SOLILOQUANT





Soliloquant passé minuit sur ce papier où court un crayon donnant des nouvelles d’un passé qui n’existe plus.

Ce sont mes jeux d’enfant, sans sœur ni frère, dans le couloir d’azulejos, séparé d’une porte de l’étable, où l’on entend les bœufs roumier. (ruminer)

Au fond du corridor, s’ouvre la porte sur l’ort, le jardin familial qui, « à la saison », nous nourrit.

On entend sur le soir les cris des martinets et mon père piquant sa faux.           

Et pour la suite, imaginez…

Mon crayon gris, à force d’appuyer, s’est cassé…

SOIGNER LES BÊTES ET LES TEXTES

écrit tel quel
20/05/2020
02.25
Les bêtes, c'est ainsi que mon père désignait ses vaches et ses bœufs.
Fallait les soigner.
Elles habitaient à côté de notre cuisine, un simple corridor nous séparait.
J'y jouais. Avec une balle et un palet.
Et je les entendais le soir ruminer. 
"Roumia", c'est le mot occitan qui désigne à peu de chose près,
 les pèlerins qui passent ruminant leurs prières. 
Leur cierge a fondu depuis belle lurette.
Mais pas le cri du père, qui de temps en temps se fâchait.
Les bêtes ne voulaient pas se laisser soigner.
Quand je pense à mes textes, comme celui-ci qui s'écrit, 
c'est aussi un peu ainsi.
Je fais au mieux, les ruminant, mâchant leurs mots liés aux choses.
J'essaie de les rendre propres entouré par la puanteur du monde.
Sur mon établi, mon étable.
Avant, je criais parfois, souvent. 
On m'a même publié un livret à la couverture caca d'oie.

écrit du 1° au 14 mai
1980
Mais, ce recueil feuille morte, n'est plus qu'une vue de l'esprit.
Maintenant, si ma page de nuit, reste blanche, je ne crie plus.
Il m'arrive de la contempler longuement, sans écrire, 
laissant mes idées gambader, avec les pièces d'un puzzle dissociées.
Les bêtes, les soins, les ami.e.s sûr.e.s et les faux frères.

Les jours les nuits ornés d'inachevés
Et aussi bien plus que jamais l'an rage.