LA MAISON D’ÉCOLE

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
(enfance...suite)

la maison d’école

l’école était au centre du village grande bâtisse imposante dont je ne me suis jamais demandé qui l’avait faite construire par qui et pour qui – regrets tardifs – maison d’école réservée aux couple d’instituteurs qui occupaient les pièces du premier et aux élèves dans les salles du bas – petites classes à gauche dirigées par la maîtresse Madame G. ou Madame D. et grandes classes à droite mais salles séparées où officiait son époux Monsieur – c’étaient des maîtres quasi sacrés des « régents » en occitan réjints – pour la prononciation –  quand je les rencontrais enfant je n’étais pas tranquille – disons – je levais mon béret, je formulais distinctement bonjour monsieur – plus prosaïquement nos instits étaient gavés de victuailles venues des tueries de cochon du vin des vendanges des lapins poulets pour mes parents et des produits du jardin bien que nos régents issus eux aussi de parents paysans savaient cultiver le leur – un jardin leur était attribué –

comment j’appris ou je n’appris pas à lire

l’école était la priorité des priorités le lieu d’où sortait le savoir le vrai mis à part le bran rabelaisien que j’ai plus haut évoqué (pas ici) j’y entrai pour des raisons plus nobles comme un phénomène – déjà je savais lire avant de commencer ! –  en réalité j’avais appris par cœur un petit livre où je m’assimilais à un ours tournant les pages au moment opportun mon grand-père Vidal me l’avait peut-être enseigné un de mes premiers souvenirs d’enfance est celui de sauter sur ses genoux entraîné par ce cheval imaginaire – ahi ! coco ! – qui me faisait passer du pas au trot et du trot au galop au galop et tout ça avec le bruit des sabots en bois avec des lanières de caoutchouc – quant te coustéron les esclops quand eron naous – combien t’ont coûté tes sabots quand ils étaient neufs

LA BRANCHE DONT JE SUIS ISSU

la branche dont je suis issu

Ma vie comme dit l’autre il a bien fallu qu’elle commence De l’intra-utérine rien ne dirai bien des frères de plume s’y sont risqués mais leur traité m’ont toujours ennuyé car pour parler de nos parents et des parents de nos parents point n’est besoin de commencer par l’œuf de Colomb ou la ficelle du père Adam Je naquis donc une nuit de mars à 5 heures du mat si j’en crois le livret un vingt-quatre 45 jours avant l’armistice du 8 mai c’est le docteur du village voisin qui vint ma mère délivrer dans la chambre de notre maison donnant sur la place de l’église de La Bastide de Besplas Ariège ma mère Suzanne avait 31 ans mon père Noël 33 Il s’était évadé d’une ferme allemande en 42-43 (faut que je vérifie j’ai enregistré son récit) Noël Dorio avait été élevé par ses grands-parents -la guerre de 14 ayant décimé ses père et oncles et par « ricochet » sa mère – dans une ferme propriété d’un maître débonnaire d’ailleurs et qui prit soin à la promotion du petit orphelin En épousant Suzanne tous deux devinrent propriétaires de quelques hectares de terre qu’ils firent vaillamment fructifier avec une paire de bœufs pour labourer quelques vaches pour les veaux et le lait vendu aux habitants du village cochons poules canards et la petite vigne pour la piquette de l’année le blé donné au boulanger en échange des « marques » qui désignaient un petit bout de carton que l’on échangeait contre un gros pain de campagne – comme il se doit –  bref si vous avez tout lu vous avez songé à la liste de Perrette et du pot à lait

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
Patchwork in progress
Une autre manière de l'écrire en octosyllabes

L'ART DU BOUSTROPHÉDON

Où je suis né on me l'a dit*
Mais ceux-là même sont partis
depuis longtemps hélas. Mon père,
ma mère, essentiellement. 
 
Dans une maison de village,
face à l'église qui sonnait
mâtines, midi, l'angélus.
Personne ne s'agenouillait.  
 
Ma rue - je ne sais plus son nom -
Traversait alors la commune,
Je la quittai bientôt pour une
autre, dite du pré de long . 
 
C'est là que j'appris à courir,
Mes genoux portaient la couronne,
Petit Poucet rieur offrant
Miettes d'enfance au royaume.  
 
