UN LECTEUR ÉCRIVANT

(ce n’est qu’un brouillon qui vient d’être improvisé)

Il lit un livre nouveau et de temps en temps en passe à l’écriture pour garnir ses propres pages

par exemple en prélevant une petite cellule du texte (roman, essai, poème) qu’il utilise comme bouillon de culture de sa propre écriture

comme on dit chez Michel que sais-je? qui suis-je? sont deux questions qui l’occupent des nuits entières mais qui restent en suspens

en effet quand il essaie plume à la main d’oser leur donner quelques éléments de réponse il attire chemin faisant beaucoup d’épines dans ses pieds

et cependant même s’il écrit comme un pied il a l’audace de poursuivre son chemin couci couça cahin-caha

(non il n’a pas écrit à sauts et à gambades)

UNE ÉCRITURE ENTRE DEUX SOMMES

J’écris à ma manière à l’écart cet art d’une fugue censée m’aider à porter le poids de mes vies précédentes J’écris ces textes en ligne comme personne tout en chantant sur le mode mineur J’écris ici comme si j’étais ailleurs J’écris de mémoire et d’oubli J’écris entre deux sommes cette somme aléatoire J’écris à l’œil et au doigt J’écris pour échapper à la terreur des libraires qui entassent mois après mois d’éphémères nouveautés destinées à faire taire leurs lecteurs J’écris pour transformer mes proliférations numériques en un livre unique qui les fera disparaître une fois pour toutes de mon ordinateur

TU REPARS DE ZÉRO

TU repars de zéro 
Tu ne fais que passer par stylo interposé ou par pinceau chinant ses caractères énigmatiques
Tu peins le passage avec légèreté et forces manières avec les formes de tes mouvements
Tu repars
Tu fais le départ entre dire et faire entre faire et laisser dire
Tu as deux faires au feu la parole et l’écriture
Tu dis stop
Tu prends congé de ta Muse qui trop abuse
Tu lèves la main 
Tu lèves l’ancre et tu t’en vas couci-couça d’un dernier trait de plume
Jeter sur le papier tes dernières hypnographies

Jacqueline Saint-Jean poèmes

Calligraphies sans clé

Sinon l’Alpha du feu

et du refus

sur mes hypnographies