L’ART DE MOURIR





La mort n’y mord

Clément Marot





Tout ce mélange

des funérailles anciennes

et des convois mortuaires

interdits





Avril

les fils se rompent

à l’hôpital des peines

L’art de mourir des littératures

s’est mué en mort artificielle





Les morts ne sont plus là

pour dire leur parole dernière…





Même parlant sans rien dire

ou râlant encore un peu

dans le style pathétique

et futile

de leur souffle dernier


	

Y A PAS PHOTO

ce dimanche 5 avril
16h04

Un dimanche particulier alors que la plupart des gens ont ordre de rester chez eux Chez moi – c’était chez nous avant que le cancer détruise ma moitié – Chez nous tout à côté tout au-dessus il y a un bois et des chemins dans la garrigue Une géographie secrète et prolixe pour les promeneurs solitaires ou à deux Sur la photo on voit une zone sans arbres Ils ont brûlé l’été 1996 juste après notre installation dans la bastide de nos rêves J’écris assis sur un petit pin horizontal déraciné Un petit air frais agréable Sur l’ordinateur en bas j’ai laissé en plan le début d’une lettre dans laquelle j’évoque mon correspondant de la nuit Il écrivait à sa Sophie à lui depuis un lieu fréquenté par les créateurs de littérature de l’époque C’était en 1760  et l’endroit s’appelait La Chevrette Ce long sms je le dédie à Josiane Dorio et à Denis Diderot que je réunis ici

LA CHANSON D’UN DIMANCHE SANS GUINGUETTES SANS PAVÉS SANS BISTROTS

Voix paroles et musique
JJ Dorio
accompagnement Philippe Bruguière
enregistrement studio du Petit Mas Martigues
juillet 2019

La chanson des guinguettes du pavé des bistrots

Les goualantes le guinche le dimanch’ des prolos

Un brin de nostalgie des rengain’s oubliées

36 et 68 La plage sous les pavés





La chanson des cités le rap laisse bêton

I am l’encre et le sang la misère la baston

Une dos’ d’Utopie dans ton cocktail maison

Petit frère faut changer la haine en illusion





La chanson éternelle sur les lèvres des vivants

La douceur des voyelles la douleur des mourants

La chanson des guinguettes du pavé des bistrots

36 et 68 Música maestro





20 chansons nouvelles
pour obtenir le cd :
doriojeanjacques@gmail.com

POÈMES DE COVID EN RÉA POÉTIQUE





SILLONS TRISYLLABIQUES

année 2020

dite des devins

indication :

lire des yeux puis de la voix

ces textes écrits en trisyllabes

le lecteur idéal laisse le texte capter

tout son présent     

n’oubliez pas les diérèses.





Janvier

PAROLES SANS ROMANCES TRACÉES À LA POINTE FINE

il ne sert  à rien  d’expliquer  Dorio  dans le texte  Dorio  a’xist’pas  mais il trace  des sillons  en passant une araire  pointe fine  va et vient  de paroles  sans romances  il ne sert  à rien  sur la page  des fragments qui se perdent  roue errante  d’une main  du tressage  sans dressage la sibylle  peut bien rire les idylles  et rondeaux  s’en aller  je persiste  et je signe





Février

SOLITAIRES SOLIDAIRES DES RAISONS ET DES RIMES

février  découpé  en vingt neuf  vers sans rimes  à jets d’encre  sur la page  puis clavier  pour l’écran février  cette année  apporta corona  un virus  une grippe  pas d’Espagne  mais de Chine  tchin tchin tchin qu’opposer  à la mort  si ce n’est  la richesse  d’exister  avec et pour  nos semblables  solitaires  solidaires des raisons  et des rimes chuchotées





Mars

POÈMES DE COVID EN RÉA POÉTIQUE

tout oublier phrases cul par-dessus gentillesse tout ouvrir à ton bic laissé seul sur la page mon hôtesse tout futur enjambant passerelle au-dessus de l’abîme tout connaître du regard des mourant.e.s à la douane du grand soir tout écrire en réa poétique des poèmes de covid des patient.e.s aimables qui sourient avant de trépasser tout ainsi qui passa

AVANT LE DÉLUGE

 

Je tourne les pages d’avant le déluge.

Coup de dés, féeries, giboulées et cascades de phrases embarquées sur le bac traversant le Grand Rhône.

Nous nous aimions sur le pont et les tables de longévité, sur les scènes de Billie Holiday où les morts à la fin se relèvent.

Je tourne les pages des longues patiences, sur la mer des Martigues où de Staël pose ses petites barques pareilles à des cercueils.

Avant le déluge, l’arche de l’enfance de l’Art brûlant à petit feu, nos pâquerettes ornant toute l’année la pelouse des falaises de La Couronne aux Tamaris.

Et le cri des corbeaux en berne  sur la mer jaune des blés :

« Et savez-vous au juste ce qu’est la cruauté ? »*

* Antonin Artaud