UNE MANIE DE POÈTES

manuscrit premier jet 22/09/2020




Les poètes ont la fâcheuse manie

De parler de leurs maladies

Je suis…cette vieille douleur

qui hurle par les yeux*





Manie, mania, folie,

ils en font des manières !

Douleurs, plaintes, ruades,

Chacun, chacune, font leurs livres de sable

où ils couchent leurs vertiges.





Je t’écris, je tressaille, je soubresaute,

déchiré, déchirant cette feuille,

que tu ne liras pas.





*Serge Sautreau

22-23/09/2020

LA NUIT BLEUE

étoilant de couleurs mes feuilles d’indigotiers
jj dorio 28/08/2020
détail




La nuit bleue cette nuit
se laisse porter
par cette houle bienfaisante
qui libère l'oxygène des phrases
en apesanteur
 
La nuit bleue est une algue
que je mâche sans compter
en contant ces histoires à dormir debout
aux petites filles de l'Océan - les Néréides
 
La nuit bleue est si rare
que seules les femmes d'azur
et de patience infinie
savent l'enfanter
 
C’est la nuit de pharaons recomposés
et de chats qui récitent moqueurs
les poèmes de Baudelaire
 
Nuit bleue des Intouchables
Derniers poètes étoilant de couleurs
Leurs feuilles d’indigotiers



 
 
 
 
 











 
 
 
 

LE TEMPS QUI COURT

écrit tel quel
à la course
ce 24 mai
à 1h30
demain je l’écrirai sur le clavier
et puis je le dirai
enregistré


LE TEMPS QUI COURT





Le temps qui court est arrêté

Dans le jardin des grands récits

Le mien est si petit





Il n’y aura bientôt plus personne

dans la course à l’abîme

du Dante ou de Shakespeare





Le mien est si petit

qu’il tombe dans l’oubli

au fur et à mesure

que je le décline

sur ma page de nuit

blanche





La course infinie

des grands poètes et prosateurs

m’a toujours fait peur





La mienne ressemble

au petit trafic des fourmis

que quelques spectateurs abrutis

couvrent de poudre grise





L’Enfer gémit la Tempête hurle

Les morts hantent la scène

De fosses peu communes





Dans mon petit jardin

à l’écart des grands récits

J’enterre mes fourmis

le grain à grain du texte
dit par la voix
de celui qui l’écrivit

SOYEZ INDULGENT









Soyez indulgent

envers le poète

des Métamorphoses

exilé de force

près de la Mer Noire





Soyez indulgent

envers le poète

qui fit des ballades

sous les arbres

où se balançaient

des pendus





Soyez indulgent

envers le poète

effaré

qui inventa une

cinquième saison

pour les mômes

affamés

leurs culs en rond





Soyez indulgent

envers le poète

lisboète

qui signa de cinq noms

son œuvre impersonnelle





Soyez indulgent

envers le poète

qui épuisa sa police

politique

puis se tira une balle

en plein cœur

(ou peut-être

dans sa tête)





Soyez indulgent

envers le poète

ci-devant

qui passa sa nuit

dernière

à consoler

sa jeune captive

la tête sous la guillotine





Soyez indulgent

envers le poète

qui écrivit ses lignes

tout un dimanche

de sa vie

répétitivement