Voilà qui mettra le feu aux poudres et déchaînera les cocotiers pensait ce diable de jeune homme en buvant des liqueurs aussi fortes que du métal fondu Voilà qui confirmait l’idée que tous les poètes sont des simulateurs de même que les chevaliers de l’Inutile montés sur une vieille carne pour l’amour d’une Dulcinée entrevue vingt-cinq ans auparavant sortant d’une église d’Alcala de Henares ce petit lieu de la Manche (la Mancha dans le texte d’origine) évoqué dans l’incipit le plus célèbre de la littérature universelle Pura vaina : pur mensonge dit (on s’en serait douté) ce diable de jeune homme qui met le feu aux poudres en secouant le cocotier
Author Archives: Jean Jacques Dorio
DE NOËL 22 À NOËL 23

35 hypnographies
une page en exemplaire unique
c’est mon cadeau à l’enfant de nulle part
né ce dimanche de Noël 2022

40 hypnographies
Si on me demande de me présenter
ce jour de Noël 2023
je vais dire :
Vieux loup de mer
qui tient à distance ses pensées
en écrivant chinois
Jean Jacques Dorio
Pour les enfants
Et les ami.e.s
Qui ne sont pas né.e.s
De la dernière pluie
MÉLANCOLIEUX
Mélancolieux
Tout à part soi
Loin des autres
Il se tire
Loin des chants
Danses et rires
De la télévision
Tout à part soi
Lisant Clément
Dont l’amye
s’en est allée
Se souvenant
Par seule amour
Du bon temps
Qui naguère
A été
Et d’une dame
Ayant grâce
Et beauté
Pour ces raisons
Faisant ces vers
Un brin mélancolieux
Fragiles
Mais sans larmes
En ses yeux
Seul en sa chambre
Où il poursuit
les rêves
De faire mieux
LES POÈTES
LES POÈTES
Pareil à un homme qui danse au milieu des ténèbres
Ainsi écrit celui dont nul ne lira les poèmes
Ovide
Pour Jean-Marie Corbusier du Journal des Poètes
Les poètes sont souvent de la Revue
Éphémères fut en 1967 l’une d’entre elles
Le Journal des Poètes vient de boucler ce mois de décembre 2023 sa 92° année
Les poètes chez Littré sont « ceux qui s’adonnent à la poésie »
Et l’Émile ajoute :
« il se dit aussi des femmes : Madame Deshoulières était un poète aimable »
Les poètes du bar Le Catalan
16 rue des Grands Augustins
payaient leur repas
en écrivant un poème inédit
sur les nappes en papier
Les poètes d’avant-guerre fréquentaient Le panier fleuri un bordel sis 13 rue Grégoire de Tours à Paris
Les poètes ivres de trop de vin ne cessent de parler d’eux-mêmes afin de livrer à leurs frères humains cette image de poètes maudits « qui n’auraient pas dû naître » (sic)
Les poètes n’aiment pas l’argent : il n’a aucune valeur et doit circuler. Leur poésie n’a pas de prix.
Les poètes aiment l’insignifiance :
Il ne s’agit pas seulement de la reconnaître,
il faut l’aimer, l’insignifiance,
il faut l’apprendre à l’aimer.
Milan Kundera
Les poètes ne font jamais que semblant de mourir
Les poètes exterminés par la barbarie nazie : Max Jacob à Drancy, Robert Desnos mort du typhus au camp de Theresienstadt, Benjamin Fondane gazé à Auschwitz, André Chennevière abattu par un soldat allemand devant la gare de l’Est lors de la Libération de Paris le 20 août 1944, Saint Pol-Roux…
Les poètes Varlam Chalamov, Ossip Mandelstam, Marina Tsvetaieva : trois russes auteurs d’œuvres majeures en prise avec la violence politique de leur temps, celle de l’URSS de Staline qui les persécute jusqu’à les condamner au goulag. Une vie broyée par l’histoire dont ils témoignent chacun à leur manière.
« On raconte qu’Ossip Mandelstam, dans le camp, le goulag, de Sibérie où il a passé ses dernières années, aurait récité des poèmes de Pétrarque aux autres prisonniers. Malgré la faim, le froid, ils écoutaient, les oiseaux noirs aussi, qui s’arrêtaient un instant de tourner autour de la mort, seule libération des déportés. Dieu sait qu’il n’est rien de plus éloigné du lumineux Pétrarque que ces hommes en haillons. Mais, ajoute le poète Philippe Jaccottet qui relate cette anecdote, la poésie dans ce cas, c’était un peu comme la goutte d’eau pour un homme qui marche dans le désert, quelque chose qui tout à coup prend un poids d’infini et vous aide à traverser le pire. »
Les poètes du cimetière du Père Lachaise ; l’un d’entre eux se réjouissait avant ses obsèques d’habiter ce lieu poétique où les morts savent vivre.
Les poètes qui travaillent toutes les nuits et vont se coucher à 7 heures du matin quand le soleil fait sortir les cloportes de dessous les tuiles des toits Rimbaud
Les poètes anticipant les murs ont la parole de Mai 68 Métro boulot bistro Mégots dodo zéro un poème de Pierre Béarn en 1951
Un poète mort le 24 novembre 1947, surnommé « le piéton de Paris », a droit le lendemain à cet hommage savoureux : original, gavroche, primesautier, spontané, plein de fantaisie, de couleur, rien de compassé, de grave, d’imité, de bourgeois, en plein dans la vie, et plein de liberté. Léon Paul Fargue : le poète / Paul Léautaud : le « critique »
Jean Jacques Dorio
Martigues jour de Noël 2023
Poème en cours

Claude Brugeilles 2021
NUIT DE NOËL : la der des ders
Depuis que je suis enfant j’écris des cahiers que une fois terminés j’enferme à double tour dans un coffre hérité de mon grand père maternel
Ça a commencé le jour où à 7 ans j’ai découvert par hasard père et mère jouant le rôle de papa Noël autour de minuit un 24 décembre
Je n’ai rien dit mais je l’ai écrit en secret sur la première page d’un cahier à couverture jaune dont le thème on peut s’en douter était le mensonge On m’a menti était son leitmotiv
Le pouvoir des mots écrits m’apparut dès ce jour exorbitant bien que naturellement j’étais trop enfant pour pouvoir rendre cette idée manifeste
Mais je persévérai jour après jour année après année
Mes 7 ans se sont convertis en 77 et cette nuit de Noël m’apercevant que mon dernier cahier est épuisé j’ai décidé d’arrêter là les frais : plus un mot plus une ligne
Monsieur Personne s’en est allé dans les rues d’une ville portuaire ouverte à tous les vents un billet d’un vaisseau fantôme dans ses poches trouées en sifflotant une milonga donnant congé à la vie et à son mentir vrai
Martigues 24/25 décembre 2023