POÈMES RESTÉS AU SECRET


Sans doute la persévérance d’une voix est-elle l’unique vraie justification de la poésie.
Tout ce que la poésie peut faire, et seulement quand les étoiles sont bienveillantes,
c’est prêter des mots à nos questions, se faire l’écho de nos souffrances,
nous aider à nous souvenir des morts, mettre un nom sur les œuvres du mal,
nous apprendre à réfléchir aux actes de vengeance et de châtiment,
et aussi de bonté, même quand la beauté n’est plus là.

Alberto Manguel


les poèmes glissent dans le gouffre des nuits
les poèmes butent contre les portes des rêves inachevés
les poètes meurent dans un dernier mot resté au secret

les poèmes affrontent les fleuves intranquilles
les poèmes surgissent des voix chères qui se sont tues
les poètes se tuent à dire l’indicible

les poèmes travaillent le corps perdu des métaphores
les poèmes césurent riment et apocopent
les poètes balbutient un dernier vers de hasard ou d’azur
Ajout

Pour y voir plus clair tu fermes les yeux
Pour chanter plus juste
Pour le vers sublime de Verlaine :
l’inflexion des voix chères qui se sont tues
Pour peindre le passage
Et pour parler au papier
Comme écrivait en sa tour de Montaigne

Le prince des Essais

PETITS RIENS

Pour rien
Une forme
Qui ne rime
à rien

En chemin
Vers la tombe
D’Antonio Machado
À Collioure

Caminante
No hay camino
El camino se hace
Al andar

Sur ce chemin
Qui n’existe
Qu’en le faisant
(le fatiguant)

En chemin
Assis devant le fleuve
Qui passe
Et ne s’arrête pas

Faisant ces vers
De mémoire
estos días azules
y este sol de la infancia

ces jours d'azur
et ce soleil de l'enfance

dernier vers écrit par Antonio Machado à Collioure


ce lundi 26 février 2024

ROBERT DESNOS CORPS ET ESPRIT

 

Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.
Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.

Robert Desnos

Quand je suis né Desnos mourait
Partait crevant comme un chien
Dans un camp pourri de Tchéquie
Coulé s’en allant de la tripe

Ô l’infâme clique raciste
À la tête de l’État français
Un Pétain un Laval un Brinon
Qui livra à la racaille Desnos


Robert l’ami ton corps est parti
Mais ton Esprit survit
Qui haïssait la guerre
Et qui tant aimait
Offrir aux hommes libres
Amour et Poésie

AUJOURD’HUI

Aujourd'hui 
Ce mot posé sur une feuille blanche
Et ma main remuant les cendres de l’Hier
À la recherche de sa dernière braise
Sur laquelle souffler


Aujourd’hui sans hésitation
Commençant pas à pas
Le chemin inconnu de ce poème
Que je découvre en l’écrivant

Plus lentement que n’allait Prévert
à l’enterrement de ses feuilles mortes

Ce Jour d’Hui
Vendredi 23 février
Deux mille vingt-quatre

PLAISIR D’ÉCRIRE SIMPLEMENT

Ce plaisir là écrire il ne vient pas souvent

Souvent ce sont des hésitations des à quoi bon des silences

Des silences accompagnant les pousses et les sèves

Les sèves où l’on interroge les signes

Les signes et les souffles qui nous renouvellent

20 février 2024