AVEC JE

Avec Je je me débrouille comme je peux 
Je amoureux et Je jaloux
Je jouant avec la langue de Molière ou de La Rue
Je qui avec le temps se métamorphose en un être plus ou moins reconnaissable
Je bavard et Je silencieux
Je en fuite dans une phrase qui fait erreur sur la personne
Je sous le charme des Jeunes Filles en Fleurs
Je des Enfers vécus et Je des Paradis perdus
Je enfantin enfantant des géographies mentales
Je amant des mots des choses
et des douc/leurs de nos existences

Une repousse 
venue d'une lectrice
des Hautes Pyrénées

Je
Sans foi ni loi
Ou presque
Je
N 'est pas  toi
Mais  si proche
Si loin
Je
Quand vient
la nuit
Raccommode
Mes souvenirs
Et mes oublis
Aussi

Je
Prends le frais
Des jours de fin
D'été
Et j imagine
Où  vont
les hirondelles
Vers quels pays
Qui croisent elles
Ces voyageuses

Je
Sous le rythme
Des saisons
N écris  que
Les traces
Muettes
Du passage
Un battement
D' ailes
Et puis s'en vont

Danielle Nabonne

UN LECTEUR ÉCRIVANT

(ce n’est qu’un brouillon qui vient d’être improvisé)

Il lit un livre nouveau et de temps en temps en passe à l’écriture pour garnir ses propres pages

par exemple en prélevant une petite cellule du texte (roman, essai, poème) qu’il utilise comme bouillon de culture de sa propre écriture

comme on dit chez Michel que sais-je? qui suis-je? sont deux questions qui l’occupent des nuits entières mais qui restent en suspens

en effet quand il essaie plume à la main d’oser leur donner quelques éléments de réponse il attire chemin faisant beaucoup d’épines dans ses pieds

et cependant même s’il écrit comme un pied il a l’audace de poursuivre son chemin couci couça cahin-caha

(non il n’a pas écrit à sauts et à gambades)

UNE ÉCRITURE ENTRE DEUX SOMMES

J’écris à ma manière à l’écart cet art d’une fugue censée m’aider à porter le poids de mes vies précédentes J’écris ces textes en ligne comme personne tout en chantant sur le mode mineur J’écris ici comme si j’étais ailleurs J’écris de mémoire et d’oubli J’écris entre deux sommes cette somme aléatoire J’écris à l’œil et au doigt J’écris pour échapper à la terreur des libraires qui entassent mois après mois d’éphémères nouveautés destinées à faire taire leurs lecteurs J’écris pour transformer mes proliférations numériques en un livre unique qui les fera disparaître une fois pour toutes de mon ordinateur

TU REPARS DE ZÉRO

TU repars de zéro 
Tu ne fais que passer par stylo interposé ou par pinceau chinant ses caractères énigmatiques
Tu peins le passage avec légèreté et forces manières avec les formes de tes mouvements
Tu repars
Tu fais le départ entre dire et faire entre faire et laisser dire
Tu as deux faires au feu la parole et l’écriture
Tu dis stop
Tu prends congé de ta Muse qui trop abuse
Tu lèves la main 
Tu lèves l’ancre et tu t’en vas couci-couça d’un dernier trait de plume
Jeter sur le papier tes dernières hypnographies

Jacqueline Saint-Jean poèmes

Calligraphies sans clé

Sinon l’Alpha du feu

et du refus

sur mes hypnographies