J’écris au chant du coq cette lamentation Paroles d’un charretier Dans le va-et-vient D’une cancion protesta Des années 30 J’écris entre les lignes Ce qui semble n’avoir ni queue ni tête Sur des bouts de papier, des carnets, sur le journal Le Monde qui égrène ses libres opinions après ses (mauvaises) nouvelles J’écris comme à présent en écoutant le petit bruit que fait le stylo feutre sur ma page en carton posée sur un gros livre J’écris tout étonné que l’écriture se soit enclenchée après un bon quart d’heure de feuille blanche J’écris dès lors comme l’on emboîte ou désemboîte des poupées gigognes J’écris si j’en crois Artaud le Momo Comme un cochon (toute l’écriture, écrit-il, est une cochonnerie) J’écris comme hier écrivait Paul Fort à sa Thérèse : Garde tes dindons moi mes porcs Thérèse Ne repousse du pied mes petits cochons J’écris à Saint-Jean-Pied-de- Port Au pied du col de Roncevaux Où Roland le Preux perdit son épée L’épée grince mais ne s’ébrèche ni se brise J’écris tout étonné de découvrir dans le pommeau de Durandal Une dent de Saint Pierre Du sang de Saint Basile Du vêtement de Sainte Marie… et un raton laveur J’écris avec Saint Prévert confondant Des travailleurs de la paix avec des gardiens de la mer J’écris comme un ébéniste dans son atelier : je scie, je rabote, j’assemble, je colle, je plaque, je râcle, je ponce, je vernis, je cire… Tout ce fatras d’écriture Qui tombe dans l’oreille des sourds (Rien à cirer !) Ou dans celles d’aimables complices (qui applaudissent dans la coulisse)
Author Archives: Jean Jacques Dorio
J’ÉCRIS opus 13
J’écris de bric et de troc de titres de romans édités par Balland le Seuil Albin Michel Minuit et Calmann-Lévy J’écris pour calmer l’ardeur à rechercher L’homme à tête d’oiseaux, La femme Schibboletch, L’enfant des grandes lessives J’écris sans réveil, montre, monstres marquant le temps des horloges et qui font sommeiller la raison J’écris d’un seul coup d’un seul ou par à coups : arrêts plus ou moins longs, points morts et reprises J’écris depuis peu aussi sur l’application Samsung Notes de mon smartphone, premier texte devant l’exposition Zao Wou-Ki, à l’hôtel Caumont d’Aix en Provence : l’animal l’animot le torrent de coulures les pattes de la lune la tête de Michaux […] bateau ivre à la Sainte Victoire le pin palpite sur la montagne de Cézanne saisie par un calligraphe octogénaire qui livre sans le savoir son dernier combat […] J’écris conscient que moi aussi un jour ou plutôt une nuit je perdrais définitivement la voie J’écris avec mon stylo fétiche V5 hi-tecpoint réfractaire à l’invention du baron Bic J’écris ornithorynque pour voir ce que ça va donner sur le papier (les internautes recherchent aussi échidnés, monotrème, wombat, castor, koala…) J’écris « bec de canard cousu sur la fourrure d’un animal », comme l’écrivirent les scientifiques anglais découvrant le dessin du premier ornithorynque rencontré en Tasmanie, croyant qu’il s’agissait d’un canular J’écris sans prétention aucune : orgueil, vanité, amour-propre, suffisance (je recopie lintern@ute) J’écris pourtant comme s’il s’agissait de petits secrets échangés à la récré avec les élèves Perec, Montaigne, Mallarmé J’écris imaginant les lettres échangées entre eux J’écris à Jean Jacques Dorio comme si je m’appelais Marot J’écris de haut en bas et quand j’ai atteint le bas, je referme les yeux et rêve de Rio de Janeiro
J’ÉCRIS opus 12
