J’ai beau les retenir les mots m’échappent
Je connais leur danger leur manque de réalité
Mais je suis dans l’arène
Le dictionnaire est lâché
Je le cite et m’adonne à sa versatilité
J’ai beau les retenir les mots m’échappent
Vaniteux mesquins égocentriques
Intrigants facétieux
– Passez au large leur dis-je
Laissez-moi à ma guise robinsonner
Mais ils ne m’écoutent pas
Ils s’écoulent sans cesse
Fleuves intranquilles
Qui sortent de leur lit
Sans raisons et sans rimes
Ils passent d’un lieu à l’autre
D’un livre terminé à un livre recommencé
Jusqu’au jour –cette nuit –
Où les mots enfin reposent
au fond du sablier :
Y con eso quedo dicho todo !*
Voilà…tout est dit !
*derniers mots de Bartleby y compañia
Enrique Vila-Matas (2000)


