Je compte encor mes syllabes Je compte sur mes doigts sept Sept coqs et sept poules grises Ça fait quatorze bestioles Sur un tas de fumier chaud Chaud chaud les marrons glacés L’alcool et les rimes folles Les cheveux noirs et qui frisent Moby Dick le cétacé Baleine blanche narval Dans le polar de Melville Le défi du vieil Achab La mort du dormeur du val La fin des heptasyllabes
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JE PENSE mais il y a peut-être erreur sur la personne
JE PENSE, mais il y a peut-être erreur sur la personne Je pense donc je suis disait l’autre mais il ne disait pas (du moins je le pense) ce que moi je pense sur le Sujet Celui qui dit Je pense, affirme un autre penseur, « fond en un seul acte le dire et le faire » Je pense en effet qu’il faut toujours avoir deux faires au feu : le faire semblant et le faire pour de vrai Je pense c’est, selon l’étymologie, je pèse et je soupèse Je pèse le côté un peu factice de poursuivre ces variations sur le verbe penser à la première personne du présent de l’indicatif En y pensant je suis (du verbe être) cette pensée idéale en massif et en jardinière (j’invite mes lectrices-lecteurs à préférer, pour une belle floraison, un emplacement ensoleillé surtout dans l’hiver de la pensée que nous traversons) « Je pense donc j’essuie », comme l’écrivait mon professeur de philosophie après avoir essuyé la formule cartésienne qu’il avait écrite comme matière à penser à la craie blanche sur le tableau noir d’une salle de l’École Normale d’instituteurs d’Auch (Gers) saison 1963-64 Je pense aux petites fiches où j’ai écrit des milliers de poèmes issus de citations Je pense à mes années d’apprentissage faites de bric et de broc sans maître penseur mais avec les senteurs de ma verte campagne où je suis né Je pense qu’ainsi j’ai échappé à la meute des penseurs doctrinaires désignés par des substantifs se terminant par -iste (en faire la liste requerrait un cahier d’écolier en entier) Je pense que si j’ai été un bon élève ( en rien exceptionnel) je le dois au désir insensé de mes père et mère, les derniers des paysans, se nourrissant presque exclusivement des produits de leur petite ferme, qui rêvaient que j’embrasse la profession d’instituteur, boursier tout au long de mes études et enfin entrant en classe de seconde à la (petite) école normale comme élève-maître entrant pour mes 16 ans dans la carrière Je pense que contrairement à la fille d’un boutiquier normand qui vient d’accéder au prix Nobel, je n’en tire aucune fierté, ni, encore moins, rage de « transfuge » Je pense que provisoirement il vaut mieux en rester là, posant mon stylo et reprenant, pour oublier ma trop longue anaphore, un de mes livres actuels que l’on dit de chevet (partie du lit où l’on pose son chef, sa tête, sa caboche) Elle prend son arc turquois Recoiffe sa tresse blonde Puis s’endort au bruit de l’onde Pierre de Ronsard
MEILLEURS VŒUX du boudan à l’an nouveau
C’est comme la vie trop vite finie
On n’est jamais sûr d’avoir tout compris
Anne Sylvestre (sa dernière chanson)
C’est comme la mort qui a toujours tort On la moque on la mord avec sa bouche d’ombre Noire comme ce boudan Bout d’un monde en sang
On n’est jamais sûr de la bonne rime De la Roue qui tourne sa folle Fortune Mais personne ne nous empêchera Contre Douleur d’ordonner pour le Nouvel an Grâce et Douceur

hypnographies du bout de l’an le boudan 2022
Sans penser à rien Sans modèle sans repentirs Sans portes et sans soupirs * J’ai laissé aller ma main traçant ses signes d’un pinceau plus ou moins habile Mais pour le moins ce sont calligraphies uniques Comme mes vœux pour toi pour vous : la bonne année 2023, du temps pour vivre et pour tisser sans fin nos fragiles mais précieuses amitiés
JJD
*Variations pour une porte et un soupir Pierre Henry 1963
PIQUER ET REPIQUER
Je pique et je repique
Dans le tissu des jours
Le fil est l’alphabet
Marqué du sceau des mers
Des ronces et des bêtes
Piqué de hiéroglyphes
Et de poèmes à contre-jour
Je pique et repique
Un soleil Une tête
Le masque d’un visage
A distance des choses
A distance des muses
L’audace des figures
Qui tissent leur patchwork

hypnographies pour Alice p 24 sur 66
L’ÉCRITURE C’EST COMME LA VIE
C’est comme la vie trop vite finie
On n’est jamais sûr d’avoir tout compris
Anne Sylvestre Manèges (sa chanson ultime)
L’ÉCRITURE patiente, obstinée, minutieuse, décomplexée, sensible, intellectualisée, défiant la page vierge et les choses qui résistent, excluant le « moi » encombrant de l’auteur.e, délirante, attentive au rapport entre le signifié et le signifiant, agitée, assise dans l’oubli, euphorique, dysphorique, traduite d’une langue inconnue, colorée, dégrisée, phénoménologique, ultra-sensible, jouissive, illusoire, surréaliste, avers et revers de notre rapport au monde. La seule chance de savoir ce que tu vois, ce que tu entends, ce que tu touches, ce que tu pressens, ce que tu recherches, ce que tu sais, ce que tu crois savoir, ce que tu comprends, ce que tu ne comprends pas…c’est en l’écrivant.

hypnographie pour Alice détail page 3