
J’écris parce que j’ai lu
Ce que d’autres ont écrit
Mais aucun n’a écrit ce que j’écris
*
J'écris allongé Longtemps j'ai écrit debout Les mots font les morts (après avoir longtemps fait l'amour) un haïku allongé
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

J’écris parce que j’ai lu
Ce que d’autres ont écrit
Mais aucun n’a écrit ce que j’écris
*
J'écris allongé Longtemps j'ai écrit debout Les mots font les morts (après avoir longtemps fait l'amour) un haïku allongé

DOUBLONS EN VIS À VIS
à droite en vers négligés
à gauche dans les canons d’un haïku : 5/7/5
Mais de quoi vit-on donc
Si le pain et l’eau ne nous suffisent ?
On ne vit que des noirs éclairs des mots écrits sur nos livres
***
Noirs éclairs des mots
Brûlant toutes mes images
Fin de l’enfant-mage
Quelques mots d’arbre : la frondaison le cœur la sève la floraison Quelques mots-souche : racines et troncs l’écorce la défloraison Quelques mots obscurs Sur une page imprévisible hana towa shirazu : « impossible de savoir » Impossible de savoir S’il a cent ans mon arbre Ou plutôt mille S’il a connu les dieux De la littérature Les oiseaux confondant Ramages et ramures Quelques mots de l’arbre D’un vieil enfant De chair et d’encre Quelques palabres Greffées sur l’arbre Qui cache la forêt De symboles flottant Sous la brise d’un abécédaire Incandescent
MOTS CHARGÉS D’ENFANCE Les buses tournoyant au-dessus de notre poulailler La gnole qui coulait de l’alambic et dans le gosier des hommes faisant les forts Le terre fort la bonne terre à blé des côteaux L’Arize ma rivière enchantée Et le tabac prisé roulé fumé le Caporal Le parler occitan qu’on appelait patois Mais si toi t’es pas toi t’es qui alors ?
trois fragments d’une vie en cours d’écriture
673 LES MOTS DÉBORDENT Je les retiens Les mots du bord Qui crient détresse Je les contiens Les hache menu Trois feuillets par nuit Trois poignées de sable Pour ce dictionnaire Où l’imaginaire Sans fuir dans les mots faciles Tient tête au réel
674 L’ATELIER DE POÉSIE On s’amusait dans l’atelier Sans hâte liés aux mots aux gestes qui nous multipliaient Aux grandes feuilles collectives Aux petits carnets de nos secrets Je te donne euphorie Tu lui donnes promesse Elle murmure boa Ou peut être bois Et la magie opère Il faisait un temps de poèmes Et la saison semblait éternelle
675 LA GRANDE OURSE secoue son collier D’où se détache la Croix du Sud On entend un éclat de trompette venu du Bœuf sur le Toit Un cri nu sur la toile L’oiseau sort d’une goutte de sang La nuit tourne ses pages
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