AUJOURD’HUI

Aujourd'hui 
Ce mot posé sur une feuille blanche
Et ma main remuant les cendres de l’Hier
À la recherche de sa dernière braise
Sur laquelle souffler


Aujourd’hui sans hésitation
Commençant pas à pas
Le chemin inconnu de ce poème
Que je découvre en l’écrivant

Plus lentement que n’allait Prévert
à l’enterrement de ses feuilles mortes

Ce Jour d’Hui
Vendredi 23 février
Deux mille vingt-quatre

TRAVAIL EN COURS

LE LIVRE D’UNE VIE D’ÉCRITURE
COMME UNE AUTOBIOGRAPHIE
EN MILLE ET UN FRAGMENTS

COMME UNE AUTOBIOGRAPHIE J’ai écrit par petites touches une sorte d’autoportrait kaléidoscopique marqué par la fragmentation et l’inachèvement, le tout dans une certaine continuité, celle d’une vie où l’écriture a pris une place sans doute démesurée. JJD
*
OU BIEN OU BIEN J’ai écrit au lit ce livre des mille et une nuits, après la mort si injuste de ma Shéhérazade, pressé par la nécessité de laisser place à l’histoire d’une vie ordinaire que l’écriture parfois contrarie et d’autres fois irradie. JJD
*
ET ENFIN J’ai écrit ces mille et un fragments pour essayer de m’éloigner de celui que je connais trop bien…comme si je l’avais fait. JJD

*
L’ÉCRIT ÇA ARRIVE COMME LE VENT, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. Marguerite Duras
*
UN LIVRE N’EST PAS UNE VIE, mais au moins laisserai-je derrière moi, dans un territoire, d’un atelier à l’autre, un sillage multiple, zigzaguant, que le temps ne manquera pas d’effacer, quand il lui plaira. Mais qu’il attende un peu. Je travaille encore. Jean-Claude Carrière Ateliers

*

LA VIE RESSEMBLE PARFOIS À UN PUZZLE DE MILLE PIÈCES dont il manquerait des morceaux sans qu’on sache exactement lesquels. Olivier Chantraine Un élément perturbateur
*

QUI SOMMES-NOUS ? qu’est chacun de nous, sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles. Italo Calvino
*
LE TRAVAIL DU TEMPS est ce qui fait qu’on s’absente de soi
Jusqu’à l’ultime absence
Il est altération
Il est l’Autre qui s’insinue dans la place du Même
François Hartog

*

Sous l’histoire, la mémoire et l’oubli
Sous la mémoire et l’oubli, la vie,
Mais écrire la vie est une autre histoire,
Inachèvement.

Paul Ricœur



LA VIE BONNE





Si l’Esprit veut pouvoir comprendre,
nulle partie du Corps ne doit souffrir de malnutrition,
ni non plus de suralimentation.

Bernard Pautrat
(Ethica sexualis
Spinoza et l’amour)


Si l’on ne sait quoi faire
Autant lire et relire Spinoza
(Annoté ici par son traducteur
entre Corps et Esprit)

Autant faire le compte
de nos désirs immodérés :

la gloriole (ambitio)
la mangeaille (luxuria)
la bouteille (ebrietas)
et l’argent (avaritia)


Avec en sus le mystère de la libido
que notre professeur traduit par « lubricité »


À cet instant un « gabian »1 au vol lourd
passe devant ma fenêtre ouverte sur la nuit
et se met à goaler :

La vie bonne ! la vie bonne !

Oui se dit-on
Elle est secouée de toute part
La vie bonne

Et telle cette poésie contrariée
Elle n’est jamais donnée


1 Le nom du goéland en Provence

LES VRAIS PARADIS

Je viens de relire deux pages écrites au crayon dans le tgv qui nous amenait d’Aix en Provence à Paris 
Il y a des images vues du train
Il y a des allusions aux livres que nous lisions
Toi le dernier Vargas avec le personnage d’Adamsberg dont tu raffolais
Moi des nouvelles tournant autour de bistrots parisiens
De temps en temps ai-je écrit nous joignons nos mains
En recopiant cet extrait je relie maintenant ces instants vécus à la minute présente :
le silence d’une chambre
l’impossibilité de revivre ces instants précieux avec toi qui as rejoint ta nuit définitive
et cette phrase proustienne résumant le tout
mais que je tords un peu :
Les vrais paradis sont les paradis qu’on a vécus / perdus.

Martigues 7 février 2024