UNE PAGE BLANCHE DE LA SÉRIE NOIRE

Bon ça a été du sport l’écriture de ce texte D’abord il m’a fallu retrouver la petite clef qui ouvrait la valise où il était caché Je me suis souvenu après d’intenses cogitations que la clé en question était entre deux pages du Bonheur des ogres le premier livre publié par Pennacchioni alias Daniel Pennac dans l’inquiétante collection de la Série noire Ensuite une fois ouverte ce n’est pas un texte tout fait qui est apparu mais des tas de mots en sont sortis Tout un fatras de l’un dans l’autre des mots-valise et des mots-miroir qu’il m’a fallu récupérer au petit bonheur la chance : des clones de Satie et de ses gymnopédistes, des gnocchis et des gnosiennes, des cordes de pluie et des cordes de piano pincées par des épingles à nourrice, de la peinture au ripolin des deux célèbres Pica – le sot et le bia- des dés à coudre le temps perdu, des partitions exécutées aux lisières du silence et des lecteurs indifférents ou excités comme des puces sautant sur chaque page de cette série donnée à lire blanc sur noir ici même sur le blog mythique de poésie mode d’emploi

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Martigues 27 mai 2025 02.00

L’ÉTRANGE VOIX DES POÉSIES

Je dis j’écris je lis ce que n’est pas l’ identité ce que n’est pas son imaginaire unité

Je dis à ma carte d’identité que j’aimerais voir inscrit à la ligne particularité : cherche inlassablement l’or du temps

J’écris à mes amis Michel disparus comme on parle au papier pour l’écrivain des Essais et comme on parle aux sculptures thérapeutiques muchu taillées dans du balsa la tête en bas dans la partie du morceau de bois la plus proche des racines pour le second mon ami ethnologue

Je lis ailleurs que bien que nous prétendions faire preuve d’originalité nous sommes une création de la pensée des autres

Je dis j’écris face à ce qui se dérobe je maintiens cette voix étrange des poésies pour celle qui depuis le 25 mai 2014 a perdu la voie

Je lui chante mezzo voce la chanson éternelle des feuilles mortes tu vois je ne t’ai pas oubliée

ONZE ANS APRÈS

à mes deux filles

Un soir du 25 mai, comme aujourd’hui,
fête des mères —
un soir, il y a onze longues années,
tu nous as donné ton soupir dernier.

Exactement là,
dans notre chambre
où je prose ces maudits vers,

avec toi
et ton souffle —
braise des derniers feux.

Et tu n’eus pas de dernier mot,
comme on en invente dans la littérature.

Plus tard,
lorsque trois ans furent écoulés,
j’ai publié Poèmes à ma morte
pour ta mémoire,
toi qui nous as tant donné.

Et maintenant
je ne sais plus comment dire.

Le fleuve du temps long
a calmé nos douleurs,

mais non notre désir
de porter en nous
les rêves qui t’habitaient —

ces jours d’azur
et le soleil
de l’enfance.

TOUT VIENT

Tout vient se chevaucher les armes et les larmes les amers les amours

Je reprends des écritures que j’avais oubliées Je les lis – c’est peu de le dire- comme si elles étaient d’un autre que moi

Ces lignes cependant dont j’ignore le hasard qui me les fit écrire sont toutes passées par ma main qui les a tracées noir sur blanc

Ce sont les forces et les faiblesses de ce que j’écris sans cesse Ce qui m’échappe se dérobe ou ce qui vient après forces ralenties

Écritures appliquées ou celle d’un chat qui passe cette nuit sur la pelouse de mon jardin imparfait éclairée par la lune en son dernier croissant

Martigues 24 mai 2025

LES VOYAGES FORMENT LA VIEILLESSE

Après ce titre cavalier 
je ne sais qu'ajouter
Monter sur mon petit cheval
Qui se hasarde sur le chemin
de vers boiteux ?
Évoquer les rencontres en avion
de vétérans qui jadis naguère
après le grand amusement de Mai
furent coopérants ?
Ou bien même laisser parler
blabla babel babil ?
Laisser faire sa belle folie
Ce sera tout pour cette nuit

Martigues 23 mai 2025