AU LECTEUR Confidences d’un poète petit vieux Je suis un petit vieux qui a cent cinquante ans Employant certains mots que peu de gens comprennent La lésine, les helminthes et les lices. J’ai été ce qu’autrefois on appelait un poète Fumant fier son houka Offrant à ses lecteurs Un pot de fleurs malignes Pour faire passer l’Ennui Ce monstre de tout temps Mes lignes en sont témoin Dont voici la première : La sottise, l’erreur, le péché, la lésine… Avec deux fidèles et stimulants lecteurs qui ont lu au moment où il fut « posté » pour la première fois ce poème sur le blog poésie mode d’emploi : Parle encore Charles, ô, lecteur ! Michel Chalandon 24 août 2001à 6h42 J’inverse un mot de Marie-Paule Berranger que je crois qui te va bien, compadre: « Insaisissable comme la libellule, la poésie montre le chemin de la liberté » Jorge Castro 24 août 2011 à 11h 19
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ÉCRIRE APAISE
Écrire apaise. Écrire accompagne nos fantasmes et nos fantômes. Écrire contrairement à parler -ce qui est dit est dit- autorise à la fin de la page à déchirer le mal écrit. Écrire désarçonne. Écrire nous force à chercher notre assiette. Écrire nous forme. Écrire un roman (de Renart) se fit dans la jubilation du désordre. Écrire c’est toujours lire ailleurs si j’y suis. Écrire c’est maille à partir avec soi-même comme un autre. Écrire c’est faire une enquête de terrain sur l’organisation sociale des peuples sans écriture. Écrire c’est trobar leu-chanter clair et trobar clus– pour les initiés. Écrire c’est chaque nuit en résidence non surveillée dans son lit. Écrire c’est sans écrire en marchant sur des chemins de fortune écoutant des conversations diffusées sur France Culture en podcasts. Écrire c’est la mère des batailles de la langue toujours toujours recommencée. Écrire c’est cette présence qui nous a fait oublier chemin faisant que l’on écrivait.
TEL UN ESQUIF
J’ai envie de m’écrire un petit poème un petit proème sans prolégomène qui mène l’hourloupe des mots à la baguette mais sans mesure ni démesure Un petit poème entraînant tropes et troupeaux à la fontaine Bellerie des amis du seizième Étienne de la Boétie Jean Antoine de Baïf Olivier de Magny et tutti quanti Toutefois point n’êtes obligés de les connaître et aucune leçon ne vous ferai Juste ce simple poème petit chétif Qui vogue à présent sur ma page Au hasard à l’estime Tel un esquif
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DANS LE SOLEIL DE RESSEMBLANCE
Il voit les soleils se coucher
dans le soleil de ressemblance
René Nelli
Je mange à petit feu le dictionnaire rare
Les lignes manuscrites de quatre en quatre vers
Impeccables pour le rythme le compte des « e » muets
Le dictionnaire rare des fleurs en leur courtil
Du torrent désentravé des prisons abracadabrantes*
Sous le lyrisme affirmé les cycles naturels
Les images la respiration verbale
L’amour métaphysique se heurte au néant
On voudrait l’oublier s’interdire ces grands noms
Depuis longtemps brisés par les modes éditoriales
Mais maladroitement nous sommes entraînés
La main court sur la feuille
Grattant le palimpseste insomniaque
Qui nous ressemble
*René Nelli (La vie que s’interdit la vie)
Collections manuscrits Encres Vives 1969

JE ME PERDS DANS MA PAGE
JE ME PERDS DANS LA PAGE des partis pris de Ponge de l’huître au gosier de nacre et de son obsession pour la tiare bâtarde Je me perds dans Michaux Cloué au lit par une méchante fracture me voilà inventant toute une cavalerie qui passe après la bataille Je me perds dans l’ange sombre de la Melancholia d’Albert Dürer mélas : noir kholè : bile Obscurités non obscures Je me perds dans l’éternité retrouvée la mer allée avec le soleil le pavé disjoint de la cour de l’hôtel de Guermantes Je me perds pour mieux me retrouver dans les pages de Ponge faisant face avec Michaux à ce qui se dérobe le soleil noir de la mélancolie l’éternité de Rimbaud la vocation révélée au narrateur de la Recherche

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