AUTOPORTRAIT D’UN MORT DEBOUT

La mort n’y mord

Clément Marot


Expressionniste abstrait

Lyrique réaliste

Toujours entre deux maux
pour rire

Tous mes petits secrets
ouverts à l’entropie

Synesthésique actif
Faisant de nuit
Clarté

Badin et baladin
De la farce tragique

Je suis et je ne suis pas
Ce portrait oxymorien
D’un doux vaurien

À la recherche d’un Temps
D’or et de boue

(Debout les morts !)


Je cherche l’Or du temps

André Breton



une manière de dire cet autoportrait par son auteur mort debout 14 juin 2022 03.40

SONNET DES CHAMPS MAGNÉTIQUES





Les gaz incolores sont suspendus
Deux mille trois cents scrupules
Neige des sources
Les sourires sont admis

Philippe Soupault André Breton
Les champs magnétiques


Logés dans la coquille de l’inconscient freudien
Deux pagures s’abandonnent à l’écriture sans fin
à toute vitesse et à quatre mains.
Ils sont jeunes, ils ont faim.

C’est le printemps premier après la guerre atroce
Des nuits durant ils ont arpenté le boulmich
Laissant aller la langue des mots libérés de servitude volontaire.

Et maintenant, en avant l’écriture « automantique ! »

Avec des arrêts, des lectures en sourdine,
Des reprises vrombissantes, des cris et chuchotements,
Des moments où la nuit devient l’aube hallucinée.

Les rires étaient admis avec la subversion, 
le dialogue intérieur, le vice de construction, 

Toutes les graines ensemençant encore
nos Champs Magnétiques !



JE FAIS LE SAUT PAR LA FENÊTRE





Faute de mieux, mes vers tournant

en rond,

Je fais le saut par la fenêtre.

Sur le pavé je rebondis,

comme le singe grammairien

dont on se moquait dans les revues textuelles,

naguère.





Faute de mieux, je fais le sot,

l’idiot inutile de la vieille métrique,

Métro, boulot dodo,

le dernier empaillé peut se voir dans une vitrine

du Museum d’Oxford (je crois).





Je crois en l’autre, je crois sans croix

et sans manière.

Je regarde par la fenêtre,

cet homme coupé en deux,

qu’affectionnait Breton.





Il aurait dû signer André.e.

                                                                                                                            

LE REVOLVER AUX CHEVEUX BLANCS





LE REVOLVER AUX CHEVEUX BLANCS

Prétexte

À force de noter ses rêves, il ne savait plus s’il rêvait qu’il dormait,

ou s’il se réveillait d’un somme où il rêvait qu’il traversait le Pont des Arts, un livre d’octosyllabes sous le bras.





Je mets la chambre dans le feu.

C’est un rêve d’André Breton

Qui tire à vue depuis la Tour.

La Tour Saint Jacques. Échec et mat.

Seul sans ma belle il m’a tué,

le révolver aux cheveux blancs,*

il t’a tuée.





Poésie ne fait pas de vagues

Elle vogue de nuit en nuit

Sur la barque d’un Anonyme.

Fanal, feu latent, exercice,

Poème en rupture, brisures,

Que l’on recolle pièce à pièce.





Les mots viennent de toute part

Mais il faut les laisser passer

Ou bien les isoler en chambre

De décontamination.





En attendant qu’ils nous reviennent

Avec l’ache et le serpolet**

Silence sur la page noire.





Sans livre à portée j’ai du mal

Mais avec crayon et papier

Je trace pour les recréer

Des guirlandes de l’un à l’autre.

J’ai du mal sans papier stylo

Mais persiste la voix en tête

De tous mes poèmes adorés.





À la fin sans pouvoir me plaindre

Sans voix sans oreille et sans yeux

Je n’aurai alors pour survivre

Que les mots sur les lèvres

de ceux qui m’ont aimé.





*André Breton

** Paul Fort

improvisation