Sur l’Ukraine j’use beaucoup de papier que je froisse ensuite
et jette à la poubelle (de l’histoire avec sa petite hache)
Et cependant si
Parler est impossible
Se taire est interdit 1
Et le bâillon n’a jamais fait bon ménage avec la poésie
Aussi Poutine le Petit grimpe au néant
Je lui laisse sa page
Mais j’en prends le verso 2
Et j’objecte à sa bouche d’ombre semant haine et terreur
la pensée libre
échappant à la fin de la tragédie
à l’histrion sinistre qui tentait de l’étouffer
Cet être de fureur, de sang, de trahison
Il faut qu’il reste horrible
Et finisse en prison 2
1 Elie Wiesel (à propos des camps d’extermination) 2 Victor Hugo (Les châtiments)
Author Archives: Jean Jacques Dorio
PIERRE NOIRE SUR UNE PAGE BLANCHE
Me moriré en Paris con aguacero Un día del cual tengo ya el recuerdo 1 Cesar Vallejo (16 mars 1892 Santiago de Chuco (Pérou)- 15 avril 1938 Paris) Je mourrai moi aussi Probablement pas à Paris Ni par un jour d’orage Je mourrai un dimanche Comme celle que j’aimais Qui claqua des dents en mai Je mourrai sans barguigner En prosant peut-être comme À l’instant ces derniers vers Le souffle court le nez pelé En écoutant Cesar Vallejo Me parler de ses souffrances Quelqu’un dira mon nom Marqué d’une pierre noire Quelqu’un dira : sa page Que tant de fois il fatigua Est définitivement blanche En témoignent les jours sans orages Les vers que l’on écrit chaque jour (même le dimanche) La solitude Les chemins marqués de cairns noirs et de pierres blanches 1 Je mourrai à Paris Un jour d’orage Dont déjà je me souviens (ma traduction) Martigues 09/03/2022

SONNET DES ILLUSIONS PERDUES
Je veux faire un sonnet pour me rasséréner M’occuper, oublier l’affreux drame ukrainien, Être sur cette page, ainsi qu’un arbre humain Agitant mon feuillet d’étranges parrainages Je veux offrir à Pan ces vers un peu tordus Imaginant la flûte du petit Dieu cornu Faisant danser les nymphes et les fées de nos jeunes âges Quand Peace and Love hantait nos rêves californiens Carpe diem disions-nous en riant comme des fous Farfelus, innocents aux mains pleines d’audace Vivant d’amour, passant la mort à l’as Mai 68 bien sûr, la prise de parole sur nos murs inventifs. Mais maintenant Rideau ! le sale dieu guerrier Jette l’effroi tragique sur notre humanité 08/03/2022
SANS AVOIR BU LE MIEL NI RESPIRÉ LE VENT
Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants Au séjour solitaire Sans avoir bu le miel ni respiré le vent Des matins de la terre Anna de Noailles Je vois la petite fille jouant à Marelle Je vois le petit garçon qui donne des sardines aux chats traînant dans les rochers Mais ce titre d’un journal Donnant la liste des petites Alice Et des petits Marcel Étripés par les bombes russes Non mille fois non Je ne veux pas le voir Je relis des poèmes thématiques sur l’enfance Où il est question de Nils Holgerson : Petites filles qui ressemblez étrangement aux petits garçons blonds cheveux longs qui vous accompagnent 1 J’emprunte à nouveau les pistes imaginaires Des majuscules enlacées Et des cœurs sur les chênes Où l’on se promettait De ne jamais mourir Je repense à l’enfant précoce de René-Guy Cadou Qui ne disait rien sur l’amour (pour ne pas mentir) Et à la petite Alice et au petit Marcel (c’est plus fort que moi) Je susurre cette complainte de plain-chant la nuit contre mon cou 2 Quand avec mon amour Nous respirions de concert (encore une heure encore un jour) 1 Daniel Biga 2 Jean Cocteau
POURQUOI QUE J’ÉCRIS
Pourquoi que je vis Pour la jambe jaune D’une femme blonde Boris Vian Pourquoi que je vis Se demande Boris Pourquoi que je meurs Sous les bombes russes Pourquoi que j’écris Sur mon thésaurus Des mots aux idées Des maux de la guerre Sans foi ni loi De la boucherie Pourquoi que je pleure Sur l’écume des jours et l’arrache-cœur de faire ces vers nécessaires et dérisoires Ces quelques traces Pour l’Histoire Pourquoi que je vais Cracher sur la tombe Des poutinolâtres Et de l’autocrate Enterré vivant Dans son bunker Du Kremlin Pourquoi que je vis Pour l’amour d’la paix L’amour de la vie
