L’ENTRÉE À RAFAH

On écrit bien que seul. Sans personne alentour. Sans personne à qui parler. Forcément.

On écrit mal aussi. Mille choses nous assaillent. On ne sait par où commencer. Penché sur le jardin d’herbes folles, le journal de papier que l’on vient de sortir de la boîte à lettres, ainsi que deux livres. Un troisième à moitié lu, emprunté à midi à une amie. Et pour compléter ce tableau, de la musique tournant dans ses oreilles appareillées.

Oublions. Arrêtons. Avant de vraiment commencer.

Le nouveau c’est en même temps l’ancien : dans le nouveau lancien se reconnaît et devient facilement intelligible. Théodore Adorno

Le nouveau c’est : L’entrée d’Israel à Rafah fragilise lespoir de trêve.  Le Monde mercredi 8 jeudi 9 mai 2024

ÉCRIRE LA NUIT

ÉCRIRE LA NUIT

Au fil du temps et de la plume, écrire la nuit, « ni peu ni prou », me fait songer à cette affirmation de Proust :

le sommeil est comme un second appartement que nous aurions et où, délaissant le nôtre, nous serions allés dormir. 

Je n’ai pas pour ma part de second appartement, mais plutôt une seconde vie quand la nuit, entre deux sommes,

j’écris.

J’ÉCRIS SEUL EN SILENCE SUR L’OREILLER

J’écris seul en silence sur l'oreiller
en mesurant la chance de ne pas écrire « dos au mur »
comme ce qui advint à l’admirable André Chénier
guillotiné le 7 Thermidor de l’an II
à l’âge de 31 ans :
comme un dernier rayon
comme un dernier zéphyre

au pied de l’échafaud
j’essaie encor ma lyre


J’écris seul en silence accompagné par les vers scabreux
d’un poète ignoré aujourd’hui :
Muses vous présidiez au viol imaginaire
Des belles passantes
Qui nous coupent le cœur

Et du même, dans un autre registre :
Exaltant le présent, ces mots disent aussi son anéantissement.
L’instant passionnément désiré disparaît aussitôt qu’existant.
Telle est la tragédie de l’hédoniste.


J’écris reproduisant ces bons mots qui me réjouissent :
-Seuls les idiots n’ont pas de doute.
-Vous en êtes sûr ?
-Certain !


J’écris pour me soigner des maux de la tribu.
J’écris face aux vents contraires
Donnant chaque jour sur mon blog
(depuis le 8 janvier 2006)
un petit texte nouveau
éclairé faiblement par une simple allumette :
tant que durent les allumettes

avec André Chénier (30 octobre 1762 Constantinople- 25 juillet 1794 Paris)
Gilbert Lély (1° juin 1904 Paris-4 juin 1985 Paris)
Courteline Georges (25 juin 1858 Tours-25 juin 1929 Paris)
Noter dans ses dates de naissance et de disparition le comique de répétition
Et pour les allumettes Antonio Tabucchi (24 septembre 1943 Vecchiano-25 mars 2012 Lisboa)

Martigues 24 avril 2024


UNE LISTE ÉCRITE ENTRE DEUX SOMMES

Dès que je me réveille après un premier somme faire des listes est toujours mon truc, dans ma tête la plupart du temps ou sur le papier comme à l’instant :

le souvenir qui avait disparu et qui me revient d’une Albertine rencontrée une nuit de mai 68 à Toulouse,

les premières notes d’Élise cette bagatelle de Ludwig van Beethoven,

une conférence sur totem et tabou au Musée de l’Homme,

une putain à renard argenté lisant Madame Bovary sous un réverbère,

une escapade amoureuse avec ma dulcinée à Rocamadour.

Ceci noté j’éteins la chandelle et je me rendors en songeant à toutes les choses qui n’entreront jamais dans aucune de mes listes.

ÉCRIRE EST UNE GAGEURE

Notre seule vérité possible doit être Invention c’est-à-dire écriture, littérature, peinture…

toutes les « tures » de ce monde.

Julio Cortazar (Marelle 1966) traduit de Rayuela (1963)

Dans cet espace écrire est une gageure j’te le jure il faut s’adapter aux mouvements du stylo feutre qui a recopié cette figure tracée sur le mur d’un Airbnb occupé au cours d’une semaine passée à Paris en janvier 2024 près de la place de la République Vive la République et ses poètes maudits

Martigues dimanche 21 avril 2024