SONNET DU CRÉTINOS









Et il arrive que le sonnet nous fasse dire

Ce que nous ne pensons pas

André Ughetto 1





Personne ne t’a sonné

Dit le sonnet qui s’amuse

À faire bisquer René

Philosophe sans sa Muse





Ainsi l’art de moquer

renaît Je pense et j’en use

Car dire : bon, d’accord, ok,

C’est faire douter Janus.





Mon crétinos, * dit Maman

à Marcel, que de bêtises

sur le papier tu attises !





-Mais ne crains rien, c’est pour Hahn,

Reynaldo sur son piano

Chantera mon Cogito.





1 Trois pièces d’histoire de Provence

Éditions Tituli (2021)

*Conversation avec Maman Marcel Proust (Contre Sainte-Beuve)

ESQUISSES D’UN HOMMAGE





Le réel qui importe Se contente de l’esquisse De l’ébauche souriante

                                    André Ughetto





1

SON CORPS DE MOTS





Le poète a mis tout son cœur son corps de mots

épars sur les schistes Les doigts poisseux du bois

de pin L’aveu du sang La page d’une vierge

que l’on feuillette par hasard dans un recueil

dépenaillé Le poète ce fils de rien

les doigts encrés sur la présence agissante

de Phœnix fauve noir des poèmes premiers*





*var. derniers





Martigues 9 juin (ardente lyre) 2020





2





QUI SAIGNE SIGNE

le titre d’un livre d’André Ughetto

(Sud-Poésie Marseille 1990)





Qui signe saigne

C’est le signe du sens

et du non-sens

C’est le passage du Mat

sur la roselière

de nos rivières

La tienne la Sorgue

La mienne l’Arize

Qui saigne signe

Nos étranges morts

Phœnix en filigrane

Sur le papier qui frise…





(la suite manque)

Martigues 9 juin 2020





3





UNE VIE SOUS LE DON DE L’AMITIÉ





Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui.

                              Paul Ricœur





Écrites à nos mains, comment distinguer

dans nos écrits sur soi,

ce par quoi nous sommes faits

et ce qui nous défait ?





Le rouge est mis sur nos biographies

Toi André tu les dédies à Daniel, Yves,

Jean-Jacques (c’est un autre)

Marie-Christine (pas celle de Nougaro),

Anne-Marie, Christiane, et jusqu’à cette Sybille

qui finit cigale à Cumes.





Que de passes, passages peints,

comme écrivait Michel de Montaigne,

le seul ami que nous avons en commun.





Tes instants de vie bien à toi,

passent dans les fleurs, qui s’arrondissent en fruits

sur une toile de Madame Jaccottet.

Devant le tableau d’un autre,

tu fais état d’une joie « d’inconnaissance pure ».

Ce qu’un autre, en présence du jaillissement

des maîtres poètes-calligraphes de la Chine ancienne,

nomme « éloge de la confusion ».





Tu nais et renais, des images glanées dans un aéroport,

sur des ailes de papillons, mosaïques et jardins imparfaits.

Tu nais dans l’orchestra d’un théâtre antique,

arpentant les gradins, les travées d’une « une foule jeune »,

une folle messe de rôles échangés,

sur les scènes plantées à l’Isle sur la Sorgue,

ou à Ludlow, Shronshire.





(Ça je le recopie d’une de tes pages, bêtement,

comme si j’étais l’idiot de Shakespeare,

sans qui le Roi n’existe pas.)





Assembleur, assembler depuis les « pupilles du crime »,

jusqu’au « rapt de Proserpine »,

des chars du sinistre occupant, fuyant Charleval,

au vélo de Tati tournant ces « Jours de Fête ».

Assembleur, assembler « quercis suber » avec « Kether »

au sommet de « l’arbre séphirotique ».





J’en dis pas plus et je m’efface, invitant tout lecteur

et lectrice qui t’ignorent encore, à plonger sans retenue,

dans l’ouvrage qui vient de paraître,

« de temps en temps bien admirer est hygiénique ».





Martigues 10/06/2020 3 poèmes « en cours »





*André Ughetto (Le Nouvel ATHANOR)

Collection « POÈTES TROP EFFACÉS »

 » le luxe c’est d’avoir quelquefois sur l’épaule un perroquet »