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Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


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Je suis tout feu tout flamme Je suis l’eau remontant à mes sources Je suis l’air de rien Je suis la terre des Dorio (tous laboureurs) Je suis le souffle qui ravive dès matines les braises du foyer Je suis l’eau de l’orage sur le visage de Rrose Sélavy Je suis la terre que le blé vert adoucit Je suis l’air dont s’abreuve l’alouette de Ventadour Je suis poète contumace1 à l’esprit follet Je suis la mer la mer toujours toujours recommencée2 Je suis la mère Terre (va-t-elle mourir la Mama ?) Je suis Phénix qui écrit des poèmes après Auschwitz* 1 Tristan Corbière 2 Paul Valéry *Dans cette ville (Francfort), Theodor Adorno a prononcé une grande phrase : on ne plus écrire de poèmes après Auschwitz. Disons-le autrement : après Auschwitz on ne peut plus respirer, manger, aimer, lire. Mais quiconque a déjà inspiré une première gorgée d’air, quiconque s’allume une première cigarette a décidé de survivre, de lire, d’écrire, de manger, et d’aimer. Heinrich Böll
Frères humains qui après nous vivez François Villon Frères et sœurs humaines créatures Sous mon taphos- tombeau funèbre Ci-gît à Fos rangé des ouatures Sans chair sans corps un drôl de zèbre Dieu l’ignora mais non Sainte Chimère L’allure poétique et ses bigarrures Sur le papier où la plume célèbre Fatrasies sentimentales et biffures Sœurettes frérots êtres qui me furent chers Sur ma tombe écrivez quelques vers sans césure Avec bon sens rassis sans leçon de ténèbres Célébrez Phénix mais sans littérature

C’est très curieux Avec le temps (comme chante l’autre) J’arrive à écrire des poèmes Que je vois défiler la nuit Les yeux fermés Voir les yeux fermés Titre d’un livre d’Art et Thérapie Sur les chamans et les chamanes Offert par son auteur J’avais répondu à sa dédicace Par ce distique spontané L’œil est dans l’oreille Comme le chas dans le chaos C’est comme ça (tout simplement) que se fait une page écrite Toute grouillante De nuit d’yeux Et de chaos Où dansent un bref instant Ses éphémères caractères

J’écris comme Jean Jacques Dorio
rencontré naguère dans un atelier
où l’écriture ravageait nos vies en poésie
J’écris travaillant l’écriture au corps
Traversé de haïkus et d’aphorismes
J’écris sur le court d’un tennis
Marqué à tout jamais par l’empreinte
du champion Bjorn Borg :
La balle est ronde
Le jeu est long
J’écris long renvoyant dans les cordes
les jeunes hommes pressés
et les jeunes filles en fleur
J’écris de ci de là
en ne pensant qu’à ça
J’écris sous les combles
Sous un vasistas
Où la lumière pleut
(et neige parfois)
J’écris en imaginant Bartok
écrivant ses partitions des Microcosmes
J’écris créant ce microclimat
propice aux pages d’écriture
faisant la navette entre micro et macrocosme
J’écris dans un camping-car Volkswagen
Qui m’a mené naguère
(avant la prise de pouvoir par les Ayatollahs)
Jusqu’à Téhéran
J’écris en oubliant d’écrire souvent
J’écris en me jouant du temps
J’écris en le laissant filer
Ou en l’arrêtant
J’écris sur une table Louis Philippe
ronde en noyer
trouvée sur le bon coin
J’écris sur du papier clairefontaine extrastrong
acheté à Bureau Vallée
J’écris sans confondre mes textes quasi bibliques
avec les bibelots abolis du bon Mallarmé
J’écris avec et contre les sonnets en X
les phrases incises et les ellipses
J’écris sans l’ombre d’un bruit
exceptée cette langue qui caquette
et qui bruit
J’écris sans réfléchir une première ligne qui déclenche le reste
J’écris anche en songeant à mon ami Rambour qui habite rue Franche
J’écris France du nom d’une bergère rencontrée en Mai 68
J’écris Bergère Ô Tour Eiffel
comme Guillaume Apollinaire
J’écris cette aubade inachevée