COVID OU CORONA MOI JE LIS FANTÔMAS









Covid ou Corona le temps est à l’angoisse

Dans les bars plus un chat et dans les rues on s’masque

Opération survie moi je lis Lao Tseu

Plus on va loin moins on connaît

C’est le moment de pas bouger





Corona ou Covid je chine dans mon grenier

Mes Fantômas surgissent dans le silence

Robert le Diable allonge son ombre immense

Fantômas qui êtes aux cieux

Sauvez la poésie





Covid ou Corona moi je prends la tangente

dans les livres secrets que rien ne décourage

Je lis et fais ces vers mâchés

Par mille ans de poésie françoise

D’équerre ou de guingois





Ils passent…Nul ne les voit





citation Fantômas Ernst Moerman (1933)


	

CONVERSATIONS

Au plus on accepte, après une vie en couple et en famille riche au possible, de vivre, par nécessité seul.e, au plus on a besoin de conversations. Je ne parle pas du bavardage que permettent désormais les objets connectés, sur la plage de Fos sur Mer, au supermarché des Mousquetaires (au couvent de la consommation), depuis une tour de Manhattan ou du Marché de la Poésie place Saint Sulpice à Paris. Non, c’est de la conversation avec nos livres, qu’il s’agit.

Ceux que l’on a déjà lu, il y a belle lurette, et que l’on relit nouvellement et les petits nouveaux qui « viennent de paraître. »

Conversations : « authentique plaisir gratuit », attention au discours des autres (sur eux-mêmes en particulier), manières de prendre la bonne distance pour se moquer de soi, le libertinage (au sens de causer librement de tout et de son contraire), voix des femmes bridée, brisée jusqu’à Madame de Staël, (disons), qui se mettant à écrire, sans complexe d’infériorité, nous éblouissent.

On glisse, peu à peu, dans la peau de notre correspondant, notre interlocutrice privilégiée :

-Alors tu vas encore faire ça ?

-Oui, bien sûr, et de long en large.

-Et comment tu vas passer de tes lectures universelles à ton écriture singulière ?

-Eh bien, euh, comme ça, à tâtons, par ricochets et sans trop y penser.

25/09/2020

LES RUMEURS DE LA BIBLIOTHÈQUE

6 hypnographies

LES RUMEURS DE LA BIBLIOTHÈQUE





                Je laisse derrière moi les rumeurs de la place et j’entre dans la Bibliothèque.

               D’une manière presque physique je ressens la gravitation des livres, l’espace serein d’un ordre,

                    le temps disséqué et conservé comme par magie.*





                                          BORGES (préface de El Hacedor) 9 août 1960

                                                       ma traduction du 04/09/2020





   À demi-endormi je feuillette mon cerveau

où nichent les images des livres lus aujourd’hui

    Multiples colorées métaphoriques

et non blasé comme me le souffle

   avec ses musiciens le divin diable Archie Scheep





    « Matières de rêves »

et passion bruissante de ma bibliothèque

    entourée d’êtres chers et précieux

que leur Odyssée personnelle

     m’incite à prolonger  





      Et à modifier

Tant la rumeur des livres

      peut nous rendre audacieux

en nous jetant sur les chemins

      d’un but ignoré…





      * Los rumores de la plaza quedan atrás y entro en la Biblioteca.

De una manera casi física siento la gravitación de los libros,

 el ámbito sereno de un orden, el tiempo disecado y conservado magicamente.

strong>Archie Scheep <em>Blasé</em></strong>

Archie Shepp – Tenor sax Jeanne Lee – vocal Chicago Beau / Julio Finn – harmonica Dave Burrell – piano Malachi Favors – double-bass Philly Jo Jones – drums

Paris, August 16, 1969

LA NUIT ROUGE

cet après-midi j’ai vu pour la première fois une grande flamme comme un if

lécher les premiers arbres de mon bois de pin à l’horizon de ma fenêtre

où je prose inlassablement mes vers…la ligne d’horizon de mes livres

a été heureusement préservée par les hommes et les avions chargés

d’éteindre le feu

JJ Dorio

24 août 2020





Nuit rouge où l’on danse le rituel pubère

Nuit rouge dans la bouche de noix de kola et d’alcool de maïs

Nuit rouge des fleurs charnelles et des couplets licencieux

Nuit rouge des momies incas qui poursuivent la vie de leurs broderies

Nuit rouge dont on retrouve le fil :

peau rouge de rocou libation de chicha

et danse circulaire au son de la clarinette basse

Nuit rouge de Michel Portal et de Châteauvallon

de Mingus écrasant son havane avec sa contrebasse

Nuit rouge de l’étranger dans sa cellule de Sisyphe

Nuit rouge des tatouages de chasseurs qui en appellent aux animaux leurs frères

Nuit rouge des arbres en feu dans les champs de Giono

Nuit rouge de l’oiseau cardinal et de la rose rouge du Caire

de la veine qui court la roche au-dessus de la grotte du Mas d’Azil

de la garance et du soleil couchant de Verlaine

Nuit rouge que l’on peignait à la tempera pour l’icône que Rimbaud portait

les nuits de Bohème dans ses chaussures d’ours

Nuits rouges que cousirent et tissèrent les troubadours

les bardes et les chamans de tous les temps

et de cette nuit particulière

où le rouge a chanté son kermès sa kermesse

qui à l’instant est dite et bien dite





poème publié dans la revue La Passe automne-hiver 2004

lecture : Couleurs anne varichon (pigments et teintures dans les mains des peuples)
vécu : rituel "panaré" danse circulaire et libation de canne à sucre fermentée
festivals de jazz de Chateauvallon : Mingus, Portal...