UNE LISTE

Une poignée de sable

Un film sur M. Le Maudit

Une fille qui mange un chichi

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Un collectionneur de poupées russes

Une manière de compter le temps

Un gargantua à ma table

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Une capote bleu de Prusse

Un bœuf rendu fou par un taon

Une forêt engloutissant les temples Mayas

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Un fidèle d’ Aoura Mazda

Une poignée de sable prise dans les jardins du temple Ryoan-ji

Le dernier vers de cette liste signée JJ

PASSER

Passer comme le fleuve qui est de temps et d’eau
Passer sur notre barque du berceau au cercueil
Passer comme la folia de la viole baroque
Passer comme ces vers qui filent l’anaphore

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Passer sur nos dessins de plage sans leurs pavés
Passer les nuits d’écriture sous la flamme d’une chandelle
Passer la poésie au peigne fin des sous-bois de myrtilles
Passer d’un poème à l’autre tissant dans le noir leurs habits de lumière

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Passer sur la devise de Bernardino Corio
(un humaniste de la Renaissance) :
E bello doppo il morire vivere anchora
Il est beau après la mort de vivre encore



Je trace le passage

J’AI RIEN À LIRE

J’ai rien à lire c’est ennuyeux au cours d’un nuit blanche hermine

Je n’ai alors que le recours à l’écriture de mes réminiscences

Mais finalement vaut mieux pas

J’ai assez donné à ce propos avec des je me souviens et autres embrayeurs de feuillages internes :

Alors je brode comme on dit

Je passe d’un mot à l’autre afin de finir cette page qui de blanche va se retrouver noire

Va se noircir au fil de la plume qui s’arrête souvent la main levée

Attendant que souffle une nouvelle petite brise marine

Pour reprendre l’élan je lis que le livre sur lequel je prose ces quelques vers

Est fait de papier ivoiré et bouffant

Je suis bluffé

Alors je bouffe je souffle et je ris carrément dans cette chambre d’hôtel donnant sur une route nationale

Protégé ( pour l’ouïe ) par les carreaux d’une fenêtre à triple vitrage

Métaphore bien venue pour clore enfin cette histoire