu secret dans un application de mon ordinateur) Je lis des livres sur le café dont celui du professeur Dac qui démontre bol à lappui que si on en donnait à boire aux vaches « on trairait du café au lait »

Je lisais des livres au café mais cétait avant la pandémie Je lus aussi au cinéma une unique fois pendant la projection de La chinoise prélude à Mai 68 côté Mao Je lisais nolens volens des livres de poésie mais depuis quils ont disparu du « Monde des Livres » jai jugé bon de men délivrer Je lisais aussi en public en sortant dune librairie à la plage sur un banc public (banc public) dans le métro (boulot dodo) au bar du PMU (en attendant la course du tiercé changée en quinté +) à lécole des écoliers puis de ceux qui en rendant leur tablier gris revêtent leur tenue professorale Et enfin je lisais déjà bébé sur les lèvres de ma mère lOye et les volutes de fumée de mon papa Pipu

Mais c’est fini depuis que je fais partie de la liste des disparus je n’ai plus accès au paradis de ma bibliothèque je ne lis plus

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

LA MAIN CHINOISE

texte et hypnographies
01/06/2020

LA MAIN CHINOISE





« Voilà ces lignes qui à peine le temps d’y penser

Sont au cœur de mon petit métier »





La main chinoise

Si l’on veut





Je connais

toutes les histoires

de Tchouang Tseu





Celles du boucher

du charron

de l’empereur jaune

et les autres





Tous ceux

qui excellent

dans leur métier





Le mien

est petit

et j’en ai fait

un recueil publié

qu’heureusement

personne ne lit





Sauf ceux et celles

qui savent

que « petit métier » partagé

permet de supporter

nos vulnérabilités





Encres Blanches
n° 753
février 2019
« mon petit métier »
poème premier
les mots qu’on échange
avec je ne sais qui
qui lit je ne sais comment