SONNET DES PETITES FLEURS BLEUES





Une couche de vase couvrait encore la terre.
Mais, ici et là, s’épanouissaient déjà de petites Fleurs Bleues.

Raymond Queneau


Rêver, faire des calembours, 
des canulars et des calembredaines.
Rêver, faire des exercices de style et de pensée, 
où chaque rêve rend inutile les clefs du rêve précédent.

Rêver, en s’oubliant sous les ailes d’un papillon,
dans les pas perdus du hall de la gare
Saint-Lazare,
dans les eaux fortes d’André Masson.

 Rêver dans les livres d’images 
qui nous échappent des mains 
avant de nous en aller
au royaume des quatre sans cous.

Rêver, et dans la boue des histoires embrouillées,
faire pousser pour nous régénérer,
les petites fleurs bleues.

LA TERRE LE CIEL ET LE TROISIÈME ÉLÉMENT





Terre à terre 
Ou de plein ciel
Que dire que taire ?

Terre, ciel et un troisième terme que je ne sais nommer
Mais qui, entre présence et absence, tient ma plume
Et lui dit d’exister

Exister sans se montrer, 
Sans se monter la tête,
Sans prétendre penser

Terre à taire
Ciel invisible
Et sous terre
Les germes
De nos changements
Secrets




carte manuscrite recto 10,5×14,8 cm
hypnographies carte verso terre ciel et 3° élément

POÈME D’ÉCHOUAGE





Poème perdu dans l’entre-soi
Dans l’entresol de nos pensées

Poème tissé dans la soie
Reflet de nos impensés

Poème tu qui nous échappe
Et nous prive d’images

Poème d’échouage

Poème qui joue à s’écarquer
À s’écarter de nos stridences

Poème de nos lyres arquées
De danses en contredanses

Poème des nymphes divinisées
Courant nos livres de sable

Poème mort qui resurgit
Dans le corps d’une initiée

Poème qui échoue sur
Une grève oubliée


Poème de partage






poème d’échouage

SONNET DES CHAMPS MAGNÉTIQUES





Les gaz incolores sont suspendus
Deux mille trois cents scrupules
Neige des sources
Les sourires sont admis

Philippe Soupault André Breton
Les champs magnétiques


Logés dans la coquille de l’inconscient freudien
Deux pagures s’abandonnent à l’écriture sans fin
à toute vitesse et à quatre mains.
Ils sont jeunes, ils ont faim.

C’est le printemps premier après la guerre atroce
Des nuits durant ils ont arpenté le boulmich
Laissant aller la langue des mots libérés de servitude volontaire.

Et maintenant, en avant l’écriture « automantique ! »

Avec des arrêts, des lectures en sourdine,
Des reprises vrombissantes, des cris et chuchotements,
Des moments où la nuit devient l’aube hallucinée.

Les rires étaient admis avec la subversion, 
le dialogue intérieur, le vice de construction, 

Toutes les graines ensemençant encore
nos Champs Magnétiques !



J’AI CRIS & FIRMAMENTS









J’écris dans l’éphémère cherchant le permanent

J’écris de thébaïdes et d’archipels ancrés dans l’irréel

J’écris glanant éclisses et firmament

J’écris brindilles et branches charpentières

J’écris dans l’espace que m’octroie le temps intemporel

J’écris à l’épreuve de maints coups de martels

J’écris Orion de Bételgeuse et de Rigel

J’écris dans les pas d’un chasseur des Vigies

Qui ne sait jamais d’où va venir

Le mot qui tue ou régénère