RICOCHETS

RICOCHETS

Suite de L’heure hors temps

Amanecer

Matin premier, on se réveille avec des livres à rénover, des fleuves à inventer, des pages inédites où le savoir avance, sans trop savoir pourquoi, la tête haute sur l’oreiller, et le pinceau qui court de sa bonne écriture.

Il y a dans ce réveil un bruit de feuilles — celles des arbres et celles des livres — qu’on tourne avec soin. Le monde n’est pas fini : il balbutie encore sous les paupières.

Amnesia

Cette nuit a les couleurs du blanc, de l’amnésie des mots flottants, cette nuit, vous savez cet état où l’on ne sait plus appeler les choses par leur nom, l’accepter c’est une promesse de réinvention.

Et par exemple, on ne dit plus arbre, on le touche. On ne dit plus moi, on noue nos mains.

Manos

Avec ma main première (la droite), j’écris des poèmes. Je m’aventure sur des terres inconnues avec les moyens du bord : la plume sergent major, la feuille blanche, les réminiscences, les techniques d’un vieux singe désireux d’inventer une nouvelle grimace, la fantaisie.

Avec ma main seconde, je puise dans le bien commun des savoirs diffus, qui fleurissent les dictionnaires, les encyclopédies, espérant, comme un naufragé, y trouver un refuge, du moins pour la journée.  Là, point de page blanche, mais un cahier d’écolier, bien quadrillé et que je renouvelle quand sa dernière feuille est pleine à ras bord.

Et avec ta main troisième ? me demande le petit malin qui a lu ces lignes en n’en croyant rien.

Silencio

Traduit du silence Autour de minuit Autour de la plume Qui crie chante rit Silence on tourne Les mots s’effacent pour laisser place au murmure Balbuciendo

12 avril 2025

UN MOUVEMENT PERPÉTUEL

Ouvrir des chemins Un mouvement perpétuel qui n’a pas besoin qu’on le questionne mais qu’on l’opère effectivement

Opération coup de dés de hasard et de paroles ouvertes qui déversent leur quinte essence d’aubades en sérénades

À l’animal sur scène qui brûle les planches le temps d’un discours qui fait de ses pensées étoiles et crachats

L’HEURE HORS TEMPS

Le livre nouveau d’un professeur émérite qui vient de quitter le Collège de France (relire à la fin Le cadeau sans fin ) cite maintenant un livre de poèmes en espagnol paru en 1958 Il s’agit de La hora sin tiempo de Jorge Blajot (1921-1992) « considéré comme un poète existentialiste, avec une vision profondément religieuse, très sensible au mystère et au paradoxe de la foi ». À propos du titre, que j’ai traduit L’heure hors temps, voilà que par ricochet le livre d’un Japonais paru en 1330, apparaît : Heures sans temps, Au-delà du temps, À l’intérieur du temps, les titres se chevauchent.

Je m’apprête à abandonner ma lecture sur écran quand, sur un site prolongeant les recherches poétiques de La hora sin tiempo, un abécédaire magique apparaît à mes yeux. Il s’agit d’une sorte d’atelier d’écriture proposée aux participants, qui tirent des mots au hasard, recopiés sur des cartes en couleur, puis doivent répondre à certaines sollicitations, du genre : quels souvenirs évoquent pour vous le mot Ausencia (absence), quel rapport avec un événement particulier de ta vie ?

Ainsi apparaissent

Abrazo Agua Águila Amanecer Amigo Amistad Atardecer Ausencia

Caminar Camino Cansancio Casa

Desierto

Esperanza Espinos

Flor

Hermano Hogar

Intimidad

Justicia

Lámpara Libertad Llamada

Madre Manential Mano Mar Muerte Música

Naufragio Niño Noche

Pan Paz Piedra Primavera

Regazo Roca

Sencillez Sendero Silencio Soledad Sufrimiento

Torrente Trabajo

Ventana Verdad Violencia

En les recopiant scrupuleusement j’aperçois leur pouvoir, celui de faire signe, d’ouvrir la possibilité d’un poème en prose, chemin faisant.

11 avril 10h52

LE CADEAU SANS FIN


J’entre pour la vingt quatre millième fois (évaluation chiffrée non garantie) dans un livre
Il est nouveau je viens de le choisir dans l’unique librairie de ma ville de 50 mille habitants
Le livre me renvoie d’entrée (l’auteur titre élégamment Ardoise d’entrée) à un fragment de Borges tiré d’Éloge de l’ombre
Un peintre écrit-il lui avait promis un tableau il vient d’apprendre que le peintre est mort et le tableau par conséquent perdu
À sa place préétablie Borges se dit qu’après tout ce tableau non lié à ses couleurs et formes existe en quelque façon non comme vanité matérielle mais comme promesse immortelle
The unending Gift

10 avril 2025 18h12