FOLLE SAGESSE D’UN CURIEUX CONFINÉ DANS SA LIBRAIRIE*





*(au sens de Montaigne

c’est-à-dire sa bibliothèque)





furtivement je circule

dans mes objets accumulés

sous forme de livres – parcelles,

lopins, modèles réduits

de la prose du monde

et de l’enchantement, qui réfléchit,

dans des modes de rêveries inouïes,

sa poésie.





c’est la curiosité qui me guide,

son espace anachronique,

ses « côtés de Guermantes »,

avec « ses sept ou huit figures différentes »

et « cette tour de Babel

 en deux cents volumes »

qui ont la capacité

« de rendre fou un sage.





Et ajoute Gérard de Nerval,

confiné dans la clinique

du docteur Blanche,

« de rendre sage un fou ! »





jean jacques dorio

01/12/2020


	

UNE ENCYCLOPÉDIE PASSAGÈRE

le briquet féru de poésie poètes bêlants
lecture




distraction Poésie humilité




distraction
poésie
humilité




SUITE DIALOGUÉE
avec Jean Tardieu 

– Comment ça marche un poème ?

– Ça marche ça marche sur ses pieds.

– Les petits vers sont-ils heureux ?

– Mon dieu oui Monsieur Tardieu.

– Et les rimes ?

– Ça s’enrhume ?

– Et les pantoums ?

– Ça pantomime.

– Et les odes ?

– Ça s’érode.

– Et la structure ?

– Ça vocalise.

– Et ses lecteurs ?

– Ils sont passés

La mariée était trop belle

Au livre de poèmes

Ils préfèrent les livres à succès.


	

ARTICLE RÉSERVÉ AUX ABONNÉS ABSENTS





Article réservé aux abonnés absents

Encore un poème que Personne lira

Ça me fait une belle jambe

Il a son masque Corona

Devant mon papier

Qui fait des sauts et des gambes





Encore un poème aux abonnés absents

(l’alexandrin a perdu sa syllabe)

Poésie devient l’objet des médisants

C’est pour eux du chinois de l’arabe





Moi je l’assois chaque jour à ma table

Elle parle et déparle de travers

Saoule d’un rêve insatiable

Qui forme et déforme mes vers





20/11/2020

parole réservée aux abonnés présents

C’ÉTAIT LA NUIT





C’était la nuit

L’honneur des poètes

Que personne plus ne lit





C’était la nuit

Spirale d’un Nerval

« engloutissant les Mondes

et les jours ! »





C’était la nuit

Celle qui donnait le souffle

« aux enfants du limon »           





C’était la nuit

Sous la grotte Sibylle

Bredouillait ses énigmes





C’était la nuit

La nuit désenchantée

L’esprit de poésie

D’un poème oublié





14/11/2020

c’était la nuit

CREDO





Rien ne me paraît plus négligeable que le poète réduit au poète.

Paul Valéry





Je ne crois pas en la poésie

Mais au mouvement sans cesse recommencé

Qui me porte vers un poème.





Ceux que je connais par cœur

et que je me récite

Quand le temps ne passe pas

Ceux que je découvre

Et qui toujours résistent





Ils m’obligent à faire l’Essai

De rassembler

Tout ce qui au fil du temps

S’est morcelé :

Le poème et ses exigences

Le poème et ses lignes d’horizon

Qui semblent faire se rejoindre

Le ciel et la terre

Le ciel et la mer

Le ciel et le néant





Le poème comme expérience

Et la distance à maintenir avec son risque mortel

Celui de se prendre, chemin faisant,

pour un « poète ».





lecture




CONTRE-POÈME




Poète ?

Je veux bien

Mais alors

Caméléon

Une couleur

Pour chaque

Passe :

Amour et désamour

Jubilation et disparition

Quiétude et inquiétude

Sol y sombra

Cris et rires

Écriture





Liberté sur paroles

Camées et caméléons

Bibelots abolis

Du faiseur de poèmes qui regarde le monde

Au-delà du bout de son nez