LE SISMOGRAPHE

UN DICTIONNAIRE À PART MOI

Avec des mots simples, issus de ce « dictionnaire à part moi », on peut nommer le monde : Abricotier, Bois, Cahier, Échelle, Fenêtres, Hamac, Journal, Livre, Oiseaux, Pirogue, Sabots, Terre, VoyageSur un cahier décolier, une feuille blanche A4, un petit carnet de voyage, une main écrit, trace des signes, comme lappareil le sismographe– qui transmet les légères secousses de la Terre. Et cest ainsi, nous sommes une petite terre faite de secousses, et sans ce bâton décriture relié à Nature,  nous étoufferions, enfermés dans notre petite et insignifiante personne.

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DE LA RÉSISTANCE ET DES RUMEURS DES PAGES TRAVERSÉES

LÉCRITURE TRANSFIGURÉE

Si lécriture (ici présente) ne te transfigure pas, cest quelle nest que du pipi de chat. Écriture disjonction : J’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées. 1 Écriture dislocation : Une chose pareille ! Voyons ! Sérieusement y songez-vous ? 2 Écriture dissociation : Poisson soluble. Avalanche morganatique. Le revolver aux cheveux blancs. 3

La mémoire de mots est pleine de figures et d’exercices qui te traversent et t’obligent, te font sortir à découvert sur un espace « susceptible de recevoir toutes les formes précisément parce qu’elle ( la chôra) n’en a aucune » 4

La mémoire du temps…pleine de rumeurs d’hexamètres 5 , de nacelles de livres à la Foire du Trône, de thriller shakespearien et d’oxymores.

Cette nuit marquée du chiffre 55, je veux me rappeler de ton beau regard d’étoiles, qui, pour la première fois, me regarda sur la plage de Jibacoa, « en la isla bendita para nosotros de Cuba ».

1 Marcel Proust 2 Samuel Becket 3 André Breton 4 Chantal Jacquet (à propos de l’espace antique connu sous le nom de  « chôra) 5 Borges

Le chiffre 55 marque le temps écoulé depuis « la rencontre » (amoureuse) évoquée.

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QUE RESTE-T-IL DE NOS POÉSIES ?

En retrait et en tension

Au seuil de cette écriture

Aussi maladroite soit-elle

Il y a longtemps que je n’en ai pas fait, sous la lampe 1 comme il se doit (taratata). Je vais la dédier au peuple ukrainien, à la sale guerre qu’ils subissent, à leurs enfants et bébés morts pour rien. Sous la lampe des anciens préposés à affronter page blanche, soleil noir, sort atroce des poètes du spleen et du guignon. Mon poème voilà, il a le goût d’un quignon baudelairien, loin du prestige des artistes qui s’épanchent à la télévision. Je le ronge, je le mâche, je cache ses déchets sous une métaphore, fleur absente de tout bouquet. Il y a longtemps que je n’en avais pas écrit, agité l’éventail des poètes maudits qui écrivaient, en connaissance de cause, pantoums (négligés) et élégies, envols de Phœnix rebelles… et fuyant l’incendie.

1 « Le lait de la lampe s’évade dans les cendres, il écrit, s’arcboute… » Jean Louis Rambour L’éphémère capture

Martigues 21/08/2022

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LES LUMIÈRES DÉCLINENT ET LE CONCERT EST FINI

RIDEAU

Je n’ai jamais eu enfant de petit train mécanique

Je n’ai jamais récité le monologue d’Hamlet à Ophélie

Je n’ai jamais fait le beau invitant une princesse hippie

À entrer dans ma Mini Morris

Je ne me suis pas jeté dans la Seine 

après la Grande Désillusion de Mai 68

Mais je l’écris 

Pendant que le rideau de scène

Tombe lentement

« Les lumières déclinent Et le concert est fini »*

*Traduction d’Antonio Tabbucchi :

Le lucci si abbassano E il concerto è finito

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QUAND PEU À PEU ON QUITTE BIEN MALGRÉ SOI LE PARADIS DE SA BIBLIOTHÈQUE

JE LIS JE LISAIS JE NE LIS PLUS

Les vrais paradis qui existent sont ceux que lon a perdus

Marcel Proust

Je lis des livres en entier, des sagas, des sagaies plantées dans les faux souvenirs dun danseur balinais, dun chasseur de baleines à qui il manque un pied Je lis les livres dhommes remarquables terrassés par lennui de se répéter Je lis des femmes qui de leur vie vivante furent dillustres inconnues dans lombre de leur mari et que la postérité encense Je lis des livres en miroir pour tenter de voir ce quil y a sous leurs mots Je lis des livres de Zygomars qui gloussent et pouffent vouant un culte à leur zygomatiques Je lis des livres de boniments blablas baratins verbiages absent on ne sait pourquoi de tous les dictionnaires de citations (sauf le mien tenu secret dans un application de mon ordinateur) Je lis des livres sur le café dont celui du professeur Dac qui démontre bol à lappui que si on en donnait à boire aux vaches « on trairait du café au lait »

Je lisais des livres au café mais cétait avant la pandémie Je lus aussi au cinéma une unique fois pendant la projection de La chinoise prélude à Mai 68 côté Mao Je lisais nolens volens des livres de poésie mais depuis quils ont disparu du « Monde des Livres » jai jugé bon de men délivrer Je lisais aussi en public en sortant dune librairie à la plage sur un banc public (banc public) dans le métro (boulot dodo) au bar du PMU (en attendant la course du tiercé changée en quinté +) à lécole des écoliers puis de ceux qui en rendant leur tablier gris revêtent leur tenue professorale Et enfin je lisais déjà bébé sur les lèvres de ma mère lOye et les volutes de fumée de mon papa Pipu

Mais c’est fini depuis que je fais partie de la liste des disparus je n’ai plus accès au paradis de ma bibliothèque je ne lis plus

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