J’écris sans le chat de l’écrivain à portée (il ne manquerait plus que ça !) J’écris sur la couverture d’un livre paru en 1975 (mon premier) J’y écris parce que quand son éditeur P.J. Oswald a fermé boutique il m’a fait parvenir ce qui lui restait : « les épreuves en placard » (que j’ai descendues du grenier pour mon jardin d’enfance pour les brûler avant de quitter pour l’avoir vendue ma maison) et, à part, ce que j’ai sauvé des flammes, la couverture proprement dite, ornée d’un « graphisme » du peintre ami Claude Brugeilles avec un verso, sa tranche (PJO JEAN-JACQUES DORIO ITINÉRAIRES) et les troisième et quatrième de couverture J’écris Phœnix Hôte de mes nuits d’écriture J’écris sans titre : ni titre d’une quelconque profession (écrivain, poète, rentier) ni titre du texte qui s’écrit (il viendra -ou non- après coup) J’écris au lit entouré de murs blancs, de silence absolu (exceptés ces maudits acouphènes que j’ignore la plupart du temps) de livres (sur lesquels je « m’appuie » à tous les sens du terme) et du smartphone en mode lui aussi silencieux que je consulte pour telle et telle raison (un nom propre ou commun, la relecture d’un poème, un article de commentaires, etc) J’écris ensuite une fois les trois pages sus-indiquées recouvertes entièrement, sur le clavier de mon ordinateur, mais seulement le lendemain matin, recopiant mon premier jet (écrit scrupuleusement sans la moindre rature) J’écris alors musicalement avec des chaînes délivrant sans blabla du baroque, du jazz, des musiques populaires du monde entier Je réécris alors, évidemment, en modifiant quelque peu, le texte manuscrit : soit en supprimant des lignes, soit en m’arrêtant sur un mot souligné en rouge par l’application word pour vérifier l’orthographe, soit pour un autre mot ou expression insatisfaisants, en consultant mon dictionnaire personnel de citations, commencé depuis belle lurette et qui s’accroît de jours en jours J’écris aussi avec mon Petit Robert à portée, les 2 volumes du Robert Historique pour consulter surtout les « schémas » (dernier en date Vieillesse), mais aussi les lexiques fournis par la toile, en particulier celui du Crntl J’écris, comme ceci, comme cela, et comme je n’ai plus d’espace sur ma quatrième de couv je m’arrête là ce lundi 5 juillet 2021 à 2h23
chanson d’un lundi matin MARIE
J’ÉCRIS opus 11
J’écris en m’aidant d’une corde reliée à mes origines ...toujours à venir J’écris avec le cordon qui relie les enfants d’une sortie pédagogique J’écris depuis un temps zéro Passé néant Futur inexistant J’écris sur le pont d’un navire Où peu de voyageurs écrivent le français J’écris pour une répétition générale Qui laisse la place à des variations Indiquées à tel et tel endroit Comme le fait Phil Glass sur ses partitions J’écris l’endroit et l’envers d’un décor Qui s’estompe dans la brume de mon inconscient J’écris sans faire d’histoire, de contingence, de survivance, de désir de faire briller mon étoile dans la constellation des rêveurs éveillés J’écris attentif à reprendre certains termes de vieille coutume dont le lecteur inattentif ne mesure pas toujours l’arrière plan historique J’écris malgré les plaies et les bosses, les boss qui fanfaronnent devant les peuples de la Grande Garabagne imaginés par Henri Michaux J’écris fuyant les genres littéraires et le sommeil cousu de fil blanc J’écris avec la terre et l’eau les courants en feu le naturel qui plonge le corps humain dans un apprentissage sans fin J’écris par Jupiter ! par Confucius ! par Nobles Messieurs et Gentes Dames Chers et Chères amies J’écris Tao Tao J’écris sur le temps qui n’existe pas selon le cours dicté par Norbert Elias alors qu’il entrait dans le royaume borgésien des non-voyant J’écris en refusant de me laisser prendre aux mots J’écris Arrêt en cours en perdant le mélange de toutes ces choses que je viens d’écrire J’écris pour me désencombrer l’esprit