je fais espace à mon démon dans la neutralité des choses un jour de tournures de phrases on me dit je ne comprends pas les poèmes comme vous cachés dans leur peau d’écriture Nathanaëlle Quoirez Kaïros (vient de paraître collection Polder) Une voix inconnue Sur ces petits bouts de textes Assemblés en un recueil de poésie Avec le temps -le très long temps- Si je me lance dans une lecture nouvelle Je me tiens à un seul critère : Le texte grandit avec ses lecteurs Que l’on peut lire comme : Dans le chaos qu’est toute vie Est-ce que cette manière de l’écrire -je l’ai là sous les yeux en 58 pages- va dévoiler un aspect qui était resté caché de mon identité ? Ou non… Cette nuit (car c’est la nuit, au lit, que je me livre à l’exercice) C’est Oui
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AU BOUT DU CONTE TU NE RESSEMBLES À PERSONNE

AU BOUT DU CONTE TU NE RESSEMBLES À PERSONNE
Influences ou imitations délibérées, c’est ainsi, que peu à peu, pourvu que la tâche soit légère mais obstinée, paradoxalement, on en vient à ne plus ressembler à personne.
Sur mon échiquier poétique, je pousse les pièces d’une identité, que seul.e.s les imbéciles croient posséder.
Quand je lis vraiment, je disparais dans l’écriture intime de celui et de celle qui me font l’amitié de m’ouvrir à leurs lettres, sans cesse portées, au-delà de toutes mes attentes.
Les enfants nés dix ans avant moi, ont été déchirés par la guerre, « l’histoire avec sa grande hache », de l’auteur de « la disparition », qui s’est servi de la littérature pour s’inventer un monde et une famille, toujours prête à le quitter. Comme une mère qui vous amène dans un train partant pour le Vercors, -sans sauts à l’élastique -, avant d’être contrainte et forcée d’embarquer dans les wagons plombés de nuit et brouillard.

LIRÉCRIRE
c’est ainsi que je sais le mieux oublier
qui je suis
pour entrer dans un monde
de fantaisies d’inventions
et de « réelles présences »
car moi aussi la vie douce et paisible
m’a une année un mois un jour
déchirée
en lançant ses flèches empoisonnées
contre celle qui était qui fut et demeure
ma moitié
JE NE SAIS PAS FERMER LES YEUX

écrite les yeux fermés
Dorio
17/05/2020
Je ne sais pas fermer les yeux d'un premier somme de la nuit sans les avoir préalablement laissés courir sur les pages d'un livre Une fiction une manière de s'oublier dans un monde lointain étranger au vieil enfant qui passe ainsi de son identité à son inidentité Mais laquelle est la plus vraie ? Nous demandent Shakespeare ou Lopé ? Plus on vieillit plus des voix bruissent sur la scène d'un théâtre d'éclairs de tempêtes de bruit de portes et de soupirs qui troublent nos mémoires Qui parle alors en soi ? Quelle étrange personne nous invente ivrogne gueux soldat sans patrie ou roi découronné ?
UN DICTIONNAIRE À PART SOI
UN DICTIONNAIRE À PART SOI
J’ai un dictionnaire à part moi.
Montaigne
On peut continuer à tout temps l’étude, non pas l’écolage : la sotte chose qu’un vieillard abécédaire.
(le même)
Voilà pourquoi ce dictionnaire à part soi n’obéira pas à l’ordre abécédaire.
Quant au remplacement du « moi » par le « soi », il marque le passage du « moi seul », au « soi-même comme un autre » selon la savoureuse expression développée en dix études par le philosophe Paul Ricœur.
Le même affirmait que le plus court chemin de soi à soi passe par autrui.
Les articles ci-dessous en acceptent la gageure.
IDENTITÉ
La mienne se conjugue en plusieurs versions d’un sujet multiple et divisé en parcelles que rien ne semble relier ; si ce ne sont « ses » écrits semés tout au long d’une vie, chemin faisant, et que vers la fin du parcours, quand plus rien ne semble aller de soi, on rassemble sous cette forme de puzzle énigmatique, mais non privé d’une identité, « aussi bariolée qu’est… l’imaginaire unité qui en serait le socle ». *
*selon le philosophe Clément Rosset
COMMUNION
On me l’a faite faire, je veux parler de la première, j’ignore si la seconde fait référence à l’hostie du dernier soupir. Une première communion sans y croire vraiment, mais c’était la coutume pour tous les enfants du village, sauf peut-être pour la fille de F.V., le « communiste », qui était née un jour avant ou après moi. En tête il me reste une photo prise devant l’église de toute la smala des communiant.e.s, chacun.e avec son aube blanche « pléonasmathique ».
Mes parents, en réalité, étaient détachés de l’église et réservaient leurs dons, non au denier du culte de monsieur le curé, mais aux instituteurs de la laïque qui profitaient ravis des produits du jardin, d’un poulet, d’un lapin, du vin bourru et de nos cochonnailles.
Le premier couplet de la chanson « mon village » évoque tout cela.
ADAM ET ÈVE
Dès le premier couple l’homme était premier. Pour le féminisme c’était mal parti. Mais plus curieux encore, quelques siècles après, la prêtresse du deuxième sexe, était toujours en seconde position, derrière son petit camarade. Sartre Beauvoir, je n’ai jamais lu l’inverse…(pour enrichir ce propos, quelques gloses féminines seraient les bienvenues)
RAINETTE
lire Ponge : une naine amphibie, une Ophélie manchote…
GRENOUILLE
Je les attrapais, adolescent, avec une joie sans pareille. Seul, autour d’une mare près des fermes isolées du « terre fort » de mon Ariège natale. Elles pullulaient à la saison ; j’étais muni d’un roseau avec du crin solide et une ancre, un trident avec un chiffon rouge ou une fleur de « farouch », le sainfoin. Je les attirais ainsi et elles se précipitaient les pauvrettes. Une levée de canne prompte et je les décrochais les mains gluantes. J’en rapportais souvent une musette que mon père s’empressait de convertir en cuisses dépiautées, séparées du tronc que l’on donnait aux chats de la maison. Les cuisses blanches gonflaient dans l’eau, puis passées à la farine, elles étaient plongées dans l’huile de la poêle et finissaient dans l’assiette enrobées d’une indispensable persillée.
CRAPAUD
L’horrible et boursouflé batracien que les mômes cruels du village faisaient fumer…comme un crapaud et que le pauvre Max Jacob, affublé de son étoile jaune…enviait.
« Jadis personne ne me remarquait dans la rue, maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune. Heureux crapaud ! tu n’as pas l’étoile jaune ! »
UN PEU D’AIR
1
Un peu d’air qui court dans les rues
Un peu d’air qui bat la campagne
Un peu d’air pour fendre les flots
Un peu d’R aimons Queneau
Un peu d’air sur l’identité
Un peu d’air bâti sur le roc
Un peu d’air sur les buildings de New York
Un peu d’air Do Rio de Janeiro
Un peu d’air qui va à tout vent
Un peu d’air sorti d’un accordéon
Un p’tit air de manouche à Saint Ouen
Un peu d’air de jazz blues rouge et blanc
Un peu d’air à voix de Sirène
Un peu d’air pour nous dire Adieu
Un peu d’air sur nos joies nos peines
Un peu d’air dans l’inachevé
7 POÈMES DE MAINTENANT LE CORPS AU NAGUÈRE
Que ton vers soit la bonne aventure Éparse au vent crispé du matin Qui va fleurant la menthe et le thym... Et tout le reste est littérature.
Paul Verlaine JADIS ET NAGUÈRE