DE LA POÉSIE





À un moment donné, donc, je n’ai plus pu me contenter d’écrire des poèmes ;

 il a fallu que j’essaie de comprendre ces émotions et le rapport qui les liait à la poésie.

Philippe Jaccottet

La promenade sous les arbres





Poésie, née d’émotion et de confusion, pourvu que l’on essaie de la frotter à notre langage en fusion, nous mène au sommet de l’imagination humaine.

Le mot lui-même, seuls ceux qui s’adonnent à son perpétuel mouvement le savent, est intraduisible. Mais il a un passage obligé : la poésie universelle est liée à la poésie individuelle.

Sans cette liaison amoureuse, il n’y a que l’ « apoésie », l’agitation, la crainte de l’autre en soi, l’obscurité, le chaos, la prose du monde, l’abondance des paroles prisonnières des réseaux asociaux.

Ce n’est que quand les deux poésies se réunissent qu’il y a mouvement, transport, métaphore, vision claire, bien qu’éphémère, et toujours dans l’insatisfaction de l’homme agissant et souffrant.

Les trésors  d’harmonie que les poètes dans un vers unique,  tissent à partir de leur expérience, sont à ce prix. Poésie est dispersée sur toute la planète. C’est pour ça que beaucoup de poètes locaux ne la reconnaissent pas. Il faut réunir sans cesse ses brins épars.

JE NE SUIS PAS NÉ D’HIER

suivi de 1945


Je ne suis pas né d’hier

Je ne suis pas né de la dernière pluie

Je ne suis pas né au temps de l’invasion de la Sicile par les ours du cirque Buzzati

Je ne suis pas né de la reproduction sur un catalogue d’un tableau sur la nativité

Je ne suis pas né de madame la marquise celle qui sortit à 5 heures ou celle de Tout va très bien !

Je ne suis pas né d’un chapeau

Je ne suis pas né d’un cadavre exquis (encore heureux)

Je ne suis pas né de madame Bovary

Je ne suis pas né d’une bouteille à la mer lancée par le poète des Correspondances

Je suis né une nuit de mars 1945 45 jours avant la Libération





1945

«  Chaque mémoire individuelle est un point de vue sur la mémoire collective ». Maurice Halbwachs





Je regarde la liste des copains et copines né.e.s comme ma pomme l’année de la Libération. Du 1° janvier au 31 décembre, ça fait pas mal de croix déjà qui illustrent leur deuxième date, la fatidique, celle où ils ont rejoint ad patres. J’avais fait une liste interminable que d’un clic j’envoie paître.

Que reste-t-il de mes rencontres ?

Une réelle, celle de Gérard Pierron chantant Gaston Couté dans une grange au festival d’Avignon, et qui m’a donné le virus ; j’ai toute l’œuvre écrite de Couté. Je vous livre ci-dessous une des chansons que j’ai mise en musique Le déraillement.

D’autres répétées souvent réitérées :

Dany Cohn-Bendit : « Une chanson de 68 Le rire de Dany Cohn-Bendit Faites l’amour pas la guerre faites sur les murs mille poèmes… » sur mon 1° CD. Un reportage plein de tendresse et de compréhension, sur la question impossible ; qu’est-ce être juif aujourd’hui ?(vu ce mois de juin 2020).

(Parenthèse : lire la sociologue Nathalie Heinich, qui donne, à mon goût, beaucoup de sens à la question : l’identité à l’épreuve de la judéité (in : ce que n’est pas l’identité.2018) et le remarquable et très touchant (on ne peut que pleurer par instants) : Une histoire de France. 2018)

Keith Jarret que je préfère écouter que voir sur Youtube se contorsionner.

Sylviane Agacinski, la philosophe, épouse de Lionel Jospin, durant la campagne malheureuse de 2002.

Elle fit à la suite un livre « assassin », notamment pour ce champion de la déconstruction, qui au premier tour « par mauvaise humeur » n’avait pas été voter :

« Je lis dans Libération que Jacques Derrida n’a pas voté au premier tour « par mauvaise humeur contre tous les candidats ». L’humeur donc, encore et toujours ! Elle revient sans cesse dans ce journal. Mais je ne pensais qu’elle pût être décisive un jour d’élections. Espérons au moins que le philosophe aura retrouvé sa bonne humeur au second tour, face aux candidats Chirac et le Pen. »

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
Patchwork in progress
Jean Jacques Dorio

Le déraillement
paroles Gaston Couté
musique et voix
JJ Dorio