À ton âge quand même
Comment peux-tu encor
Te laisser porter par l'allure poétique ?
L'âge n'y est pour rien
Moi Je n'existe guère
Poèmes viennent à leur guise
Chaotiques incertains
Je te laisse conclure
Mon cher contradicteur
impromptu devant la mer
Fos 15 09 19
Author Archives: Jean Jacques Dorio
OBSTINÉ
OBSTINÉ
Obstiné ? Obstiné ! Rigoureux ? Si on veut.
Plutôt dans le couple en tension, passion des mots et, après coup, essai de précision.
Obstiné. Dans le va-et-vient des rencontres qui remettent tout en question,
les conteurs à zéro.
Obstiné. Dans ces inscriptions manuscrites qui couvrent mille de mes carnets,
écrits aux Halles de Paris, au marché de Cuzco, dans le métro de New York,
le tube londonien, devant un lac des Hautes Pyrénées,
dans la case de mes hôtes amérindiens,
etc
Obstiné. Tout ça, au fur et à mesure, ayant tendance à s’oublier.
Passage aux oubliettes, dans les impasses du labyrinthe des causes perdues.
Ostinato Rigore.
Laissant la ricorée de l’âme à ceux qui n’aiment ni le fort de café,
Ni le for intérieur.
Le poème véritable résiste à l’indifférence comme à la louange.
Liberté sur parole : libertad bajo palabra, comme écrivait Octavio Paz.
(manuscrit filtre à café)

fond : encres de chine, acrylique, collages végétaux.
50×70 cm
titre : cien años de soledad
jj dorio
POURQUOI J’ÉCRIS DES POÈMES
POURQUOI J’ÉCRIS DES POÈMES
Je ne me suis jamais posé la question.
Oui, mais voilà, c’est venu sous la plume.
Aussi, face à ce qui se dérobe,*
Je vais tâcher, poussant le paradoxe,
De ne pas (me) dérober.
J’écris des poèmes parce que
Ça m’amuse
Bien que le jeu me prenne tout entier
Et sérieusement
Durant son exécution
J’écris des poèmes parce que
C’est – ne riez pas – une vocation.
À mesure que la poésie disparaît de nos sociétés,
C’est, à rebours, porter haut son jeu incantatoire
Et son univers quotidien
Fragile et capricieux,
Qui importe.
J’écris des poèmes parce que
C’est toujours une promesse de découvrir
Une part cachée de soi
Qui sort d’une formule inattendue,
D'une étincelle qui couvait
Sous la cendre,
Le livre de sable**
D'un dictionnaire infini.
J’écris des poèmes parce que
Je m’abreuve et m’enivre
Des milliers de poèmes
Brinquebalant dans le grand véhicule
Où s’accouplent ballades et chansons au ton bref
J’écris des poèmes parce que
Je ne veux pas mourir***
Je souffle et souffre
La mort la vie
L’envers l’endroit
Qui se concilient ou se déchirent
En silence
J’écris des poèmes parce que
J’aime enjamber l’aurore
Après une nuit consacrée à l’invisible
Confondant le commencement et la fin
D’une voix qui se décline sans personne****
Et avec chacun
*Henri Michaux ** Borges ***
Anne Sylvestre : chanson : Écrire pour ne pas mourir
**** Jean Tardieu
nb : pour les enfants et pour les raffinés
ce poème dans cette version non définitive
a été écrit à la main sans ratures
commencé dans la nuit du 12 septembre
(au lit)
continué l'après-midi assis sur le mur grec de Saint Blaise
(commune de Saint Mitre les Remparts)
parachevé ( après de longues hésitations
marquées par des ajouts et suppressions )
sur le clavier de l'ordinateur
ce vendredi 13 septembre
à cinq heures du matin
AMUSEMENT DES MUSES
AMUSEMENT DES MUSES
Je vis je meurs je me brûle et me noie
Louise Labé 1555
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !
Baudelaire Petits poèmes en prose 1869
Amusement des Muses
Qui menaient par le nez
Les poëtes anciens
Elles les faisaient égaux des dieux,
Bouches d'or volubiles,
Enthousiastes, inspirés,
La plume reine cédant
L’initiative aux mots
Un petit feu courait qui déliait leur langue
Ou la rendait muette,
Car nos filles divines
Soufflaient le chaud et le froid.
Alors tout à sa lyre l'heureux mortel chantait
Le clair aveuglement, le frisson poétique,
Les rires et les pleurs,
Et ses rimes d'usage
Pour l'amour des nuages !
ÉPERVIER SORTANT DE L’ŒIL DU SOLEIL

manuscrit sur papier filtre à café
fond : toile sur acrylique 50x60cm
détail
titre : Ne bouge pas Regarde l'invisible Qui bouge en toi
JJ Dorio
LE TERRITOIRE DES BÊTES
Quand je joue avec ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi
plus que je ne fais d’elle.
Michel de Montaigne
Je suis Épervier sortant de l’œil du soleil
Je suis Scarabée qui mange la pierre tombale de ma belle évanouie
Je suis Colibri qui invente le chemin qui recule vers le futur
Je suis les bœufs agacés par les taons de cinq heures du soir
Mais que protège sur le museau le tissu blanc fait au crochet
Par ma mère l’Oie
Je suis le grand Renne dont la tête ressemble à un mobile de Calder
Je suis le Caïman d’où sort l’arc-en-ciel
Je suis Araignée qui dort sous l’oreiller des Scribes qui mâchent le bétel
Je suis le Cheval sur le dos du taureau de l’arène sanglante
Je suis Escargot qui enfante les jeunes filles de bonne humeur
Une fleur d’amour à leurs lèvres