FICTION OU/ET HISTOIRE VÉCUE : UN VA-ET-VIENT

Ou comment la lecture d’une fiction empêche le quotidien de suivre son cours

C’est une histoire vécue avec un petit scorpion qui me regardait fixement sur le poteau de la case collective des indiens panarés où j’avais fixé mon hamac pour y dormir avec toute la « tribu » une nuit sur les bords d’une rivière du Venezuela C’est l’Histoire avec des mygales de Cortazár que je relis ce soir qui m’y fait repenser Deux narratrices dans la version de l’écrivain fantastique (à tous les sens du terme) finissaient par devenir elles aussi « plus ou moins assassines » après avoir observé ces dangereuses araignées géantes Son histoire se passait dans un bungalow à la Martinique Rien de semblable pour le petit alacrán inoffensif qui venait de réapparaître dans mon souvenir et par ricochet dans mon écriture Les mygales ne font pas des scorpions

Martigues 21 décembre 2023

ASSIS ICI ET AILLEURS

Je rapporte ici quelques situations réelles où je fus assis en me disant après coup que même visibles elles sont un reste de l’invible

Je me suis assis hier face à la façade baroque de l’église de la Madeleine à Martigues en essayant d’interpréter avec toi guide radieuse de ce jour les flammes de pierre surplombant le portail

Je me suis assis sur un banc de pierre de la cathédrale de Bâle face au tombeau d’Erasme de Rotterdam celui qui fit avec ironie l’éloge de la Folie

Je me suis assis sur la carapace d’une tortue morocoy siège habituel des indiens panarés du Venezuela près de deux indios dont j’enregistrais la conversation

Je me suis assis sur un banc à l’écart face au pont japonais de Monnet à Giverny en écrivant quelques haïkus qu’au fur et à mesure je lisais à ma dulcinée

Je me suis assis dans mon lit bien calé sur mon oreiller pour écrire ce qui précède et ce qui suit

Aux Martigues 20 décembre 2023

UN MORCEAU DE VIE INUTILE

Des vies qui se sont perdues en chemin 
Vies de poètes dont la biographie est disséminée dans leurs vers
Des vies dont on ne connaît ni le début ni la fin
mais que l’on écrit
comme des rêves en forme de naufrages
Des vies sur le mode quantique
où l’on ne peut savoir
à la lecture d’une fiction
si elle croise le réel
ou non
J’ai passé un bon moment
cette nuit
à écrire
ce morceau de vie
inutile

Martigues 19 décembre 2023


L’ENFANT SANS EUX

Il était une fois 
L’enfant des migrations
Et des disparitions
de ses parents
en chair et en os
L’enfant phares de sa vie
éteints
Hagard perdu
Dans un kibboutz
Mis à feu et à sang
Au pied d’un immeuble
volé en éclats
de Gaza
Il était une fois
le trou noir de l’histoire
avec sa grande H
comme l’écrivit
Georges Perec
L’enfant sans « e »
Eux ses chers parents
Broyés par notre dernière guerre
Il était une fois
Il était une autre horrible fois

Martigues 18 décembre 2023


Hantent toujours mon encre
les enfants seuls dans les cendres

Jacqueline Saint-Jean
Hibarette


Enfant sans "e", père sans lui...L'horreur des misères accumulées, exagérées, ne me leste pas davantage que l'absence du fils...Souvent je ne vois plus qu'un seul visage...

Jean-Louis Rambour
Bayeux



	

EXERCICES DE PENSÉE

Je lis un pur lacanien
Dont je ne comprends goutte
Mais qui stimule mon écriture
Écrire comme lire
Accueillir ce qui trouble
Laisser s’ouvrir le rêve
Qui tentera de l’apaiser

J'écris et je vois double :
la littérature que je lis
tant bien que mal
et tout le reste
comme disait Verlaine

Tout ce qui permet
De lever la tête
De nos livres
Et de se livrer
À des exercices de pensée :

"Un ailleurs théorique et plausible
À notre ici compact et inéluctable"
version Tabucchi
Ou bien
"Inutiles phares de la nuit"
version Chateaubriand
Ou bien
(à toi lecteur / lectrice interactif/ interactive de l'écrire) s'il te plaît

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Martigues dimanche 17 décembre