Mes parents étaient paysans.
Pas un sou mais quelle richesse :
Lait veau vache cochons couvées
Blé maïs et pommes de terre.
 
Quelquefois je guidais les bœufs,
Mon père faisait ses sillons,
Qui aurait dit qu'il me montrait
Ainsi l'art du boustrophédon : 
 
C'est tourner d'une ligne à l'autre
Le sillon égale le vers.
Lui semait le blé dur, l'épeautre,
Mon champ est plus imaginaire. 
 
Je le sais mais je persévère.
 
*Georges Perros (Une vie ordinaire)
après les boustrophédons
origine du « vers »
qui s’écrit de gauche à droite
puis verse de droite à gauche
l’écriture de caractères
que je pratique
de haut en bas
un exercice de
calligraphies sans clé
sinon l’alpha du feu et du refus
Une des phrases de Jacqueline Saint Jean
Poète avec laquelle nous fîmes un livre
Brasier des ombres



GRAND BAL SOUS LE TAMARIN





Chanson pour faire danser en rond les petits enfants

Victor Hugo

L'Art d'être grand-père
Bruxelles 5 août 1865


chant et musique
Jean Jacques Dorio
21/08/2017

acrylique sur toile
détail
20/08/2014
Dorio

Chanson pour faire danser en rond les petits enfants

Grand bal sous le tamarin.
On danse et l’on tambourine.
Tout bas parlent, sans chagrin,
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.

C’est le soir, quel joyeux train !
Chantons à pleine poitrine
Au bal plutôt qu’au lutrin.
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.

Découpé comme au burin,
L’arbre, au bord de l’eau marine,
Est noir sur le ciel serein.
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.


Dans le bois rôde Isengrin.
Le magister endoctrine
Un moineau pillant le grain.
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.


Broutant l’herbe brin à brin,
Le lièvre a dans la narine
L’appétit du romarin,
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.

Sous l’ormeau le pèlerin
Demande à la pèlerine
Un baiser pour un quatrain.
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.


Derrière un pli de terrain,
Nous entendons la clarine
Du cheval d’un voiturin.
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.

LE POÈTE DÉPOURVU





LE POÈTE DÉPOURVU





Pauvre poète

S’abreuvait de mots dorés

Pour dorer la pilule

À ses mécènes

Afin d’obtenir quelques subsides

D’eux





« Poète dépourvu »*

En rajoutait un peu

Avec l’humour rentré

D’un affamé

Qui « pauvre ment »





Mais poète aussi

sans le dire expressément

appliquait les canons épistolaires

mis à jour par Érasme





D’abord tu flattes

et persuades ton donateur

que c’est la personne idoine

qui correspond à ta requête





Ensuite tu formules

mezza voce

ta demande





Enfin tu remercies

ornant tes rimes

« par science et art gent »





Pauline Dorio reprenant

« les épîtres de requête

de Roger de Collerye

« poète dépourvu »

en fait la démonstration





un article paru dans un ouvrage collectif

franco-allemand ayant ce titre

qui est au cœur de notre présent :

Vulnerabilität/ La vulnérabilité)





L’ÉCRITURE THÉRAPIE





L’ÉCRITURE THÉRAPIE

Pour toi, ce silence et l’infini d’une parole, d’une douleur toujours renouvelée, que grâce te soit rendue.

Max Alhau (Ici)

La mort de Josiane D.

a brisé le miroir  de Jean Jacques

Il l’écrit crûment

comme fragment d’un double

écartelé et décentré

Mais l’écrire n’est pas nostalgie

vers un bonheur du passé

L’écrire, et oser le faire lire,

manifeste la persévérance de nos voix

entre deux silences :

la voix de l’absent.e perdu.e

et celle des derniers lecteurs

qui vivent encore le rituel de poésie

entre « heureux mortels » qui font appel

aux Muses disparues

et à l’écriture d’un poème

qui par le travail sur la langue agit

Ainsi Je et Nous s’interpellent

Ce qui donne sens à l’écrit





Nous embrassons et ceux qui ont été

et ceux qui ne sont point encore,

non que les absents.

Michel de Montaigne