MENUES PHRASES VENUES SANS Y PENSER

MENUES PHRASES VENUES SANS Y PENSER

Oui la poésie d’un jour s’élabore toutes les nuits Mais pour bien la faire, ma commère, il vous faut purger de quatre grains d’ellébore La poésie toujours dans un coin de brouillard ou de cheminée en feu de bois de chêne que l’on a coupé au milieu de tous ses roseaux pensant Mais à quoi pensaient-ils cannebières et bambous ? On ne sait On ne sait pas, n’ayant point, à cause du long divertissement qu’il y a à élaborer nos poèmes, poussé notre raisonnement plus loin Moralité : C’est plus fort que nous Ces menus phrases nous échappent sans y penser

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

PROUST OUSTE!

Des questions sans réponses c’est le miel des curieux

Narrateurs anonymes rêveurs mystérieux

Un jeu de l’alphabet à la fin d’un voyage

Où l’on fit maints détours dans des textes en marge

Accumulant les choses utiles et superflues

Des voyages au long court comme une phrase de Proust

Des lectures au cœur du flux et du reflux de nos vies

Et des singes grammairiens qui devant tant de signes

Disent Ouste !

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

SANS REPENTIRS NI RATURES









Emploi du temps des nuits où nous veillons solitaires

Chacun et chacune ruminant devant les nouvelles du monde

Les collectes de phrases

Les phares noirs des calligraphes

Les encres et les couleurs sur toile

Les musiques et leurs partitions alimentant la matière de nos rêves





Emploi du temps à travers ce temps présent

Où le public culturel (dont on nous bassine les oreilles)

Est coupé de la voie des poètes

Ces « inconnus célèbres »qui vont et viennent

Essayant de déchiffrer les plaintes et les joies

Des voix des médias et des rues

Et qui n’oublient l’inflexion des voix qui se sont tues





Cherchant inlassablement dans le plus grand silence

Ce qui, impossible de dire en paroles,

Doit passer par l’écrit





Emploi du temps en attente

À l’écoute à l’écart

Où nous puisons notre énergie

Dans ce cocon de mots

Qui font nos manuscrits

Toujours inachevés





Ondulations arborescences

Brouillons épars

Sans repentirs ni ratures

Et tout le reste est littérature


	

À L’ÉCOUTE





À l’écoute des phrases des choses qui m’entourent,

Des portes, des fenêtres, des murs blancs de ma chambre,

des photos sur la commode, du verre d’eau et des boîtes

de faux médicaments, poudres de perlimpinpin,

des chiens qui couinent chez la voisine, des livres de chevet

qui croisent leur faire et leur laisser dire.

À l’écoute des choses qui occupent ma tête et que j’essaie

de déloger, plume à la main, avec tout ce qui se dérobe,

les rimes, les souvenirs et leur oubli.

À l’écoute des choses qui phrasent sur ce papier,

qui n’est pas du papier, des fenêtres et des portes,

des rimes sur les murs qui défient nos soucis,

et ce dernier vers déterrant les lucioles de nos

boustrophédons.

TEXTES SANS FIN mais non sans raison

manuscrit original sur la couverture et la quatrième de mon premier recueil de poésie publié en 1975




AU LIEU DE S’ÉTEINDRE, à l’âge de mes derniers automnes, une certaine véhémence d’écriture me poursuit.

Témoin ce texte, que je viens d’ « entamer » quelques minutes avant 3 heures du matin, et que rien ne m’incitait à faire courir sur la page blanche. Si ce n’est ces feuilles cartonnées, vestiges de la couverture de mon premier livre imprimé (en 1975), et qui sont dans une boîte de rangement en plastique, à portée de main, à côté de ma table de chevet.

Je l’écris après un réveil, comme il m’arrive d’en faire deux ou trois par nuit, consécutif à un rêve qui traînait, une sorte d’impasse. (J’avais perdu un numéro de téléphone important qui me reliait à mes père et mère. Je voyais sous mes yeux des listes manuscrites, mais je ne trouvais pas, à mon grand dam, le numéro recherché.)

Au lieu de s’éteindre, comme chez l’immense majorité de « mes compatriotes », selon la formule du président de la République, quand il s’adresse à la Nation, voilà que me pressent les mots et les lignes, les vocables et les phrases, plus ou moins correctes grammaticalement, ou un peu, comme cette dernière, de guingois.

Au lieu de s’éteindre, le feu couve en permanence sous la cendre, avec quelques tisons qu’un souffle dans la nuit, rougit, et qui me permettent de « fagoter » (si je puis dire), ces textes sans fin, mais non sans raison.

(UN DICTIONNAIRE À PART MOI)
texte en cours