LES QUATRE ÉLÉMENTS





Je suis tout feu tout flamme
Je suis l’eau remontant à mes sources
Je suis l’air de rien
Je suis la terre des Dorio (tous laboureurs)

Je suis le souffle qui ravive dès matines les braises du foyer
Je suis l’eau de l’orage sur le visage de Rrose Sélavy
Je suis la terre que le blé vert adoucit
Je suis l’air dont s’abreuve l’alouette de Ventadour

Je suis poète contumace1 à l’esprit follet
Je suis la mer la mer toujours toujours recommencée2
Je suis la mère Terre 
(va-t-elle mourir la Mama ?)
Je suis Phénix qui écrit des poèmes après Auschwitz*


1 Tristan Corbière 2 Paul Valéry 

*Dans cette ville (Francfort), Theodor Adorno a prononcé une grande phrase : on ne plus écrire de poèmes après Auschwitz. Disons-le autrement : après Auschwitz on ne peut plus respirer, manger, aimer, lire. Mais quiconque a déjà inspiré une première gorgée d’air, quiconque s’allume une première cigarette a décidé de survivre, de lire, d’écrire, de manger, et d’aimer.
Heinrich Böll

L’ÉPITAPHE DORIO

Frères humains qui après nous vivez
François Villon


Frères et sœurs humaines créatures
Sous mon taphos- tombeau funèbre
Ci-gît à Fos rangé des ouatures
Sans chair sans corps un drôl de zèbre

Dieu l’ignora mais non Sainte Chimère
L’allure poétique et ses bigarrures
Sur le papier où la plume célèbre
Fatrasies sentimentales et biffures

Sœurettes frérots êtres qui me furent chers
Sur ma tombe écrivez quelques vers sans césure
Avec bon sens rassis sans leçon de ténèbres
Célébrez Phénix mais sans littérature




COMMENT SE FAIT UNE PAGE ÉCRITE

manuscrit premier jet 09/09/2021

C’est très curieux
Avec le temps 
(comme chante l’autre)
J’arrive à écrire des poèmes
Que je vois défiler la nuit
Les yeux fermés

Voir les yeux fermés
Titre d’un livre d’Art et Thérapie
Sur les chamans et les chamanes
Offert par son auteur

J’avais répondu à sa dédicace
Par ce distique spontané
L’œil est dans l’oreille
Comme le chas dans le chaos

C’est comme ça
(tout simplement)
que se fait une page écrite
Toute grouillante
De nuit d’yeux
Et de chaos
Où dansent un bref instant
Ses éphémères caractères


J’ÉCRIS opus 22





J’écris comme Jean Jacques Dorio

rencontré naguère dans un atelier

où l’écriture ravageait nos vies en poésie





J’écris travaillant l’écriture au corps

Traversé de haïkus et d’aphorismes

J’écris sur le court d’un tennis

Marqué à tout jamais par l’empreinte

du champion Bjorn Borg :

La balle est ronde

Le jeu est long





J’écris long renvoyant dans les cordes

les jeunes hommes pressés

et les jeunes filles en fleur





J’écris de ci de là

en ne pensant qu’à ça





J’écris sous les combles

Sous un vasistas

Où la lumière pleut

(et neige parfois)





J’écris en imaginant Bartok

écrivant ses partitions des Microcosmes

J’écris créant ce microclimat

propice aux pages d’écriture

faisant la navette entre micro et macrocosme





J’écris dans un camping-car Volkswagen

Qui m’a mené naguère

(avant la prise de pouvoir par les Ayatollahs)

Jusqu’à Téhéran





J’écris en oubliant d’écrire souvent

J’écris en me jouant du temps

J’écris en le laissant filer

Ou en l’arrêtant





J’écris sur une table Louis Philippe

ronde en noyer

trouvée sur le bon coin





J’écris sur du papier clairefontaine extrastrong

acheté à Bureau Vallée





J’écris sans confondre mes textes quasi bibliques

avec les bibelots abolis du bon Mallarmé

J’écris avec et contre les sonnets en X

les phrases incises et les ellipses





J’écris sans l’ombre d’un bruit

exceptée cette langue qui caquette

et qui bruit





J’écris sans réfléchir une première ligne qui déclenche le reste

J’écris anche en songeant à mon ami Rambour qui habite rue Franche

J’écris France du nom d’une bergère rencontrée en Mai 68

J’écris Bergère Ô Tour Eiffel

comme Guillaume Apollinaire





J’écris cette aubade inachevée