UNE FORME A PASSÉ

 
pour les enfants et pour les raffinés
comme disait monsieur Max
 
Je ne dors pas dit l’insomniaque qui tourne en rond
Tiens j’ai écrit un alexandrin dit Machin
Il entend le vent de mer qui fait la farandole
 
Je ne dors pas je ne dors pas je ne dors pas
Faudrait mon cher faire survenir autre chose
Faire l’original Pousser la porte absente
 
Une ancienne figure me souffle un lettré
Un autre en rajoute : plagiat anticipé !
Je laisse là mes vers bien trop alambiqués
 
Colloque sentimental d’une forme passée
 
 
 
 
 

POUR NE PAS DÉRANGER

 
Les vers sont un art puéril
La Motte (1672-1731)
 
Pour ne pas déranger
On murmure à voix basse
Dans la douceur d’Angers
Mais sans Regrets qui lassent
Comme l’écrivait Du Bellay
                     
Pour ne pas s’en mêler
On détourne la tête
Des riches qui paradent
Et se font l’accolade
Avant de s’étriper
                               
Pour faire ces faux vers
On recopie La Motte-Houdar
Les vers sont un art puéril
 
Il est temps de filer
Et dare dare !
 
                  
                            
 

HUMOUREUSEMENT





un
peu d’humour

beaucoup d’amour

de l’humour noir

des amours jaunes





un peu d’humour

de dérision

un requiem

d’accordéon





un peu d’humour

veilleur de nuit

dans la fabrique

des rêveries





un peu d’humour

tapis volant

dans les palais

du no man’s land





un peu d’humour

la voie est libre

les voix s’éclatent

dans les fous rires





un peu d’humour

taratata

pour les poètes

sans foi ni loi





un peu d’humour

dans les mantras

babil babel

et caetera





un peu d’humour

dans la nuit noire

tes pages blanches

ta bonne étoile





un peu d’humour

à l’encre vive

sous les pavés

des joyeux drilles





un peu d’humour

désespéré

dernière clope

du condamné





un peu d’humour

dans le miroir

les vieux nous rasent

les djeuns se poilent





un peu d’humour

de comédie

le fou du roi

joue de la lyre





un peu d’humour

de tragédie

rire éternel

du crâne vide*





*selon Paul Valéry

TERRITOIRES D’ÉCRITURES





À l’approche du poème, aurore et crépuscule redeviennent la nuit, le commencement et le bout de la nuit. Le poète y jette alors son filet, comme le pêcheur à la mer, afin de saisir tout ce qui évolue dans l’invisible, ces myriades d’êtres incolores, sans souffle et sans poids, qui peuplent le silence.

                                 Edmond Jabès (1912-1991)





J’ai un territoire, en apparence étroit, infime, invisible ; ma chambre, mon lit, cette carte où je prose ces quelques lignes, au milieu de chaque nuit, dans la plus extrême des solitudes.

J’ai un territoire concomitant, immense, impersonnel, en mouvement perpétuel du connu vers l’inconnu, où « un autre que moi » réside, se désaccorde à ses croyances en s’accordant à des auteur.e.s de toutes disciplines, qui instaurent d’autres distances à des connaissances à renouveler, une intensité et des rythmes qui opèrent mues et métamorphoses.

Ce que j’essaie de dire là, ne peut passer que par une écriture, hésitante, ralentie, sans prétention, dont les motifs tissés ont besoin au matin de reprises sur le clavier azertyuiop, de contrepoints…en suspens.

(texte en cours) nuit et matin du 21/11/2019





cette carte où je prose ces quelques lignes

photographiée sur fond d’une toile peinte

titre : l’horloge sidérale

Dorio

24/08/2016