de la mer inépuisable
de l’Odyssée
d’ Ulysse et de Simbad
de la mer inépuisable
sur le roc ou le sable
toujours recommencée*
*Paul Valéry
de la mer en péril
continent de plastique
des hommes prédateurs
de la mer mon amour
que nous avons tant aimée
de la mer à tes pieds
qui s’ouvre sur les rêves
d’éternité
de la mer retrouvée
allée avec le soleil*
*Rimbaud
de la mer maternelle
qui nous berce
en son sein
de la mer qui remue
page blanche
plage grise
de la mer qui écoute
les voix des trépassés
de la mer de la lune
qui jouait sur les flots*
*Hugo
de la mer qui fleurit
le corps des enfants rois
de la mer de mes filles
qui en faisaient des châteaux
de la mer assassine
noire et rouge sang
de la mer de tes nuits
cet enfant d’Idumée
que l’air du vierge azur affame*
*Mallarmé
de la mer des pensées
du temps
qui joue avec les dieux
de la mer de l’Histoire
avec sa grande hache*
*la citation la plus répétée
de Georges Perec
de la mer du delta
où se jette le fleuve
Utopia
de la mer de tes lèvres
qui faisaient le sel
de ma vie
de la mer de ta mort
Sirène au chant déchiré
de la mer z’yeux fermés
en ses derniers reflets
Tag Archives: mer
MOTS FLOTTÉS D’UN BORD DE MER
Tronc bois flotté du golfe de Fos
Planches à voile libellules à cœur joie par mistral soutenu
Les mots viendront mais lesquels ?
Sacs et ressacs
Tours et retours…de flammes et de flammèches
Les mots viendront contaminer ce vieux carnet ou essaimer
La mer remue paisiblement ou frise là-bas à l’ouest du port minéralier
Dix navires en attente immenses Babels d’huile noire ou de gaz
Les mots viendront selon selon
Surtout ne pas se retourner
Ne pas lever l’œil vers le haut de page
Une façon de faire comme une autre
Les mots viendront dans le remous et dans la simplicité
Hermanos frères de cœur et de recueils renouvelés
Une façon d’avancer ligne à ligne
De lancer le bouchon la bulle irisée
La balle est dans le camp du désir sans objet
Une badine rouge
Des cailloux
Des pelotes de posidonie enfermant l’univers
Les mots viendront remuer le chaos
Vagues à vagues continues obstinées
(Petit carnet des bords de mer)
PETIT CARNET DES BORDS DE MER
Le petit carnet appelle…mais je ne sais trop quoi lui dire.
D’autant que quelques gouttes lui tombent dessus.
Le gris de Provence ça existe aussi.
Pour éviter l’eau ennemie je vais devoir écrire sous la cuisse,
ou sous ma casquette, sous mon bonnet.
Les moules minuscules s’attachent au bas des roches.
Je rêve d’un immense pont reliant les vivants qui ont déposé les armes
une bonne fois pour toute.
Je suis maintenant dans l’auto protectrice, lunettes en larmes de pluie.
Une chanson interprétée par Michel Simon en tête :
Le printemps sans amour c’est pas l’printemps…
il ne faut pas se fier au calendrier
avec une diérèse s’il vous plaît.
LA POÉSIE DE TOUTES LES MANIÈRES
La poésie frêle et réelle
débile et forte
ancrée
en exil permanent
inutile essentielle
simulacre des poètes chrétiens
messe pour le temps présent
source rivière
fleuve qui s’en va se disperser
dans la mer
notre mourir
La poésie de toutes les manières
est la grande illusion
l’idéal plus mince qu’une feuille de papier Job
le paletot de Rimbaud
la pelote de langage qui une nuit
après bien des nuits passées à la rouler
nous échappe
La poésie inaliénable et sacrée
disparaît à vitesse grand V
du monde marchand
où tout s’achète et tout se vend
fors le don essentiel
de l’enfance de l’art
JOURNAL DE MER
UNE CABANE DE MOTS
Non vraiment non
Mon petit poème
Ne sauvera personne
D’une mort annoncée
C’est juste une cabane de mots
qui pousse de guingois
pour un dernier hommage
à la Terre-Mère
Et aux humains discrets
Qui ont nourri leur vie
De vent d’océans
Et de l’humus dont ils étaient faits
*
UN GRAND PRIVILÈGE
à Jean-Marie Corbusier
C’est un grand privilège
Assis dans la douceur
Des vagues incessantes
De leurs rumeurs de leurs nuances
Je lis et les oublie
J’écris sur un exemplaire
du Journal des Poètes
Dans l’odeur âcre des posidonies
C’est un grand privilège
Mais qui le sait ?

plage de Fos sur Mer
avec le dernier exemplaire du
Journal des Poètes
88° année