COMME UN TOMBEAU DE POÈTE

la main écrit et le texte se fait (plus ou moins)




Avant de rendormir les douleurs et les cris

Je lis Frénaud Follain folles guêpes bourdons

Les yeux pleins de fourmis noires et de Néant-

-la-Môme chérie – loin des chichis – de Tardieu

Avant de rendormir les douleurs et les cris





Sois tranquille Philippe qui vient de t’en aller

Le poème ennemi tu ne traceras plus

Tu ne chercheras pas le fin mot de la fin

Ta mort tu le disais poursuivait son chemin

Sois tranquille Philippe qui vient de t’en aller





Les extrêmes se touchent écrit Blaise Cendrars

Il chante Bilbao d’autres le bilboquet

Ou cette fleur absente de nos derniers bouquets





Je t’écris lettre à lettre avec de l’encre bleue

« L’art est long si long La vie en revanche courte

Elle coupe comme un couteau »*

Nos pages noires du tombeau





*Largo es el arte La vida en cambio corta

como un cuchillo

Angel Gonzalez

lecture (et traduction)

LE TEMPS QUI COURT

écrit tel quel
à la course
ce 24 mai
à 1h30
demain je l’écrirai sur le clavier
et puis je le dirai
enregistré


LE TEMPS QUI COURT





Le temps qui court est arrêté

Dans le jardin des grands récits

Le mien est si petit





Il n’y aura bientôt plus personne

dans la course à l’abîme

du Dante ou de Shakespeare





Le mien est si petit

qu’il tombe dans l’oubli

au fur et à mesure

que je le décline

sur ma page de nuit

blanche





La course infinie

des grands poètes et prosateurs

m’a toujours fait peur





La mienne ressemble

au petit trafic des fourmis

que quelques spectateurs abrutis

couvrent de poudre grise





L’Enfer gémit la Tempête hurle

Les morts hantent la scène

De fosses peu communes





Dans mon petit jardin

à l’écart des grands récits

J’enterre mes fourmis

le grain à grain du texte
dit par la voix
de celui qui l’écrivit