Nommer le monde qui nous entoure
Mots à mots qui viennent à la queue leu leu
Page à page où naissent des orages
Des espoirs désespoirs frasques et folies
Nommer sur nos chemins buissonniers
cette circulation d'images
d'émotions et d'idées
pour lire après coup
ce qu’on ne savait pas
qu’on allait écrire
D’où chose remarquable
Rien ne s’ensuit
(peut-on lire en guise d'énigme
cet incipit première ligne
qui ouvre le livre culte
de L’homme sans qualités)
Martigues dimanche 24 décembre 2023
Author Archives: Jean Jacques Dorio
CENTON (31 à 35)
CENTON & MISCELLANÉES
EN COURS D’ÉCRITURE
CENTON Pièce faite de fragments d’étoffes rapiécés, si l’on veut. Ou bien l’étoffe se transforme en textes divers puisés dans nos livres et que l’on « colle » l’un après l’autre. Des ajoutages lit-on dans les notes accompagnant les paragraphes mis bout à bout, d’une œuvre qui n’en finit pas d’être rafistolée.
J’invite lectrices et lecteurs au gré de leurs lectures d’apporter à leur tour leurs petites pièces, leurs petits bouquets de citations.
JJ Dorio Martigues 18 novembre…23 décembre 2023
31
Je suis déjà un peu parti, absent.
Faites comme si je n’étais pas là.
Ne me secouez pas.
Je suis plein de larmes.
32
Il faut dire les choses comme elles sont : la fonction de la littérature est, depuis toujours, d’exprimer, elle ne sait quoi,
sans savoir comment.
33
L’imagination n’est pas contrairement à l’étymologie, la faculté de former des images de la réalité.
Elle est la faculté de former des images qui dépassent la réalité,
qui chantent la réalité.
34
GLANES Chaque jour et la nuit par intermittence, je cueille ma poignée de glanes : citations (et récitations), récits de vie, mémoires des morts, étymologies des dictionnaires, phrases étirées des prosateurs ou condensées des poètes. Poignée de glanes, bouquet de bagatelles et de calamités, que m’offrent aussi les journaux qui rivalisent de titres « approximatifs », comme l’homme de Tzara (ex Dada), qui n’est pas le fragile marcheur de Giacometti, ni le coq déplumé lancé dans l’assemblée par Diogène le Cynique s’exclamant : -Voilà l’homme de Platon. (Diogène prenait ainsi au pied de la lettre la définition du maître de l’Académie : « l’homme est un animal bipède sans plumes ») Chaque nuit et le jour je libère cette énergie, antidote des modes et des « servitudes volontaires », pour redonner tout son prix à nos inestimables et vulnérables vies.
35
L’œuvre d’art se reconnaît à ceci qu’elle précède et ne suit jamais la théorie qui la fonde. C’est son génie et notre chance.
31 Henri Calet (3 mars 1904-14 juillet 1956) dernière note sur son carnet avant sa mort feu d’artifice !
32 Armand Hoog (17 décembre 1912-10 septembre 199)
33 Gaston Bachelard (27 juin 1884-16 octobre 1962)
34 Jean Jacques Dorio (24 mars 1945-…)
35 André Brincourt (8 novembre 1920-22 mars 2016)
36
Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple.
37
Si jamais je devenais célèbre personne ne le saurait.
LES POÈTES…
Pareil à un homme qui danse au milieu des ténèbres
Ainsi écrit celui dont nul ne lira les poèmes
Ovide
Pour Jean-Marie Corbusier
du Journal des Poètes
Les poètes sont souvent de la Revue
Éphémères fut en 1967 l’une d’entre elles
Le Journal des Poètes vient de boucler
ce mois de décembre 2023
sa 92° année
Les poètes chez Littré sont « ceux qui s’adonnent à la poésie »
Et l’Émile ajoute :
« il se dit aussi des femmes : Madame Deshoulières était un poète aimable »
Les poètes du bar Le Catalan
16 rue des Grands Augustins
payaient leur repas
en écrivant un poème inédit
sur les nappes en papier
Les poètes d’avant-guerre fréquentaient Le panier fleuri
un bordel sis 13 rue Grégoire de Tours à Paris
Les poètes ivres de trop de vin ne cessent de parler d’eux-mêmes afin de livrer à leurs frères humains cette image de poètes maudits « qui n’auraient pas dû naître » (sic)
Les poètes n’aiment pas l’argent : il n’a aucune valeur et doit circuler.
Leur poésie n’a pas de prix.
Les poètes aiment l’insignifiance :
Il ne s’agit pas seulement de la reconnaître,
il faut l’aimer, l’insignifiance,
il faut l’apprendre à l’aimer.
Milan Kundera
Les poètes ne font jamais que semblant de mourir
Les poètes... (à compléter)
Martigues 22 décembre 2023
FICTION OU/ET HISTOIRE VÉCUE : UN VA-ET-VIENT
Ou comment la lecture d’une fiction empêche le quotidien de suivre son cours
C’est une histoire vécue avec un petit scorpion qui me regardait fixement sur le poteau de la case collective des indiens panarés où j’avais fixé mon hamac pour y dormir avec toute la « tribu » une nuit sur les bords d’une rivière du Venezuela C’est l’Histoire avec des mygales de Cortazár que je relis ce soir qui m’y fait repenser Deux narratrices dans la version de l’écrivain fantastique (à tous les sens du terme) finissaient par devenir elles aussi « plus ou moins assassines » après avoir observé ces dangereuses araignées géantes Son histoire se passait dans un bungalow à la Martinique Rien de semblable pour le petit alacrán inoffensif qui venait de réapparaître dans mon souvenir et par ricochet dans mon écriture Les mygales ne font pas des scorpions
Martigues 21 décembre 2023
ASSIS ICI ET AILLEURS
Je rapporte ici quelques situations réelles où je fus assis en me disant après coup que même visibles elles sont un reste de l’invible
Je me suis assis hier face à la façade baroque de l’église de la Madeleine à Martigues en essayant d’interpréter avec toi guide radieuse de ce jour les flammes de pierre surplombant le portail
Je me suis assis sur un banc de pierre de la cathédrale de Bâle face au tombeau d’Erasme de Rotterdam celui qui fit avec ironie l’éloge de la Folie
Je me suis assis sur la carapace d’une tortue morocoy siège habituel des indiens panarés du Venezuela près de deux indios dont j’enregistrais la conversation
Je me suis assis sur un banc à l’écart face au pont japonais de Monnet à Giverny en écrivant quelques haïkus qu’au fur et à mesure je lisais à ma dulcinée
Je me suis assis dans mon lit bien calé sur mon oreiller pour écrire ce qui précède et ce qui suit
Aux Martigues 20 décembre 2023