Quand le ciel est trop lourd La peine trop profonde Quand le fumier déversé par les news Emplit de puanteur les écrans et les ondes Parmi les chacals, les panthères, les lyces, Dans la ménagerie infâme de leurs vices 1 À l’écart Je fais silence et j’oublie mon blues Je marche dans les bois Je longe la plage où l’hiver Nul ne bronze Et plus tard Le cœur apaisé Je relis les yeux fermés Les poèmes sans âge Lyriques et anti-lyriques Connus et inconnus Avec ou sans virgules Je relis des yeux, de la voix, Les fleurs du mal, la chanson du mal-aimé, J’embarque dans le bateau livre La barque pleine à ras bord de mes livres dédicacés Par celles et ceux qui font encor marcher de nos jours La machine poétique Et l’émotion créée Par l’espèce fabulatrice 2 Quand le ciel est trop lourd Mon esprit se déleste Flotte et chavire Dans les mémoires vives Ô mes navires ! 1 Baudelaire 2 Nancy Huston
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NUIT ET BROUILLARD
Images imaginons Encore et toujours Nuit et brouillard Revisités Qui de nous veille de cet étrange observatoire, Pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? 1 Image imaginons L’émotion du réalisateur Alain Resnais Les pieds dans les derniers ossements (dix ans après) Du camp d’Auschwitz-Birkenau La voix du narrateur Michel Bouquet Qui ne voulut pas que son nom apparaisse au générique Par respect pour les millions de morts Hantant le paysage des Camps Images imaginons La bête immonde antisémite Qui erre encore aujourd’hui La gueule pleine du sang des victimes Images imaginons Écrire c’est rester sur le qui-vive À chaque jour suffit sa nuit J’avais l’histoire à raconter vivant Raconte-moi veux-tu si je suis (toujours dans) ton histoire 1 1 Jean Cayrol (qui fut déporté) auteur du texte du film Nuit et brouillard 1956
ABRACADABRA
Longtemps je me suis couché…dans le temps. Marcel Proust (incipit et derniers mots à la recherche du temps perdu) Je souffle sur le premier jour Je murmure tout bas Ce que personne n’entend Sur cette page Cette plage qui risque D’être envahie par la marée noire De l’an qui vient Je souffle sur les cendres De l’an passé J’ai essayé d’en prendre soin J’en ai gardé dans le secret Quelques vibrations D’une langue emmiellée Par le vin le vent la vie La source des textes précieux Auxquels je pose chemin faisant Des questions enfantines La Plupart du Temps il est vrai Proses ou poèmes ne répondent pas Mais aujourd’hui premier jour C’est magique Il semble que c’est à moi-même Que le livre parle et répond Abracadabra Comprenne qui pourra VIATIQUE Premier jour Beréshit « En premier » Je clos ainsi curieusement Mon mémento Agenda commencé il y a un an déjà Par ces mots : L’année sera belle Ou ne sera pas Tant bien que mal Elle a été… Celui qui a été ne peut plus désormais avoir été Désormais ce fait mystérieux et profondément obscur D’avoir été Est son viatique Pour l’éternité Vladimir Jankélévitch
PUTAIN D’ANNÉE !
Le jour dernier de l’année s’est pointé Ça lui fait toujours kèkchose de disparaître L’instant fatal disait Queneau Le dernier trou dans son gruyère Putain d’année où les gens crèvent Piqués par la mouche Covid Toux sueurs poumons en berne Le cerveau peu à peu se vide Les cons joyeux braient à tue-tête Le vaccin tue Macron assassin Au pays de Pasteur asteur 118311 paroissiens n’ont plus d’pieds Ni de têtes Faut boucler me dit le poète de Chêne et Chien Les beaux jours reviendront Même si c’est à perpète Demain c’est l’an nouveau Oublie toutes tes misères Et vogue la galère !
CHANTS D’HIVER FIN D’ANNÉE
Trois poèmes embrouillés Chants d’hiver Fin de l’année Ne leur jetez pas d’anathèmes Faites plutôt grandir leurs thèmes : Ne pas vieillir Ne pas haïr Et toujours à contre-courant Dire ses quatre vérités 1 Comme pour s’empêcher de vieillir Troubadour chantait à sa dame Amour Mais par crainte de se faire occire Le nom de sa dona restait secret (C’était comme une énigme Proche du chant des Sirènes Qui perdait les navigateurs Exceptés ceux dont les oreilles Sentaient la cire) Comme pour m’empêcher de vieillir Je prose ces vers maladroits Pour celle qui me fit connaître la Joie Et qui cent fois hélas N’est plus 2 Même Juive ou Sarrazine Un vers traduit de la langue d’oc Dit bien que le désir Transcende les préjugés Ab atraich d’amor doussana Par l’attrait de douce amour La plume d’un troubadour Élève la voix vers la beauté À contre-courant des malédictions Sources des guerres de religions 3 Chant d’amour pareil au cœur d’un jeune enfant Qui attend pour s’endormir Le baiser de Maman Chant de mort La douleur sans espoir que nul ne peut conter Et toi ô cher Esprit Tu chantes l’un et l’autre Joie et Tristesse Tristesse et Joie