Mots de poètes qu’on ne lit plus :
les frondaisons
l’ache
les philtres d’amour
l’épilobe en fleurs
le serpolet
Quant au bonheur :
Il a filé !*
* Paul Fort
Le prince des Poètes
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
Mots de poètes qu’on ne lit plus :
les frondaisons
l’ache
les philtres d’amour
l’épilobe en fleurs
le serpolet
Quant au bonheur :
Il a filé !*
* Paul Fort
Le prince des Poètes

Les poètes ont la fâcheuse manie
De parler de leurs maladies
Je suis…cette vieille douleur
qui hurle par les yeux*
Manie, mania, folie,
ils en font des manières !
Douleurs, plaintes, ruades,
Chacun, chacune, font leurs livres de sable
où ils couchent leurs vertiges.
Je t’écris, je tressaille, je soubresaute,
déchiré, déchirant cette feuille,
que tu ne liras pas.
*Serge Sautreau
22-23/09/2020

jj dorio 28/08/2020 détail La nuit bleue cette nuit se laisse porter par cette houle bienfaisante qui libère l'oxygène des phrases en apesanteur La nuit bleue est une algue que je mâche sans compter en contant ces histoires à dormir debout aux petites filles de l'Océan - les Néréides La nuit bleue est si rare que seules les femmes d'azur et de patience infinie savent l'enfanter C’est la nuit de pharaons recomposés et de chats qui récitent moqueurs les poèmes de Baudelaire Nuit bleue des Intouchables Derniers poètes étoilant de couleurs Leurs feuilles d’indigotiers

LE TEMPS QUI COURT
Le temps qui court est arrêté
Dans le jardin des grands récits
Le mien est si petit
Il n’y aura bientôt plus personne
dans la course à l’abîme
du Dante ou de Shakespeare
Le mien est si petit
qu’il tombe dans l’oubli
au fur et à mesure
que je le décline
sur ma page de nuit
blanche
La course infinie
des grands poètes et prosateurs
m’a toujours fait peur
La mienne ressemble
au petit trafic des fourmis
que quelques spectateurs abrutis
couvrent de poudre grise
L’Enfer gémit la Tempête hurle
Les morts hantent la scène
De fosses peu communes
Dans mon petit jardin
à l’écart des grands récits
J’enterre mes fourmis
Soyez indulgent
envers le poète
des Métamorphoses
exilé de force
près de la Mer Noire
Soyez indulgent
envers le poète
qui fit des ballades
sous les arbres
où se balançaient
des pendus
Soyez indulgent
envers le poète
effaré
qui inventa une
cinquième saison
pour les mômes
affamés
leurs culs en rond
Soyez indulgent
envers le poète
lisboète
qui signa de cinq noms
son œuvre impersonnelle
Soyez indulgent
envers le poète
qui épuisa sa police
politique
puis se tira une balle
en plein cœur
(ou peut-être
dans sa tête)
Soyez indulgent
envers le poète
ci-devant
qui passa sa nuit
dernière
à consoler
sa jeune captive
la tête sous la guillotine
Soyez indulgent
envers le poète
qui écrivit ses lignes
tout un dimanche
de sa vie
répétitivement