UN PARLER OUVERT OUVRANT UN AUTRE PARLER

Je relis mes fadaises 
Elles sont faites des mille et une voix
posées ici sur ce mode d’emploi imaginaire
d’une poésie en train de s’inventer
Je provoque les étincelles de mes roues à aube

avec le bois du cèdre et le torrent des œuvres
qui les fait continûment tourner :
Libérez-vous de servitude et de vos idées arrêtées
Et passez outre la confusion et la discorde

dictées par la rumeur du monde
Je relie mes impasses
À la trop grande impatience
Qui pousse à la rue les égarés
Dialogues de sourds
Refus de s’accorder
Je tâche d’y voir clair

Dans les choses inconnues
Qui viennent de ces mots
Qu’il faut apprendre à taire
Quand tout est confusion
Mais quand je les confie au papier
J’oublie toute prudence
Et laisse résonner

Selon le souhait manifesté par Michel de Montaigne :
Un parler ouvert ouvrant un autre parler
Et le tirant hors
Comme fait le vin et l’amour

SUR LE PAPIER EN SILENCE

SUR LE PAPIER EN SILENCE 

Sur les minuits passés de deux
Sur un air dans ma tête
Que nul ne sait
Sur la nuit et sa béance
Sur E égale MC2
Sur ma plume qui s’entête
Sur Montaigne et ses Essais
Sur la montagne Sainte Geneviève
Sur le Panthéon de Soufflot
Sur le souffle de Voltaire et d’Hugo
Sur Jean-Jacques citoyen de Genève
Sur Jean Jacques dont le nom est Dorio
Sur le loriot et ses sept plumettes
Sur le carnaval de Rio
Sur la petite marchande d’allumettes

(Je laisse au lecteur le dernier mot)

Hypnographies dorio londres 21 janvier 2024

J’ÉCRIS TROP J’IMAGINE

J’ÉCRIS TROP J’IMAGINE à dada sur mon papier
J’écris à propos de tout et de rien
J’écris du vent dans les branches de sassafras 1
J’écris ça à ma petite lingère
J’écris pour le luth et pour les cœurs simples
J’écris pour ma grand-mère la dictée éternelle de son certificat d’études
J’écris des petites choses qui font plaisir qui flattent ou qui embêtent 2
J’écris des œuvres anthumes pour la postérité
J’écris en feuilletant les écrits des autres
Ces pages d’un temps autre
Ce temps qui ne passe pas

1 René de Obaldia (22 octobre 1918-27 janvier 2022) 2 Émile Berr (6 juin 1855- 9 octobre 1923)

J’ÉCRIS DANS LA NUIT BLANCHE AVEC LE PINCEAU DE MI FU


J'écris noir sur blanc avec beaucoup de blancs dont j'ai besoin pour écrire un poème
J'écris sans hésiter mais si lentement que quand je me décide j'ai éliminé ce qui m'était venu à l'esprit d'emblée
J'écris dans la nuit blanche des poèmes antérieurs à toute écriture comme un chant itinérant
J'écris d'un lieu à l'autre me balançant dans le hamac allongé dans le lit marchant dans les Andes péruviennes
J'écris devant le lac Titicaca et sur la pierre solaire du Macchu Pichu
J'écris avec le pinceau de Mi Fu :
C’est le va et vient du souffle qui fait que le trait est gros ici et maigre là
J'écris maigrelet des formes et des lignes esquissées esquisitas (délicieuses)
J'écris en noir de Chine des phrases sans mots
Dessinant sans que je m'en mêle mes hypnographies


avec le pinceau de Mi Fu

dorio 18 avril 2024